Avant que nous disparaissions

0474253Sanpo suru shinryakusha Film de science-fiction japonais (2017) de Kiyoshi Kurosawa, avec Masami Nagasawa, Ryûhei Matsuda et Hiroki Hasegawa – 2h09

Alors que son couple traverse une mauvaise passe, Narumi trouve son mari Shinji complètement transformé. De son côté, le journaliste Sakurai suit deux étranges adolescents, complices du meurtre sauvage d’une famille. Narumi et Sakurai ont en fait affaire à un trio d’extraterrestres, apprenant les concepts des êtres humains afin de programmer leur éradication… 

Avec ses deux sorties annuelles, il va être de plus en plus difficile de suivre le rythme de la productivité de Kiyoshi Kurosawa. On a donc un peu de retard sur Avant que nous disparaissions, sorti en mars dernier après un passage à Un Certain Regard à Cannes en 2017 (pourquoi ce réalisateur doit-il d’ailleurs se contenter systématiquement des sections parallèles des grands festivals ?). Kurosawa y retrouve la science-fiction avec cette adaptation d’une pièce de théâtre de Tomohiro Maekawa. J’ignore si le texte d’origine se plaçait sous une forte influence de Samuel Beckett, mais c’est en tous cas le cas du film qui teinte son récit de fin du monde d’humour absurde, inhabituel chez un Kurosawa qui n’abandonne pas pour autant l’émotion diffuse de ses études de couple. Le tout s’adapte au mythe des body snatchers, ces envahisseurs qui parasitent les corps humains, qui semblent avoir beaucoup inspiré Kurosawa puisque son prochain film, Invasion (qu’on verra bien en salles ce coup-ci), part sur le même thème avec un ton beaucoup plus sérieux.

Mais contentons-nous d’Avant que nous disparaissions pour le moment, ce qui n’est pas compliqué tant le film se montre riche et constamment surprenant. Et ce dès la séquence d’ouverture nous montrant une lycéenne massacrant une famille puis provoquant un énorme carambolage routier avec le sourire ; le film n’est pas commencé depuis cinq minutes qu’il mêle déjà savamment l’humour et l’effroi, décalage d’humeurs provoqué par une invasion extraterrestre qui ne se cache pas. Les personnages humains savent dès le départ de quoi il en retourne, baignant Avant que nous disparaissions dans une absurdité qui ne désamorce nullement le vertige de la fin annoncée, bien au contraire. Le récit de Kurosawa se scinde en deux parties, toutes deux tragi-comiques, destinées à se rejoindre. D’un côté, il y a un journaliste guidant deux envahisseurs, dont la curiosité professionnelle évolue progressivement vers une résignation à assister à l’extinction de l’humanité. De l’autre, il y a Narumi découvrant son « nouveau mari » extraterrestre, surprise de le découvrir plus attentionné que l’humain, le parasite renouant paradoxalement le lien conjugal rompu. On est pas loin du Starman de John Carpenter…

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Narumi (Masami Nagasawa) ne sait pas trop que ressentir du câlin de son « nouveau mari » (Ryûhei Matsuda).

Si vous percevez déjà la densité d’Avant que nous disparaissions, sachez qu’en plus les aliens y ont un don particulier : celui de voler des concepts aux humains. Les body snatchers capturent ainsi des termes tels que « famille », « travail », « patrie », « propriété », en privant des effets de ces termes à ceux qui les leur ont expliqués, pour des résultats tantôt émouvants tantôt hilarants. Cette caractéristique donnant lieu à un dénouement assez bouleversant, je ne vais pas vous en dire plus. De toute façon, j’ai tellement galéré à vous l’expliquer que je suis sûr que vous n’avez rien compris. Il vous faudra donc voir le film pour en savoir plus, surtout que Kurosawa met tout ça en scène avec une limpidité déconcertante. Forcément, à force de chasser tant de thématiques, Avant que nous disparaissions pèche d’un léger excès de générosité. Notamment vers la fin, Kurosawa voulant conclure son film sur des scènes d’action qui évoquent plutôt les DTV du genre, la faute à des effets spéciaux rudimentaires. De plus, on aurait aimé que le cinéaste allège son austérité pour rendre son film un peu plus accessible et dynamique. Mais ce sont vraiment des réserves minimes eut égard à la grande ambition d’Avant que nous disparaissions, autre réussite de l’autre Kurosawa.

BASTIEN MARIE

Autres films de Kiyoshi Kurosawa sur le Super Marie Blog : Le Secret de la chambre noire (2016) ; Creepy (2016) ; Invasion (2017)


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