Sans un bruit 2

A Quiet Place Part II Film fantastique américain (2020) de John Krasinski, avec Emily Blunt, Cillian Murphy, Millicent Simmonds, Noah Jupe, John Krasinski, Djimon Hounsou et Scoot McNairy – 1h37

Après avoir trouvé un moyen de nuire aux monstres qui tuent au moindre bruit, la famille Abbott, venant d’avoir un nouveau-né, quitte leur ferme pour trouver d’autres survivants…

Gros carton au box-office il y a trois ans, Sans un bruit premier du nom s’était imposé comme une bonne surprise pour un blockbuster fantastique, presque archaïque dans sa foi en un concept simple (du bruit, des monstres, tu meurs !) que John Krasinski n’honorait pas toujours faute d’une radicalité plus affirmée. On en demandait pas forcément plus mais les producteurs si et ils cherchent donc immédiatement à en faire une suite. Mais les scénaristes Scott Buck et Bryan Woods ont déjà la tête à d’autres projets et le couple John Krasinski/Emily Blunt ne se verrait pas forcément rempiler. Heureusement, monsieur Krasinski n’est pas difficile à convaincre : lors d’un rendez-vous informel chez Paramount, il pitche une idée qu’il laisserait à un autre réalisateur. Sauf que chemin faisant, ou plutôt scénario écrivant, Krasinski se dit qu’elle est vachement bien son idée de suite en fait, qu’il la réaliserait bien lui-même et convainc sa femme de revenir aussi parce qu’elle aura une petite scène d’action stylée. Sans un bruit 2 se tourne donc pour une sortie prévue en mars 2020, repoussée en juin 2021 à cause du silence imposé par le Covid. Un report peu handicapant puisque, avec en prime un tweet élogieux de William Friedkin qui l’a choisi pour son retour en salles perso (merci pour la promo gratuite, Billy !), Sans un bruit 2 remporte pour l’heure plus de 200 millions de dollars au box-office mondial, ouvrant dores et déjà la voie à un troisième volet prévu pour 2023 et, sous réserve d’une remotivation de Krasinski, réalisé par Jeff Nichols.

En attendant, ce Sans un bruit 2 est complètement dans la continuité du premier, ne le surpassant que par l’aisance acquise entretemps par John Krasinski derrière la caméra. Passé un prologue fort impressionnant revenant sur les origines de l’apocalypse assourdissante, la suite reprend là où le premier s’était arrêté, la famille Abbott n’ayant d’autres choix que de quitter leur ferme pour rallier d’éventuels survivants. Dont – on peut le dire puisqu’il est sur l’affiche – Cillian Murphy, d’une grande justesse comme à son habitude. Ne voulant pas verser dans le bigger and louder – ou plutôt le bigger and quieter en l’occurrence – Krasinski préfère explorer posément son univers, de toute façon assez limité puisque soumis au concept invoqué par le titre. Ce que Sans un bruit 2 gagne en mince ambition n’est finalement dû qu’au fait qu’il a un plus ample territoire à couvrir et cette douce progression, loin de toute volonté de surenchère ou de vouloir surprendre à tout prix, suffit à témoigner d’une certaine humilité et de l’honnêteté du Krasinski à l’œuvre (on voit aussi qu’il a dû beaucoup jouer à The Last of Us Part II mais bon…). Et comme son prédécesseur, Sans un bruit 2 montre une certaine habileté dans l’écriture de ses personnages soumis au silence, les enfants prenant cette fois la place centrale, avec le personnage de Millicent Simmonds voulant se montrer digne de son paternel tandis que le frangin Noah Jupe doit vaincre sa peur. Quant à Emily Blunt, après avoir fait sa cascade automobile en début de film, elle est plutôt en mode économie d’énergie (ou en congés maternité) sur le reste…

Les nouveaux venus Cillian Murphy et Djimon Hounsou montrent qu’ils ont bien compris la règle du jeu.

Mais celui qui progresse le plus sur ce Sans un bruit 2 reste tout de même John Krasinski réalisateur. Sur le premier, il semblait parfois subir son concept alors qu’il se montre beaucoup plus décomplexé sur cette suite. Si le premier film pouvait faire penser à Signes avec ses acteurs en sous-jeu coincés dans une ferme encerclée de créatures menaçantes, cette suite devient carrément spielbergienne, Krasinski ne cessant de faire du pied au réalisateur des Dents de la mer et ce dès le prologue, sorte de Guerre des mondes pastorale. Mais surtout le réalisateur a abandonné les scories du premier (le score de Marco Beltrami, notamment, est utilisé à bien meilleur escient) et si le silence forcé lui pesait parfois sur les épaules, il libère cette fois sa mise en scène. Il faut voir par exemple la manière dont le sound design, forcément déterminant ici, s’associe aux jeux des focales et de la profondeur de champ pour traduire la surdité et le point de vue de Regan dans des séquences bien tendues. Ou encore ces superbes moments de montages alternés où Krasinski lient entre elles les actions de personnages éparpillés à plusieurs endroits différents, pour offrir un climax synchronisé du plus bel effet. Sans aller jusqu’au prodige, Krasinski a fait du bon boulot. S’il en avait fait un troisième, ç’eût peut-être été un chefs-d’œuvre ; pas grave, c’est Jeff Nichols qui s’en chargera…

BASTIEN MARIE


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