Freaks Out

Film fantastique italien (2022) de Gabriele Mainetti, avec Aurora Giovinazzo, Franz Rogowski, Claudio Santamaria, Pietro Castellitto, Giancarlo Martini, Giorgio Tirabassi – 2h21.

Israel, directeur bienveillant d’un cirque de monstres, mène sa fantastique troupe dans l’Italie fasciste quand la guerre éclate. Alors que la décision est prise de fuir pour l’Amérique, Israel disparaît, laissant nos freaks livrés à eux-mêmes dans des rues romaines où l’on entend plus que le bruit des bottes…

Si Gabriele Mainetti nous avait déjà laissé une très belle impression avec On l’appelle Jeeg Robot, on pouvait s’inquiéter de le voir ainsi revenir avec un nouveau film super héroïque si le projet de Freaks Out ne présentait pas d’emblée une ambition d’autre envergure en élargissant son propos à d’autres territoires pulp que sont le film de monstre et la nazisploitation. En effet, le film est pétri de tout un pan de la culture populaire qui fît notamment la gloire du cinéma national et, comme cela n’a échappé à personne, s’inscrit dans une directe filiation avec le cinéma graphique et inspiré de Guillermo Del Toro.

A la manière de l’éminence geek mexicaine, Gabriele Mainetti nous livre un film aux allures de blockbuster foisonnant qui se démarque de l’aseptisation ambiante par une violence qui réjouira un public adulte souvent dragué, rarement récompensé, autant qu’elle trouve sa justification dans une horreur bien réelle qui, si elle est ici détournée à des fins (science)fictionnelles assumées, n’en est pas pour autant traitée par dessus la jambe. On en attendait pas moins de la part de celui à qui on devait un mémorable super-héros accro à la Danette et au porno ! Et comme son justicier branleur (dont on devine mal les traits de l’acteur sous les poils de Fulvio), ses nouveaux héros, quelque part entre la foire de Nightmare Alley et la ligue surnaturelles de Hellboy, jurent joyeusement avec les boy scouts actuels du genre en se montrant d’abord volontiers rustres, graveleux et opportunistes. Campés par un casting impeccable et fort en gueule, ces personnages faibles et sexués, comme dans tout bon film de monstres, révèle une humanité capable du meilleur comme du pire et, jusqu’à son creepy, weirdo et pitoyable super méchant nazi, sont tous plus attachants que les trois-quarts des stars en lycra (ou en pyjama de motion capture). Aussi, Mainetti impose son héroïne sans soulever le soupçon d’un cahier des charges féministe à remplir et, plus largement, l’amour qu’il porte à ses personnages l’emporte sur certaines maladresses et facilités d’un récit qui ne brille vraiment pas par son originalité mais qui a bien d’autres branches à sa Menorah.

Quatre Freaks plein d’avenir, déterminés à botter quelques culs de nazis…

Si Freaks Out ne manque donc pas de cœur, ce David romain affronte carrément le Goliath US sur son propre terrain en signant un époustouflant spectacle d’autant plus impressionnant que sa production ne dépasse pas les quinze millions d’euros. Rien qu’avec son numéro introductif, virtuose, à la fois lumineux et lugubre, Mainetti envoie au tapis le Dumbo de Burton, voir même carrément les vingt dernières années de la carrière du modèle déchu, et le réalisateur déroule son copieux programme pop (qui réussi même à caler le bruit du Modem et Radiohead dans l’Italie des années 40 !) de deux heures et demi avec un entrain qui ne faibli jamais. Alors oui, ça restera certainement sur l’estomac de certains spectateurs, n’empêche que ceux venus voir le « Inglourious Basterds dirigé par Del Toro » promis en auront pour leur argent et puis, c’est pas comme si des divertissements à grand spectacle aussi généreux sortaient tous les mercredis.

Vous l’aurez compris, face à « Freaks vs Nazis », j’ai été clairement été client et je compterai définitivement Gabriele Manietti parmi les cinéastes européens à suivre, en espérant qu’en plus de proposer ainsi une alternative à l’hypermarché pop hollywoodien, il trouve aussi une façon plus singulière d’explorer ces imaginaires sacrés…

CLÉMENT MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s