Dune

Film de science-fiction américain, canadien (2021) de Denis Villeneuve, avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Jason Momoa, Josh Brolin, Stellan Skarsgard, Javier Bardem, Sharon Duncan-Brewster, Chang Chen, Stephen McKinley Henderson, David Dastmalchian, Dave Bautista, Zendaya et Charlotte Rampling – 2h35

Dans un futur lointain, le Duc Leto Atréides se voit confier par l’Empereur le commandement de la planète Arrakis, source de l’épice, la ressource la plus convoitée de l’univers. Tandis que les Harkonnen, déboutés d’Arrakis, complotent contre le Duc Leto, son jeune fils Paul Atréides est quant à lui promis à un destin hors du commun qui le dépasse…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Depuis le temps qu’il ramait dans la science-fiction, il était attendu que Denis Villeneuve attaque la dune. C’est désormais chose faite grâce à Warner, dont on se demande bien comment ils ont pu renouveler leur confiance au réalisateur après les résultats très décevants de Blade Runner 2049 au box-office. Et non pas pour un mais deux films, indispensables selon Villeneuve pour adapter l’ample matériau d’origine ; le second film est toutefois conditionné par le succès du premier et la tolérance du réalisateur à la plateforme HBOMax sur laquelle son film se retrouverait parallèlement aux salles aux USA. Bon, pour ceux qui vivraient dans une grotte au milieu du désert tel un Fremen, rappelons que Dune est un roman de science-fiction écrit en 1965 par Frank Herbert, l’un des plus vendus du genre, suivi de cinq autres tomes écrits par le même auteur jusqu’à sa mort puis d’autres encore par sa descendance. Dès 1975, Alejandro Jodorowsky projette de l’adapter au cinéma dans un projet si colossal qu’il ne se fera pas ; une folle aventure relatée dans le documentaire hautement recommandable Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich. En 1984, ce sont Dino De Laurentiis et David Lynch qui s’y essaient à leur tour, le premier rêvant d’une superproduction rivalisant avec Star Wars qui poussera le second à renier ce Dune étrange issu d’une production cauchemardesque. En 2013, Legendary Pictures récupère les droits du roman de Herbert et en confie l’adaptation aux scénaristes Eric Roth (Forrest Gump) et Jon Spaihts (Passengers) et Villeneuve, tandis que Warner, dans le contexte d’une exploitation cinématographique à ranimer d’urgence, met les bouchées doubles sur la com, propulsant Dune au festival de Venise et tentant de le faire passer pour un chef-d’œuvre avant même sa sortie. Voilà pour la page Wikipédia, maintenant peut-être aimeriez-vous connaître notre sentiment sur la chose…

