Hellboy

mv5bzgu0zdllmjitnzuxys00nzjlltg0njatzwq5njk4mdbhymezxkeyxkfqcgdeqxvyodiyoteymzy40._v1_sy1000_sx750_al_Film d’horreur américain (2019) de Neil Marshall, avec David Harbour, Sasha Lane, Daniel Dae Kim, Ian McShane et Milla Jovovich – 2h

Pour empêcher la fin du monde, Hellboy doit empêcher une sorcière des temps arthuriens de retrouver ses membres qui furent éparpillés aux quatre coins de l’Angleterre…

En 2017, le couperet tombait sur Twitter : Guillermo Del Toro y annonçait qu’il n’y aurait aucune chance pour qu’un Hellboy 3 avec Ron Perlman ne voit le jour. Trois mois plus tard, ce reboot était annoncé ! Non plus produit par Universal mais par Millennium Films, studio des Expendables. Déçu par la réappropriation de son univers par le réalisateur de La Forme de l’eau, Mike Mignola compte reprendre le contrôle du personnage en écrivant lui-même les premiers traitements avant de glisser aux scénaristes qui prennent sa suite les numéros du comic dont ils pourraient s’inspirer. A bientôt 70 ans, Ron Perlman ne peut pas reprendre le rôle et on lui choisit comme successeur David Harbour, shérif de Stranger Things. Avec la ferme intention de produire un Hellboy classé R, les producteurs confient la réalisation à Neil Marshall, auteur d’un film d’horreur efficace (The Descent, 2005) et d’un post-apo navrant (Doomsday, 2008) ayant gardé la main en tournant des épisodes de Game of Thrones. Tourné entre la Grande-Bretagne et les studios de Millennium en Bulgarie, cet Hellboy s’est mis en boîte avec difficultés : ça a commencé par le renvoi de Sam McCurdy, chef opérateur habituel de Neil Marshall, puis par les désaccords constants entre le réalisateur et ses producteurs Lawrence Gordon et Lloyd Levin. La production n’a donc pas été de tout repos, mais sa sortie fut encore pire : précédé par des critiques désastreuses, le film a fait un four au box office US et devrait connaître un accueil tout aussi mauvais chez nous. De quoi bien enterrer les espoirs de nouvelle franchise pour les producteurs…

Parler d’Hellboy revient donc à frapper un homme à terre, et c’est pourtant ce qu’on va lâchement faire. Le film de Neil Marshall est un blockbuster affreusement cheap dans le plus pur style Millennium Films, semblant avoir des années de retard sur n’importe quel concurrent, et bien évidemment sur les films de Guillermo Del Toro en premier lieu. On se demande bien comment Mike Mignola peut continuer à défendre une telle vulgarisation de son propre univers, abaissé à un humour bas du front. Le maquillage de Hellboy est beaucoup moins convaincant que celui de Mike Elizalde et feu Matt Rose sur Ron Perlman, noyant un David Harbour méconnaissable sous des couches de latex qui ne lui permettent que de grogner les kilomètres de punshlines qu’on lui a écrit. Le film se voulait plus proche des comics de Mignola, mais le personnage reste l’homme-enfant des films de Del Toro, dont ce reboot tente de se défaire péniblement tout autant qu’il peine à trouver un ton vaguement super-héroïque (et attendez de voir l’absurde filiation qu’on a trouvé au grand rouge !). Perdant sur tous les tableaux, Hellboy tente de noyer le poisson sous les litres de sang numérique.

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Hellboy (David Harbour) joue les cowboys dans son beau studio bulgare.

C’est d’ailleurs bien la seule chose à éventuellement sauver du film, ses horreurs graphiques particulièrement généreuses pour une production grand public actuelle. Ironiquement, les maquilleurs inaccessibles pour Del Toro il y a quinze ans se retrouvent, à cause de la concurrence des effets numériques, à se bousculer au portillon de ce nouvel Hellboy et s’éclatent à animer un bestiaire fourni qui fait sa maigre force. La seule séquence un tant soit peu mémorable du film est la visite de Hellboy dans l’arbre de Baba Yaga, jouée par un contorsionniste trouvant les mouvements les plus improbables et effrayants. Une séquence perdue parmi tant d’autres dans un scénario bien bordélique, attendant une heure avant de nous raconter quelque chose. Et pris entre un prologue monté au hachoir et un épilogue en forme de scène d’action complètement illisible qui sont les plus belles preuves de la facture incroyablement datée du film qui aurait pu à la rigueur faire illusion il y a vingt ans. Mais à l’heure actuelle, c’est une bourde à oublier au plus vite, un pas de côté nanardeux si embarrassant que, tous comptes faits, on irait bien renégocier avec Del Toro, non ?

BASTIEN MARIE


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