The Batman

Film de super-héros américain (2022) de Matt Reeves, avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano, Jeffrey Wright, Colin Farrell, John Turturro, Peter Sarsgaard et Andy Serkis – 2h56

Attention, cet article contient des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Depuis deux ans, l’orphelin Bruce Wayne s’habille en chauve-souris pour aller combattre le crime nuitamment à Gotham City. Alors que sa réputation s’installe et que la simple apparition du bat-signal dissuade les criminels, Batman est confronté à son premier ennemi de taille : le Riddler, homme masqué lui aussi, qui vise les hommes de pouvoir de la ville en laissant des énigmes sur ses scènes de crime à l’intention de l’homme-chauve-souris…

En 2016, The Batman est un projet de Ben Affleck pouvant enfin endosser le costume de l’homme chauve-souris dans son film à lui, sans se fritter avec Superman. L’année suivante, Warner s’embourbe dans le catastrophique Justice League et Affleck, sous la pression, préfère la bibine à son super-héros préféré. Alors qu’il est clair que le Dark Knight devra se rebooter tout seul en-dehors de l’univers posé par Zack Snyder (qui est toutefois encore en cours, ce qui fait que The Batman ne fait pas officiellement partie du DCEU, pour ceux qui en ont quelque chose à foutre), Matt Reeves débarque sur le projet et le reprend de zéro, rédigeant le scénario avec Peter Craig (The Town de… Ben Affleck). Tout juste sorti du tournage de Tenet, Robert Pattinson est annoncé dans le rôle de Batman, ce qui ne manque pas de faire grincer les dents de ceux qui ne se rappellent de lui que dans Twilight. Et encore, à l’époque, on ne se doute pas que le film durera près de trois heures et sera classé PG 13 malgré la noirceur vendue par le studio.

A l’instar de The Suicide Squad, The Batman appose à son titre, s’affichant sur l’écran en monumentales lettres rouges, un article défini suffisant à montrer la volonté de Matt Reeves de revenir aux origines du personnage, et notamment à ses facultés de « plus grand détective du monde » développées à une époque où le film noir hollywoodien prend le relais de l’expressionnisme allemand. Au départ, ça commence très bien avec cette scène, déjà vue dans la bande-annonce, où Batman émane des ténèbres pour distribuer à une petite frappe plus de coups de poing qu’il n’en faut – l’application du jeune justicier… Une voix off, aussi indispensable au film noir qu’au comic-book, accompagne ensuite quelques plans sur un Gotham intrigant avec un Bruce Wayne écoutant du Nirvana alors qu’il n’a même pas encore ôté son mascara de dark knight – source de tant de faux raccords des adaptations précédentes, traiter le maquillage de Wayne de manière intra-diégétique est quasiment la seule idée artistique viable du film ! L’orphelin apparaît alors comme un ado en pleine crise de rébellion, vision réductrice dont le personnage ne s’échappera malheureusement jamais, au grand dam de Robert Pattinson qui n’attendait que ce blockbuster ténébreux pour mettre tout le monde d’accord. Puis quelques minutes plus tard, une séquence réunit le Pingouin, Selina Kyle et Batman sans qu’aucune tension ou animosité n’en ressorte et on se dit que The Batman va être très long ; on n’en est alors qu’à 40 minutes !

Les détectives du dimanche Batman (Robert Pattinson) et Gordon (Jeffrey Wright) doivent vite s’enfuir du commissariat avec que quelqu’un ne leur spoile leur enquête !

Arrivé au terme des longues 2h57, on se dit que The Batman ressemble beaucoup à la baudruche qu’était déjà Joker. Les deux films ont en commun de porter en étendard des influences dont ils se montrent évidemment indignes, ici les films de David Fincher (qui pourrait légitimement porter plainte pour plagiat) et les thrillers paranoïaques des 70’s dénués de toute subversion (PG-13, remember ?). Parfois inspiré par le passé, Matt Reeves ne se détache ici jamais de sa pesanteur forcée et son esprit de sérieux frôlant le risible, étalant le tout sur sa durée disproportionnée. A la rigueur, je veux bien accorder le bénéfice du doute à la photo de Greig Fraser (chef-op de Dune ; ben voyons !) tant tout le monde s’accorde à trouver de la beauté dans ses ténèbres délavant celles de Gordon Willis et Darius Khondji. Mais le pire reste encore l’intrigue rachitique et simpliste incapable de soutenir l’ambition que veut afficher le film. On a du mal à croire que Batman est le plus grand détective du monde alors qu’il est constamment en retard sur les événements, flanqué d’un Gordon passant son temps à paraphraser ce qu’il se passe à l’écran. Ces deux débutants sont confrontés à un Riddler heureusement pas beaucoup plus doué qu’eux, joué par un Paul Dano réitérant son numéro de psychopathe outré de Prisoners, semant des énigmes niveau sixième pour démanteler un vaste réseau de corruption mené – ô surprise – par un chef mafieux. Arrivé au terme de cette enquête, le Riddler réapparaît après une bonne demi-heure d’absence pour dévoiler une vaste machination terroriste digne du Joker de The Dark Knight qu’il n’est tragiquement pas, puisqu’il est le Riddler de ce The Batman mou du genou, parvenant à peine à nous sortir de la torpeur avec sa course-poursuite pluvieuse. Alors que tronqué de moitié, on aurait pu avoir un honorable sous-épisode de l’animated series…

BASTIEN MARIE

Autre film de Matt Reeves sur le Super Marie Blog : La Planète des singes : suprématie (2017)


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