On-Gaku : notre rock !

音楽 / Ongaku Film d’animation japonais, américain (2019) de Kenji Iwaisawa – 1h11

Trois lycéens marginaux décident de créer un groupe de musique, Kobujutsu, sans savoir jouer d’un instrument…

Passé inaperçu le 19 mai dernier, sauf pour les plus éclairés d’entre vous qui auraient jeté un œil à notre journal des sorties, On-Gaku : notre rock ! a dû se contenter d’une quinzaine d’écrans en France au moment où tout le monde se félicitait de la réouverture des salles. Pas facile donc de mettre le grappin sur le premier film de Kenji Iwaisawa qui, en plus d’être confidentiel, se révèle atypique, bien loin des standards de l’animation japonaise contrairement, par exemple, à Demon Slayer : le train de l’infini qui, lui, cartonnait en ce même 19 mai. Distribué par Eurozoom, grand pourvoyeur d’animation japonaise même dans ses propositions les plus radicales, On-Gaku a fini par passer dans mon cinéma local à la faveur de l’association Back to the Bobine et j’ai pu le découvrir sur un écran dont la grandeur accentuait encore l’étrangeté de ce film, en compagnie de dix autres chanceux spectateurs. Tout ce que je savais du film, c’était qu’il était adapté d’un manga de Hiroyuki Ohashi et que Kenji Iwaisawa, qui le réalise, l’écrit, le monte et se charge de la majeure partie de l’animation, semble s’être lancé dans l’aventure de ce long-métrage avec le même autodidactisme que ses personnages lycéens se lançant dans la musique sans avoir touché un instrument de leur vie. Et même que le héros, il a le même prénom que le réalisateur, tiens, tiens…

Avant de voir On-Gaku, j’avais vu sa bande-annonce, un peu plus de 90 secondes devant lesquelles j’allais de surprise en surprise : à la seconde où je me disais que l’animation était épurée, il y avait un plan plus sophistiqué ; à la seconde où je me disais que ça avait l’air trop statique, le montage s’emballait ; à la seconde où je me disais que ça n’avait pas l’air très drôle, il y avait une bonne vanne. Et bien le long-métrage m’a fait le même effet : derrière la brutale épure d’On-Gaku au premier abord, il y a une richesse arrivant progressivement, comme si Kenji Iwaisawa se perfectionnait au fil du métrage… quand il ne s’agit pas d’une saillie punk surgissant sans crier gare, comme ce soudain trip d’un personnage balancé dans un décor onirique constitué de pochettes d’albums emblématiques, avant de traverser les tubular bells de Mike Oldfield ! Affichant une animation éthérée, avec son character design minimaliste sur décors à l’aquarelle beaucoup plus détaillés, et un humour à froid à la Takeshi Kitano ou, de l’autre côté du Pacifique, à la Jim Jarmusch (le style de ses personnages nonchalants y fait furieusement penser), On-Gaku s’électrise avec le son de Kobujutsu, la première note de basse faisant tournoyer la caméra, la musique multipliant les coups de crayon et transformant les lignes en arrêtes de sismographe.

Kenji veut détruire sa guitare comme Jimi Hendrix. Juste au moment où il savait à peu près en jouer, c’est quand même ballot…

Ca devient alors un film sur l’inspiration, c’est presque comme si le réalisateur avait trouvé la sienne en le faisant, tandis que son alter-ego fictif trouve la sienne en découvrant son fameux effet « boing ». L’inertie du début de métrage, dont on a un bon exemple avec l’immobilité de Kenji quand il hérite d’une basse d’un personnage traversant la séquence en hors-champ, comme s’il appartenait à un autre film se déroulant ailleurs, était celle de la vie de ces personnages isolés avant que la musique ne les anime littéralement et les amène à fonder une communauté. Tout cela nous amène vers un final en festival qui, déjà, nous rappelle à quel point nous avions sous-estimé la flûte à bec au collège, et qui, sans renier le minimalisme du film, transcende son animation, trouvant des textures nouvelles et une fluidité des mouvements traduisant l’élévation musicale qu’expérimentent à ce moment les musiciens novices. Et putain, qu’est-ce que ça donne envie d’headbanger en s’agrippant à sa pinte dans la fausse d’un festival ! Décidément sorti à point nommé, On-Gaku : notre rock ! est donc une belle curiosité prête à vous transmettre sa force tranquille dès que vous aurez l’occasion – qui deviendra rarissime à mon avis – de le voir.

BASTIEN MARIE


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