Le Secret de la pyramide

Young Sherlock Holmes Thriller américain (1985) de Barry Levinson, avec Nicholas Rowe, Alan Cox, Sophie Ward, Anthony Higgins, Susan Fleetwood, Freddie Jones, Nigel Stock et Roger Ashton-Griffiths – 1h49

Le jeune John Watson recontre Sherlock Holmes sur les bancs d’une école londonienne et, après la mort de leur mentor inventeur, ils se lancent ensemble sur leur première enquête sur une série de meurtres déguisés en suicide…

L’année 2020 fut si morose que je n’avais pas pris la peine d’user mon clavier sur le pathétique Enola Holmes de Netflix. Les aventures dégoulinantes de féminisme grossier de la sœur cadette de Sherlock avaient au moins eu le mérite de rappeler à notre bon souvenir ce Secret de la pyramide que, bonne nouvelle de fin d’année, Arte a eu l’idée de rediffuser pour Noël. Entre Gremlins et Les Goonies, Steven Spielberg, à la tête de sa toute jeune Amblin, commande à son scénariste fétiche d’alors, Chris Columbus, un script sur la jeunesse de Sherlock Holmes. La réalisation est confiée à Barry Levinson, futur réalisateur de Rain Man qui signe là son troisième long-métrage, le rôle de Sherlock Holmes est donné à Nicholas Rowe (qui retrouvera le détective trente ans plus tard le temps d’un caméo dans Mr Holmes de Bill Condon) et celui de Watson à Alan Cox, fils de Brian Cox, qui aura une croissance fulgurante sur le tournage au point que ses partenaires de jeu finiront par porter des talonnettes pour que la taille des personnages raccorde bien. Young Sherlock Holmes n’aura pas tout à fait le succès escompté au box-office américain (à peine de quoi rembourser son budget), et sera retitré en vidéo et à l’international Le Secret de la pyramide pour sonner davantage comme les aventures d’un fameux archéologue. Déjà qu’une séquence de rite sacrificiel reprend quasiment à l’identique celle d’Indiana Jones et le temple maudit

Même s’il s’est vraisemblablement souvenu de ce film pour signer ses Harry Potter quinze ans plus tard, Chris Columbus a confessé qu’à l’époque il appréhendait sérieusement les réactions des fans d’Arthur Conan Doyle. Une inquiétude qu’on devine devant le film qui n’affiche non pas un mais deux cartons pour signaler qu’il est très librement inspiré des écrits de l’auteur, et ce malgré l’autorisation de sa fille chaleureusement remerciée au générique de fin. Même s’il ne correspond pas aux histoires de Conan Doyle, le récit de la rencontre entre Holmes et Watson est tout de même convaincant et Le Secret de la pyramide est certainement le meilleur script qu’a signé Columbus. Le jeune Sherlock, campé par un Nicholas Rowe correspondant idéalement à l’image qu’on se fait du détective, contraste malicieusement avec les caractéristiques canoniques du héros littéraire : d’habitude froid, solitaire et imbu de lui-même, il est ici amical, émotif, amoureux et pas dénué de doutes, ce qu’on mettra sur le compte de sa jeunesse et son inexpérience à jamais bouleversées par cette première enquête qui le fera devenir l’enquêteur qu’on connaît. L’univers du détective soutient bien cette préquelle officieuse et n’est pas uniquement source de clins d’œil. Quant aux libertés que l’adaptation prend, elles visent essentiellement à accommoder cet univers au style Amblin, et comme souvent dans la galaxie Spielberg, les cultures populaires d’hier et d’aujourd’hui s’articulent facilement (tout en trouvant de la place pour un vieux savant fou attachant). Malgré ce savant équilibre, Barry Levinson ne transcende toutefois pas le cahier des charges. Le Secret de la pyramide reste un film solide et plaisant mais pas aussi électrisant que les autres productions Amblin de l’époque : héros trop cartésien, déférence excessive ou souvenirs trompeurs de jeune spectateur ?

Sherlock Holmes (Nicholas Rowe) et John Watson (Alan Cox) camarades de classe à une époque où on pouvait encore fumer dans un film pour enfants.

En tous cas, Le Secret de la pyramide n’a pas du tout vieilli et tient encore formidablement bien le coup. Pour en témoigner, on ne manquera pas de scruter en premier lieu les effets spéciaux : ils sont pour la plupart encore physiques et la seule scène en CGI est exemplaire. Il s’agit du chevalier en vitrail, premier personnage entièrement généré par ordinateur de l’histoire du cinéma, notamment créé par un certain John Lasseter de chez Pixar quand ce n’était encore qu’une division de Lucasfilm. Les mouvements du personnage sont fluides, la réflexion de la lumière ahurissante et Spielberg s’y référera encore durant la production de Jurassic Park (mais c’est Cocoon qui choppera l’Oscar). Quant à l’ambiance du Londres nocturne, elle est également très soignée, redevable aux nombreuses adaptations cinématographiques antérieures des récits de Conan Doyle, notamment du côté de la Hammer. L’aventure du Secret de la pyramide a donc encore de quoi en remontrer (surtout à la petite sœur formatée) si ce n’est pour son rythme, au moins pour sa noirceur qu’il n’hésite pas à embrasser par moments sans se laisser dicter des exigences « jeune public ». Elémentaire, mon cher Levinson !

BASTIEN MARIE


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