Roméo + Juliette

Romeo + Juliet Drame romantique américain, mexicain, australien, canadien (1996) de Baz Luhrmann, avec Leonardo DiCaprio, Claire Danes, John Leguizamo, Harold Perrineau, Pete Postlethwaite, Dash Mihok, Paul Sorvino, Diane Venora, Brian Dennehy, Christina Pickles, Vondie Curtis-Hall, Miriam Margolyes, Paul Rudd, Jesse Bradford et M. Emmet Walsh – 2h

A Verona Beach, Roméo et Juliette se rencontrent et tombent immédiatement amoureux, malgré la violente rivalité qui oppose leurs familles…

Pour célébrer les 400 ans de Roméo et Juliette, Baz Luhrmann veut moderniser le classique et se demande, pour ce faire, ce que ferait William Shakespeare s’il vivait en 1996 : mais bien sûr, il travaillerait pour MTV ! Du coup, le réalisateur de Ballroom Dancing respecte scrupuleusement le texte et la structure de la pièce pour son film durant exactement deux heures comme indiqué dans le prologue (« Is now the two hours’ traffic of our stage »), mais pour le reste, c’est freestyle : l’action est déplacée à Verona Beach, Californie, dominée par une statue de Christ lui donnant des airs de favelas, des voitures tunées remplacent les fidèles destriers et des guns les épées (Sword 9mm, Rapier 9mm, Dagger 45s), les autres œuvres de Shakespeare sont citées dans une myriade de slogans publicitaires et gros titres de journaux, le tout au rythme d’une BO composée de Radiohead, Garbage, The Cardigans, Prince… Sûr qu’il y a de quoi perturber le programme de votre prof d’anglais de 4ème qui, lors de son inévitable chapitre sur Shakespeare, comptait vous montrer un téléfilm d’époque chiant comme la lune ou pire, Shakespeare in Love, qui allait acheter son Oscar le plus démérité de l’histoire l’année suivante. Avec un peu de chance, vous et vos camarades de classe aviez réussi à lui faire pression et lui prouver que Roméo + Juliette rendait mieux compte de l’aura de la pièce de Shakespeare que toutes ses autres adaptations officielles (je dis bien « officielles » parce que West Side Story, c’était pas mal non plus).

Sur le tournage, Baz Luhrmann montre à Leo comment emballer Claire.

Si Leonardo DiCaprio et son minois de jeune héritier de River Phoenix a toujours été le premier choix de Baz Luhrmann pour jouer son Roméo, présentant l’acteur à ses financeurs pour les convaincre du potentiel du projet sur la seule foi de sa gueule d’ange, la liste de candidates pour Juliette a en revanche été très longue : Kate Winslet (déjà), Natalie Portman, Christina Ricci, Sarah Michelle Gellar, Jennifer Love Hewitt, Aaliyah… C’est finalement Leo himself qui choisira Claire Danes, tout juste révélée par la série Angela, 15 ans, pour une raison très simple : elle est la seule, durant les auditions, capable de le regarder durablement dans les yeux. Le tournage au Mexique ne fut pas des plus aisés : une coiffeuse de l’équipe fut kidnappée par un gang local puis libérée contre une rançon de 300 dollars, un ouragan détruisit une partie des décors après que Luhrmann en tire profit lors de l’affrontement entre Tybalt et Mercutio. Roméo + Juliette fit sa première au festival de Berlin 1997 où il remporta les prix du jury et de l’interprétation pour Leo (qui se fit engager pour Titanic lors du dernier jour de tournage) puis quatre BAFTA l’année suivante. Rapportant dix fois son budget au box-office mondial, Roméo + Juliette fut le plus gros succès commercial d’une adaptation officielle de Shakespeare : dans tes dents, Kenneth Branagh ! Et je dis bien « officielle », parce que West Side Story, c’était pas mal non plus. Un succès qui amena au moins un suiveur dans la catégorie « modernisation teenage d’un texte classique », Sexe Intentions – mais tenons-nous en à une madeleine de l’adolescence à la fois, voulez-vous.

Dès les premières minutes, d’un prologue explosif lançant le score technopératique à un gunfight dans une station-service rappelant John Woo ou, à défaut, le Robert Rodriguez de Desperado, l’apparente iconoclastie de Baz Luhrmann ne fait pas de prisonniers ! Le score a ensuite été utilisé pour le générique de L’Île de la tentation et l’esprit peut laisser penser aux Miséroïdes des Inconnus : c’est dire si l’audace visuelle de Roméo + Juliette peut aisément se retourner contre lui ! En tous cas, le film ne manquera pas de diviser éternellement ses spectateurs entre les puristes qui le trouveront d’une vulgarité peu shakespearienne et les fans accrochés immédiatement à l’imagerie débridée luhrmannienne. Le but du réalisateur n’est pas seulement de rendre hommage à Shakespeare mais aussi de ramener son œuvre à ses racines pop en l’adaptant aux codes de la pop culture contemporaine (MTV, donc, ce qui est un peu réducteur, mais c’est la manière qui compte) : viser prioritairement le public teenage est une belle manière de rappeler que le Globe Theater englobait des spectateurs de tous les âges, de toutes les classes. Ainsi, Luhrmann ne transige pas sur les répliques et la structure narrative du plus grand dramaturge de tous les temps (en même temps, révolutionner le récit de Roméo et Juliette est peine perdue) tandis que le freestyle visuel, semblant dénoter avec les vers shakespeariens, renforce au contraire l’universalité et la fougue adolescente de l’histoire des plus célèbres amants du monde.

Roméo (Leonardo DiCaprio) prêt à en découdre avec quiconque ne le trouverait pas assez shakespearien.

Roméo + Juliette, ça passe ou ça casse, donc. Et pour nous, ça passe, crème. Même si comme souvent avec Baz, ce sont surtout les bases qui sont bonnes, le reste du métrage pouvant accuser un coup de mou. Et son Roméo + Juliette n’est évidemment pas aussi intemporel que son modèle ; au contraire même, il est totalement baigné dans une imagerie purement 90’s, s’offrant comme une capsule temporelle immuable. Sentiment renforcé par la beauté juvénile sans pareille de Leonardo DiCaprio imprimée sur la pellicule, d’un talent déjà insolent dans la peau d’un Roméo qui, disait-il, l’avait épuisé par son emphase émotionnelle. Face à lui, dans un cast imposant (Baz se permet le luxe de ne pas trop montrer Brian Dennehy !), on distinguera aussi un John Leguizamo parfaitement à l’aise en prince des chats et l’impeccable Pete Postlethwaite qui, remplaçant paraît-il Marlon Brando et étant le seul acteur britannique du lot, respecte scrupuleusement l’accentuation des vers de Shakespeare. Aussi fortement chevillé à son époque, on se souvient de Roméo + Juliette comme d’un premier baiser, tel celui de Roméo et Juliette dans l’ascenseur, avec une insouciance naïve que le film ne s’excuse pas d’avoir parfois. Pour ceux qui, comme nous, auraient eu le bol de le découvrir à une même adolescence que les personnages s’en souviendront avec le même amour que Juliette et son Roméo : inconditionnel et déraisonné.

BASTIEN MARIE


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