Premier contact

Arrival. Film de science-fiction américain (2016) de Denis Villeneuve, avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker et Michael Stuhlbarg – 1h56

Douze vaisseaux spatiaux extraterrestres ovales et noirs stationnent au-dessus de divers lieux du globe. La linguiste Louise Banks est chargée par l’armée de trouver un moyen de communiquer avec les aliens posés dans le Montana. Avec l’aide du mathématicien Ian Donnely, Louise a ainsi droit à de réguliers entretiens avec les extraterrestres lui permettant d’assimiler leur écriture et leur culture. Mais les relations beaucoup plus tendues entre les visiteurs et d’autres puissances du monde sont sur le point d’engager les hostilités…

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Ian (Jeremy Renner) et Louise (Amy Adams) se demandent s’ils ne se sont pas plantés de film et vont avoir à faire avec un fantôme aux cheveux sales.

Depuis qu’il a quitté son Québec natal avec dans ses bagages Incendies, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger, Dennis Villeneuve n’a pas chômé à Hollywood : Premier contact est son quatrième film en trois ans, et son premier dans le genre de la science-fiction, comme un tour de chauffe avant de s’atteler à la suite ambitieuse de Blade Runner. En attendant de voir les Réplicants rappliquer, Villeneuve fait donc les présentations entre l’humanité et les extraterrestres, genre dans lequel Spielberg et ses Rencontres du troisième type est encore le « maître » étalon, avec comme interprète interstellaire Amy Adams, dont on parle pour les Oscars.

Premier contact est l’adaptation d’une nouvelle de SF écrite par Ted Chiang qui raconte, sans trop vous en dire, comment l’étude d’un langage extraterrestre par une linguiste amène cette dernière à reconsidérer sa propre perception, théorie fondée sur l’idée que la langue et la communication influent sur la pensée. On imagine aisément le potentiel littéraire d’une telle histoire, mais sa portée cinématographique a priori moins évidente à cause de la dialectique peut amener à un véritable tour de force. Premier contact s’en accommode plutôt bien en développant une culture extraterrestre passionnante et en basculant audacieusement d’une SF hard science à l’émotion intimiste, la brillante Amy Adams faisant le pont entre les deux. Débouchant sur un jeu intéressant sur la structure et la chronologie du film, Premier contact avait donc largement de quoi envoyer un Interstellar au tapis.

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Ce qui empêche Premier contact d’être totalement une réussite, c’est son réalisateur ! Malgré de vraies bonnes idées par-ci par-là (comme celle de la multiplication des écrans mettant en abyme l’expérience cinématographique), Dennis Villeneuve fait le plus souvent preuve d’une paresse de mise en scène évidente. J’en veux pour preuve le fait que la meilleure séquence du film est celle où la voix off de Jeremy Renner (par ailleurs hors de propos puisque Amy Adams est censée être le seul ancrage du spectateur) rend compte de plusieurs mois de progrès dans un montage rapide des événements : la meilleure scène de Premier contact est donc une rustine narrative d’un film qui peine à établir son propos autrement qu’avec un didactisme simpliste. Villeneuve devient carrément agaçant quand il se met à l’opportunisme : en gros, pour la SF, on fait du Nolan, et pour l’intime, du Malick (en particulier l’ouverture du film, une resucée très embarrassante de Tree of Life). Il résulte de cette dichotomie un manque flagrant d’harmonie de l’ensemble, allant du traitement des personnages (au bout de vingt minutes, Forest Whitaker ne sert plus à rien, tandis que l’excellent Michael Stuhlbarg est un très vague antagoniste sans épaisseur) au morcellement imperméable des registres qui donne l’impression de voir plusieurs films montés aléatoirement entre eux plutôt que l’évolution progressive d’un personnage au seuil d’une nouvelle perception de l’existence. Le formidable postulat de SF de Premier contact se retrouve ainsi gâché par son réalisateur ayant déjà la tête à son Blade Runner et qui signe, à défaut d’un monument du genre, un film sympa mais qui passe complètement à côté de sa portée émotionnelle.

BASTIEN MARIE

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2 réflexions sur “Premier contact

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