Au Super Marie Blog, nous ne goûtons pas du tout à l’étrange hype dont jouit Denis Villeneuve dans certains cercles cinéphiles et Dune nous conforte dans cette défiance. Le (non) style du cinéaste et les premières images nous laissaient craindre le pire, qui est advenu lors de la projection. Sommes-nous prescients comme Paul Atréides ? Nous reconnaîtrons plus humblement à Villeneuve une cohérence d’auteur l’amenant à nous décevoir infailliblement, à cause d’une conception du cinéma diamétralement opposée à la nôtre. Nos craintes étaient à l’apogée avec la révélation de l’affiche, simple collage des têtes aux sourcils froncés de son casting, que l’affichiste de génie Laurent Durieux avait commenté d’un lapidaire « couillomètre à zéro ». Et en salle, nous avons constaté qu’il n’y avait pas plus de couilles à l’écran. Pour le dire vite, Dune est une adaptation scolaire et désincarnée transposée à l’écran avec le moins d’imagination possible. Pour le dire moins vite, Denis Villeneuve adapte le roman avec une fidélité (certaines scènes et répliques sont reprises telles quelles du bouquin) qui devrait être considérée comme une qualité en soi, espérant sans doute que l’aspect monumental de l’univers de Frank Herbert soit naturellement dupliqué dans ce travail de copiste. Certes, cette densité narrative à laquelle Dune est soumis le rend moins mortellement ennuyeux que Blade Runner 2049 mais il plie sous de sérieux problèmes. Les personnages, interchangeables, sont si peu signifiants que les stars qui les incarnent semblent surtout là pour que les spectateurs les identifient immédiatement au faciès ; à noter le changement de sexe et de couleur de peau de Liet Kynes, qui ne semble se justifier que par ce souci de reconnaissance rapide, à moins que Warner ne craignait qu’on lui reproche de n’avoir que des hommes blancs dans son blockbuster… Le rythme ne semble pas vraiment préoccuper Villeneuve, faisant des choix de montage discutables (comme cette discussion entre Rabban et le Baron abruptement calée au milieu de la tempête dans laquelle Paul et Jessica risquent leur vie à l’autre bout de la planète), pas plus que la structure de son demi-film : il a visiblement coupé son scénario à la moitié, laissant ce premier volet se conclure sur une simple baston entre deux gars en champ-contrechamp et un grossier teasing de Zendaya se tournant vers nous en disant : « Tu verras, dans le 2, ce sera ouf ! », nous donnant la fâcheuse impression d’avoir assisté à un trailer de 2h30 à peine égayé par des visions d’avenir d’une laideur achevée, du moins dans le cas de Timothée Chalamet faisant des pirouettes dans son armure Wonder Woman 1984

Gurney Halleck (Josh Brolin) et Paul Atréides (Timothée Chalamet) en pleine tentative d’évasion de ce film sans épice.

Narrativement, Dune se contente donc de paraphraser le texte de Herbert avec un ton de cours magistral (parce que c’est quand même d’un classique littéraire dont on parle, là !), laissant ses acteurs se morfondre dans une morgue qui contamine le reste du métrage. Car on se demande encore comment le monde de Dune, apparu en plein cœur du psychédélisme des années 60, peut donner lieu à un film visuellement si pauvre ? Denis Villeneuve dit s’être passionné pour Dune à l’adolescence, où il rêvait déjà des sombres bunkers d’Arrakeen, des highlands brumeux de Caladan, des averses et nuages noirs de Salusa Secundus et du désert pâle d’Arrakis, tous ces lieux reliés entre eux par des vaisseaux en forme de gros cubes gris (le Québec doit être effroyable s’il ne laisse rêver qu’à de tels paysages désolés !). Le réalisateur a donc ressorti son brutalisme visuel peu stimulant, ses décors composés de façades de bétons comme une scène vierge attendant… des décors, et des costumes si peu caractérisés qu’on ne saurait reconnaître les Atréides des Harkonnen des Sardaukars, tandis que les Fremen ont les yeux à peine plus bleus que les autres, vêtus de distilles aussi peu remarquables que le reste. Une pauvreté artistique que suit la photographie s’obstinant à tout plonger dans la pénombre, en particulier les moments cruciaux comme, au hasard, l’émergence d’un ver des sables, quand on ajoute pas un écran de fumée rendant indiscernable l’attaque des Harkonnen. C’est si moche que tout le monde se dit que ce doit être beau, c’est en tous cas d’une grisaille si impersonnelle qu’on retrouve bien là le couillomètre à zéro évoqué par Durieux. Visuellement, tout est nivelé par le bas et prudemment uniformisé, pour un film pétrifié par la moindre originalité, la moindre excentricité, la moindre majesté que pourrait exiger cet univers (voir par exemple comme le grotesque Baron Harkonnen semble mettre Villeneuve dans un profond embarras…). Le Dune de Lynch était certes raté mais ne craignait pas la flamboyance ni le baroque. Tandis que ce film aride est totalement dépourvu d’épice. Donc Dune peut-être, mais pas de deux pour nous, merci.

BASTIEN MARIE

Autres films de Denis Villeneuve sur le Super Marie Blog : Premier Contact (2016) ; Blade Runner 2049 (2017)


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