Rain Man

mv5bmzvjnzi4nzytmje4ns00m2izlwfkowmtotywmwuzn2zlngvjl2ltywdll2ltywdlxkeyxkfqcgdeqxvymtqxnzmzndi-_v1_Drame américain (1988) de Barry Levinson, avec Dustin Hoffman, Tom Cruise et Valeria Golino – 2h13

A la mort de son père, Charlie Babbitt, vendeur de voitures d’occasion, apprend qu’il a un grand frère autiste, Raymond, et que celui-ci va hériter de toute la fortune. Furieux, Charlie l’enlève dans l’espoir de mettre la main sur l’héritage et traverse les Etats-Unis avec ce frère qu’il ne connaît pas plus que sa condition…

Aujourd’hui, Rain Man est encore reconnu comme un classique indéboulonnable sur le sujet, peu connu à l’époque, pas beaucoup plus aujourd’hui, de l’autisme. A sa sortie, le film avait obtenu une pluie de récompenses : Ours d’or à Berlin, deux Golden Globes, quatre Oscars. Dustin Hoffman s’en trouvait définitivement sacré, Tom Cruise propulsé pour de bon. A quoi bon en reparler aujourd’hui, me demanderez-vous. Il y a plusieurs raisons à cela. Déjà, il est toujours préférable de se replonger dans les classiques hollywoodiens que de jeter un œil aux films actuels qui picorent dedans, comme Monsieur je-sais-tout, version franchouillardo-footballistique de l’homme de la pluie avec le beauf au grand cœur Arnaud Ducret. Ensuite, parce que Rain Man n’était pas un projet aussi évident que ne le laisse penser son résultat magistral. Le scénario s’est passé comme une patate chaude dans toutes les mains d’Hollywood avant que Levinson y voit enfin la promesse d’un grand film. Dustin Hoffman s’y engage sans aucune conviction, doutant tant de sa performance qu’il proposera à son réalisateur, en plein tournage, de le remplacer par Richard Dreyfus ! Enfin, l’ultime raison, c’est que chez les Super Marie, on adore ce film, voilà tout.

Si on revient au moment où Rain Man n’est encore qu’un scénario, il n’est guère étonnant qu’il en effraie quelques-uns. Après tout, sur le papier, ce n’est qu’un road movie presque dénué d’enjeux, sinon celui de ce salaud de frère voulant toucher sa part du gâteau sur le dos de son aîné handicapé. Mais le supplément d’âme de Rain Man passera par celle de ses acteurs, et ça, c’est très compliqué à coucher sur le papier d’un script. Il fallait donc bien un réalisateur comme Barry Levinson, accordant une confiance presque aveugle en ses comédiens (il laissait Robin Williams en roue libre sur Good Morning Vietnam, et c’est logiquement ce qui en faisait un des meilleurs films de l’acteur), pour porter Rain Man à un sommet insoupçonné. Formellement, le réalisateur n’entend pas réinventer les roues du road movie et ne se contente pas d’aller d’un point A à un point B à bord de la vieille Buick familiale. D’ailleurs, à la fin du trajet, la situation n’a guère changé par rapport au départ. En revanche, sur la route, Levinson peut saisir de précieux moments d’intimité, d’abord drôle (Raymond s’incrustant dans la chambre de son frère et de sa copine en plein rapport sexuel) puis terriblement émouvant (la leçon de danse devant les lumières de Vegas) sans jamais plomber l’ambiance par du pathos mal dosé. Parce que devant sa caméra, Dustin Hoffman et Tom Cruise font un parfait numéro d’équilibristes, l’un livrant un rôle de composition savamment mesuré soutenu par l’autre qui n’a pas un rôle si facile.

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Charlie (Tom Cruise) utilise son frère autiste Raymond (Dustin Hoffman) pour tricher au black jack. Profitez-en, ce n’est pas prêt d’arriver de nouveau dans un film à Oscars…

Hoffman remportait logiquement son second Oscar en ne jouant pas le demeuré à fond – pour citer Kirk Lazarus dans Tropic Thunder. Plus précisément, en offrant une interprétation très précise et naturelle de l’autisme, parfois brillamment épaulée par la mise en scène (la séquence de l’aéroport en plans très rapprochés est parfaitement oppressante), et qui surtout jamais ne s’adapte à d’inopportunes nécessités scénaristiques pour normaliser la relation entre les deux frères (n’attendez pas d’Hoffman qu’il plante des yeux larmoyants dans ceux de son partenaire pour lui dire qu’il l’aime, finalement). Face à lui, Cruise n’eut pas de citation aux récompenses annuelles, fut forcé de rester dans l’ombre de son glorieux aîné. Mais il avait accepté le deal, il savait que toute la gloire irait à Hoffman quand bien même la valse se danse à deux et que Cruise est au moins aussi remarquable que son partenaire. C’est lui qui porte l’humanité de Rain Man, c’est lui qui change et se transforme le long de la route, passant de l’enfoiré de yuppie voulant toucher son fric au fils prodigue qui, à défaut de se réconcilier avec son père, noue des liens avec son frère. Un lien qui échappe aux codes verrouillés du scénario hollywoodien et à la considération des votants, mais qui brille devant la caméra de Levinson, dédiée à la virtuosité de son duo d’acteurs. Et dire que ces derniers, perplexes quant à la réussite du projet, l’avaient rebaptisé « Deux cons dans une voiture » pendant le tournage…

BASTIEN MARIE


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