Skinner

Film d’horreur américain (1993) d’Ivan Nagy, avec Ted Raimi, Traci Lords, Ricki Lake et David Warshofsky et Richard Schiff – 1h28

Derrière son apparence banale, Dennis Skinner est en réalité un tueur ayant pour habitude d’écorcher ses victimes. Venant de louer une chambre chez une habitante qu’il aime beaucoup et de trouver un job dans une usine, Skinner laisse nuitamment libre cours à ses obsessions meurtrières sans savoir qu’il est traqué par l’une de ses victimes, Heidi…

Attention, Skinner n’est pas un film sur le principal de l’école élémentaire de Springfield ni sur un gérant de supermarché de Sanford, Gloucestershire, mais un film de psycho-killer comme il y en eut tant dans les écumes sanglantes de Maniac ou Henry, portrait d’un serial killer, et qui serait sans doute resté inédit en France si Mad Movies n’avait pas sorti le DVD d’Extralucid Films en pack avec le magasine. On y suit donc un tueur nommé Dennis Skinner, ce qui tombe bien puisque son truc, c’est de dépecer ses victimes depuis qu’il a vu papa écorcher vive maman quand il était petit : un sacré traumatisme familial qui nous fait nous demander lequel, du nom ou du modus operandi, a précédé l’autre. Un tueur imaginé par le scénariste Paul Hart-Wilden qui s’est inspiré d’Ed Gein (encore lui !) et Herman Webster Mudgett et qui voulait réaliser le film lui-même si ses producteurs ne lui avaient préféré l’expérience d’Ivan Nagy, vétéran de la télévision. Le scénariste ne leur en tiendra pas rigueur puisque son script ne comptera que des modifications minimes comme le nom du personnage de Heidi, clin d’œil à Heidi Fleiss, mère maquerelle de Hollywood dont Nagy fut l’un des compagnons et fut appelé à comparaître à son procès quelques années plus tard ! Au casting, outre Ricki Lake, une habituée de John Waters, dans le rôle de la logeuse, Heidi est jouée par l’ex-pornstar Traci Lords et Skinner par Ted Raimi, habitué aux apparitions loufoques dans les films de son frangin Sam.

Ce qui est marrant, c’est que les deux acteurs, Traci et Ted, partageant peu de scènes communes à cause d’un planning de tournage serré, ont l’air de jouer dans deux films différents. D’un côté, Traci joue avec un sérieux laconique son rôle de rescapée ne tenant debout que grâce à ses injections de morphine, joli personnage d’ancienne victime cachant les cicatrices que lui a laissées son bourreau sous une panoplie de femme fatale vengeresse. De l’autre, Ted ne reste pas sérieux bien longtemps et retrouve sa loufoquerie habituelle à mesure que son personnage plonge dans sa psychose, livrant d’anthologiques pétages de plomb successifs pour son Skinner qui ne pouvait censément pas se contenter du premier degré. Son moment de gloire, c’est quand il se venge de son collègue noir : on voit d’abord ce dernier l’intimider au boulot, puis le plan suivant nous montre Skinner vêtu de la peau de son collègue, se baladant dans les rues dans ce morbide accoutrement en singeant sa victime comme s’il imitait Mr T ! Bon, d’accord, c’est un cas – radical – de black face, mais qu’est-ce que c’est drôle !

Dennis Skinner (Ted Raimi) brandit sa machette pour montrer qu’il ne rigole pas. Quoique…

Heureusement que Ted et Traci sont là donc pour animer cette série B par ailleurs anecdotique, aussi grossièrement cousue que les peaux de Skinner, notre apprenti Leatherface. Il y a en tout et pour tout trois décors : la maison, le boulot et les rues, sans figurants (donc sans témoins, c’est pratique), avec beaucoup de graffitis (et plus il y en a, plus c’est malfamé bien sûr) et puis un petit ruisseau attenant, car l’autre passion de Skinner, c’est l’eau. L’intrigue n’est constituée que d’une accumulation de meurtres, le béguin de Skinner pour sa logeuse et la traque de Heidi étant plutôt laissés de côté. L’autre plus de Skinner, ce sont les effets spéciaux de KNB (qui avait déjà couvert Ted Raimi du lourd costume de la maman deadite dans Evil Dead 2). Alors qu’on craint dans un premier temps que les meurtres de Skinner ne se résument qu’à des flashs signalés par une lourde note de synthé, on assiste un peu plus tard à un vrai dépeçage dans les règles, exercice que Ted Raimi exécute avec un naturel confondant. De quoi rappeler que le charme de la série B repose toujours sur l’amour de l’artisanat et du travail (vite fait) bien fait…

BASTIEN MARIE


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