Dumbo

mv5bnjmxmde0mdi1ml5bml5banbnxkftztgwmzexntu3njm40._v1_sy1000_cr006751000_al_Film d’aventures américain (2019) de Tim Burton, avec Colin Farrell, Michael Keaton, Danny DeVito, Eva Green et Alan Arkin – 1h52

Revenu manchot de la Première Guerre mondiale, l’artiste équestre Holt Farrier retrouve le cirque Medici où il doit travailler cette fois comme dompteur d’éléphants. Il s’occupe alors de Dumbo, un éléphanteau aux grandes oreilles qui, comme le découvrent les enfants de Holt, a le pouvoir de voler. Un don qui attire la convoitise de V.A. Vandevere, patron d’un empire du divertissement…

Après Star Wars et les Marvel, la troisième manne financière – et sans doute la pire – de Disney sont les remakes « live » de leurs dessins animés d’antan. Ayant lui-même lancé la salve avec le pire film de sa carrière, Alice au pays des merveilles (2010), Tim Burton inaugure le line-up des remakes 2019 avec Dumbo, en attendant le Aladdin de Guy Ritchie et Le Roi Lion de Jon Favreau – ça fait rêver, hein ? On aurait pu apprécier une douce ironie à voir l’un des meilleurs Disney remaké par un Burton revanchard, lui qui fut autrefois viré par le studio quand il n’était qu’un jeune artiste à l’imagination trop débridée et à l’univers trop sombre. Sauf que, comme chacun sait, le cinéaste n’est plus que l’ombre de lui-même depuis quinze ans et qu’il revient chez Disney en partageant cette fois leurs préoccupations purement mercantiles.

Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas parce que Burton est un cinéaste plus identifié et prestigieux que les tâcherons anonymes qui bossent habituellement sur ces remakes qu’il sort pour autant des films moins formatés. Dumbo est un film tout aussi grotesque et inutile que ses prédécesseurs, et on préférerait penser que le réalisateur s’en tient à un rôle de faiseur d’images voulant surtout encaisser le chèque, ça permettrait d’ignorer l’horrible évolution de son cinéma. Mais commençons par le commencement : que vaut vraiment ce Dumbo ? Encore une fois, pas grand chose. La force narrative du film est faussée dès le départ par le signalement constant de l’existence du film original (Timothy Q. Mouse et les éléphants roses sont là pour ne servir à rien d’autre qu’au contentement des exécutifs et des « fans »), Disney persistant à faire croire à un émerveillement alors que tout n’est que méta nauséeux. Le scénario d’Ehren Kruger (scribe des Transformers), plein de personnages fonction et de péripéties attendues, choisit de transférer les enjeux du film d’animation à des personnages humains, ce qui trahit en soi le film original. La preuve, Dumbo himself n’y fait plus que de la figuration, n’est rien d’autre qu’un éléphant qui vole et est très vilain puisqu’on tient absolument à le faire ressembler à un éléphant de dessin animé. Il ne reste donc plus que les acteurs. Enfin, entre un Colin Farrell qui se fait chier et DeVito et Keaton qui profitent du bon plan financier du copain Tim, il ne reste en fait plus qu’Eva Green pour apporter un soupçon de grâce.

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Michael Keaton et Danny DeVito se remémorent avec désespoir le temps où ils faisaient un grand film comme Batman, le défi

Encore une fois, Disney a donc racheté votre âme d’enfant pour vous la revendre à prix d’or, et Tim Burton se satisfait de prendre sa commission de courtier en nostalgie. Il suffit de voir la transformation de Michael Keaton pour s’en convaincre : Batman devient Max Shreck, Beetlejuice devient magnat du divertissement. Mais le cynisme de Dumbo est sans doute le plus absolument atteint quand il tente de nous faire croire, en vain, à une résistance de l’art, du boniment, des freaks (et encore, ce sont des faux) face à son exploitation capitaliste. Dans la fiction, le cirque Medici est racheté par Vandevere et accueilli dans le parc d’attractions Dreamland, avant de s’en faire virer. Une sinistre coïncidence nous rappelle que dans la réalité, c’est Disney qui a racheté la Fox et viré des milliers d’employés avec le deal. Dans la fiction, Dreamland part en fumée (avec beaucoup moins de panache qu’avec les réminiscences de Ray Harryhausen dans Miss Pérégrine) ; dans la réalité, personne ne se bouscule pour allumer la mèche, et surtout pas Tim Burton.

BASTIEN MARIE

Autre film de Tim Burton sur le Super Marie Blog : Miss Pérégrine et les enfants particuliers (2016)


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