Sans un bruit

2454348A Quiet Place Film d’épouvante américain (2018) de John Krasinski, avec Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds et Noah Jupe – 1h30

Des créatures aveugles mais à l’ouïe fine ont décimé la population mondiale en trois mois. Trois ans plus tard, forcée de vivre dans un silence total dans sa ferme, une famille attend un enfant…

Le concept de Sans un bruit, c’est le duo de scénaristes Scott Beck et Bryan Woods qui en a l’idée, avec un script qui ne compte qu’une seule réplique mais qui est acheté à prix d’or par la Paramount. Le studio envisage un temps d’en faire un volet de son anthologie Cloverfield (si seulement ça nous avait épargné de l’ignoble Cloverfield Paradox…), avant que Michael Bay, via sa boîte Platinum Dunes, ne s’associe au projet. Bay veut confier l’un des rôles principaux à son acteur de 13 Hours John Krasinski qui se passionne tant pour le scénario qu’il décide de le réaliser lui-même. Et coup de bol, monsieur est le compagnon d’Emily Blunt qui devient naturellement la tête d’affiche. Tourné dans l’état de New York pour un budget de 17 millions de dollars, Sans un bruit fait un carton aux Etats-Unis, raflant dix fois sa mise. Un succès pas démérité car, même s’il amoindrit la force de son concept, Sans un bruit reste un film d’épouvante parmi les plus pêchus de ces dernières années.

Quand le film commence, on se verrait donc bien happer par son silence. Sauf qu’il ne faut que quelques minutes pour que Marco Beltrami pose un score forcément hors-sujet. John Krasinski aurait pu se montrer plus audacieux en s’en tenant au programme de son titre. Surtout qu’il fait preuve d’une mise en scène méticuleuse et que son portrait de famille, forcément économes en dialogues, se développe avec justesse. Ce qui rend encore plus insupportable et assourdissant une musique qui vient paraphraser ce qui se passe à l’écran, comme si le spectateur ne pouvait comprendre une expression exclusivement visuelle. C’est dommage, car Sans un bruit pose très bien sa situation de fin du monde, avec assez d’habileté pour éviter de s’enfermer dans du survivalisme terne. Et une fois qu’Emily Blunt allume les loupiottes rouges encerclant le très beau décor de la ferme familiale pour signaler le danger approchant, Krasinski met les bouchées doubles pour emballer son final sous haute tension.

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Evelyn (Emily Blunt) ne devrait pas avoir trop à insister pour que sa fille Regan (Millicent Simmonds) de taise.

Sans un bruit fait alors preuve d’une belle assurance dans la gestion de son suspens, de l’espace dans lequel il se déroule, et avec une musique devenant moins gênante pour ponctuer l’action. Krasinski s’amuse à accumuler les éléments qui nous font envisager le pire, comme ce petit clou redressé destiné à laisser échapper un cri de douleur quand on marchera dessus, comme si l’accouchement imminent ne suffisait pas. Quant aux créatures à l’ouïe fine, elles sont d’un joli design et, sans vous révéler leur faiblesse, on peut dire qu’elle est bien trouvée. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le public ait répondu présent pour un film d’épouvante qui ne joue pas au plus malin avec lui, et surtout l’amène à être très actif face à ce qu’il voit. Paradoxalement, le silence appelle l’attention du spectateur, devenant logiquement très alerte et attentif au moindre son. Si Krasinski est donc passé légèrement à côté de tout le potentiel formel de son concept, ce qui m’empêche de le considérer comme tout à fait hitchcockien, il honore en revanche son public en lui offrant un ride aussi modeste que généreux, devenu si rare dans le paysage hollywoodien actuel.

BASTIEN MARIE


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