The Suicide Squad

Film de super-héros américain (2021) de James Gunn, avec Idris Elba, John Cena, Margot Robbie, Joel Kinnaman, Daniela Melchior, David Dastmalchian, Sylvester Stallone, Peter Capaldi et Viola Davis – 2h12

La Suicide Squad est envoyée sur une île sud-américaine, le Corto Maltese, pour détruire une opération secrète baptisée « Projet Starfish »…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Il y a cinq ans, DC et Warner transformaient un concept alléchant en accident industriel avec Suicide Squad qui, derrière son succès au box-office mondial, traînait une réputation pitoyable de daube sans nom. Même le studio en convient puisqu’il revient aujourd’hui à la charge avec The Suicide Squad, sous-entendant « on sait qu’on s’est planté la dernière fois mais cette fois, c’est bon, c’est les vrais ! ». Il ne s’agit pas d’une suite mais d’un soft reboot, nouvel anglicisme de marchand de tapis devant faire croire que c’est assez nouveau pour que les gens s’y laissent reprendre et assez semblable pour que ça reste attaché à une franchise (car la merde, ça se vent par paquet de dix). Si les acteurs reprennent leurs personnages du premier film (sauf Will Smith qui s’est empressé d’être occupé ailleurs), David Ayer a en revanche été logiquement remplacé par James Gunn, momentanément libéré de son contrat avec Disney à cause de malencontreux tweets homophobes. Non pas étiqueté « visionnaire » mais « esprit tordu » sur la bande-annonce, le réalisateur jure ses grands dieux que Warner lui a laissé carte blanche (en gros, il a le droit de faire du R) sur cette mise à jour dont il s’est acquitté volontiers avant de rejoindre pour une troisième fois Les Gardiens de la galaxie dans la crèmerie d’en face.

A la sortie de The Suicide Squad, force est de constater qu’il s’agit fondamentalement du même film que celui d’il y a cinq ans. Certes, la pilule passe mieux car, James Gunn oblige, le film est plus fun, plus violent et plus bis (on échange l’ambiance urbaine pompée sur New York 1997 contre la jungle et la dictature d’une île sud-américaine à la Commando), mais tout aussi radicalement inoffensif que son prédécesseur, ne pouvant contourner l’axiome voulant qu’un film de major hollywoodienne ne saurait avoir des tueurs psychopathes comme héros. Preuve que « plus les choses changent, plus elles restent les mêmes » (pour citer Snake Plissken qui, lui, était vraiment un anti-héros cynique et anarchique), Bloodsport/Idris Elba remplace Deadshot/Will Smith, personnage le plus critiqué du film précédent… dont il perpétue les mêmes failles, à savoir qu’il est moins un tueur à gages impitoyable qu’un papa poule, s’engageant parce qu’on menace sa progéniture et qui finira par révéler une empathie le transformant en super-héros. Un personnage qu’Idris Elba peine à jouer avec la même désinvolture que ses camarades dans ce film de commando accusant d’ailleurs de sévères baisses de rythme à cause de séquences vaines : la comédie romantique entre Harley Quinn et le dictateur local, une virée dans un bar entre copains, une mission d’extraction avortée…

Polka-Dot Man (D. Dastmalchian), Peacemaker (J. Cena), Bloodsport (I. Elba) et Ratcatcher 2 (D. Melchior) viennent de faire un massacre dans un camp de rebelles… en espérant qu’ils n’étaient pas de leur côté !

Mais parlons aussi des qualités de The Suicide Squad car il y en a quand même pas mal. Déjà, on sera gré à James Gunn de s’acquitter de son propre film sans pointer du doigt son prédécesseur et d’user d’un ton rigolard et néanmoins sincère, loin de l’ironie stérile d’un Deadpool. On peut aussi saluer la séquence d’ouverture, rigolote déclinaison comic book de la Baie des cochons, quand bien même elle a pour principal objectif de déjouer facilement les attentes des spectateurs ayant décortiqué la bande-annonce. Sans vous en révéler la nature, le projet Starfish se révèle aussi intéressant, parfait compromis entre cartoon et gore venant égayer un final par ailleurs aussi mollement destructeur que chez la concurrence super-héroïque. Dans le sillon de ces éléments marquants, il y a aussi une parodie assez irrésistible de l’interventionnisme ricain en Amérique du Sud, amenant notamment l’escouade du suicide à massacrer sans réfléchir une troupe de rebelles qui était de leur côté ! Il y a enfin un personnage qui, à lui seul, mérite le coup d’œil. Non pas King Shark, simple homologue plus sanguinaire de Groot – et doublé par Stallone plutôt que par Vin Diesel, on y gagne tout de même au change ! Mais plutôt Peacemaker, campé par un John Cena incroyablement convaincant, un pacifiste prêt à légitimer la plus grande violence – ou même à bouffer toute une plage de bites – pour la liberté. Rappelant l’irrévérence de Super, le super film de James Gunn, Peacemaker incarne, dans un rôle trop secondaire, une fascinante ambivalence qui devrait se trouver au centre de The Suicide Squad – voire du genre super-héroïque dans son ensemble, mais il faut savoir garder des espoirs raisonnables. Apparemment, Gunn devrait chapoter un spin-off sur Peacemaker qui, on l’espère, pourrait se montrer un peu plus malpoli que ce remake rigolo du naufrage de David Ayer.

BASTIEN MARIE

Autre film de James Gunn sur le Super Marie Blog : Les Gardiens de la galaxie Vol. 2 (2017)


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