L’Emprise des ténèbres

mv5bntm1zdhizmetzmfios00zte4ltk1otctotbhotfhmdbkodfjxkeyxkfqcgdeqxvymtqxnzmzndi-_v1_The Serpent and the Rainbow Film d’horreur américain (1988) de Wes Craven, avec Bill Pullman, Cathy Tyson, Zakes Mokae, Paul Winfield, Brent Jennings, Conrad Roberts, Michael Gough et Paul Guilfoyle – 1h38

L’anthropologue Dennis Alan est envoyé à Haïti par une compagnie pharmaceutique pour mettre la main sur la drogue provoquant les zombifications de la culture vaudou…

Entre ses débuts polémiques avec La Dernière Maison sur la gauche et La Colline a des yeux et ses grands succès Les Griffes de la nuit et Scream, il y a dans la filmographie de Wes Craven une foule de petits films d’horreur (et un mélo avec Meryl Streep) qui cherchent à se faire une place au soleil. A côté des suites ratées et des films mutilés qui ne la méritent pas, on y trouve aussi de véritables trésors comme cette Emprise des ténèbres qui, avec une ressortie en salles il y a deux ans, est bien parti pour rejoindre, à titre posthume, les films cultes de son auteur. Et ce n’est que justice car il est effectivement un des meilleurs films de son auteur, presque en pleine possession de ses moyens (à un final et une délocalisation de tournage près). Le film est inspiré d’une histoire vraie, celle de Wade Davis qui avait concentré ses recherches sur le vaudou haïtien dans un livre qu’il espérait voir adapté par le duo de L’Année de tous les dangers, Peter Weir et Mel Gibson. Il a dû déchanter en voyant arriver Craven et un Bill Pullman débutant s’occuper d’un film qui avait tout de la série B horrifique. Mais grâce au savoir-faire du réalisateur, ce ne sera pas n’importe quelle série B horrifique…

On pourrait oublier que Wes Craven a commencé dans le métier en assurant le montage de documentaires et de films érotiques. S’il y a bien une scène de sexe, peu utile de surcroît, dans L’Emprise des ténèbres, c’est plutôt le premier registre susmentionné qui profite au film, inspiré d’une histoire vraie comme il aime à le rappeler en ouverture. Plutôt que de s’emparer du vaudou comme une attraction foraine de sa série B, Wes Craven préfère rendre hommage à la nature anthropologique de l’ouvrage qu’il adapte et traite la culture vaudou avec beaucoup de sérieux. C’est pas du Jean Rouch non plus, mais tout de même Craven filme méticuleusement son décor haïtien, qui offre bien plus qu’un simple exotisme de carte postale. Rapidement, le climat politique de l’île, expérimenté par Craven et son équipe lors du tournage (leur sécurité ne pouvant être assurée, ils ont dû déménagé à Saint Domingue), s’invite dans l’intrigue du film pour y prendre une place importante, participant à son angoisse et se confondant à son ambiance vaudou (les dictateurs en usant pour littéralement contrôler les esprits de la population). L’Emprise des ténèbres devient une fiction très documentée, au fantastique finalement très pragmatique et pur (rappelons que le genre, dans sa définition la plus stricte, consiste à faire douter l’esprit sceptique de l’irréalité supposée de ce qu’il voit), et dont les visions nous horrifient surtout par leur crédibilité.

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Dennis Alan (Bill Pullman) découvre le roulage de pelle haïtien.

Si on omet un final durant lequel les producteurs ont eu la main lourde pour imposer des effets spéciaux dispensables, on peut admirer la façon dont Craven met en scène ses visions d’horreur. Ce sont souvent des hallucinations mais qui, à la manière des interventions d’un Freddy Krueger, finissent par contaminer le vrai monde, par exemple quand Bill Pullman se réveille d’un horrible cauchemar à côté d’un cadavre bien réel. Et Craven n’entend pas terrifier son audience juste avec des horreurs graphiques, comme un serpent surgissant de la gueule d’un cadavre pour se jeter sur celle d’un vivant, mais aussi en faisant appel à des psychoses bien plus terre-à-terre, comme la claustrophobie. Impossible de ne pas partager avec Pullman cette angoisse ô combien oppressante d’être enterré vivant, bien coincé entre quatre planches, et pourquoi pas avec une tarentule en guise de cerise sur le gâteau. On reconnaît bien là le don de Craven pour non seulement mettre en scène l’horreur, mais surtout pour la rendre tangible, palpable, du réalisme insoutenable du calvaire de la jeune victime de La Dernière Maison sur la gauche à la psyché déréglée des tueurs de Scream, en passant par les légendes urbaines qui nourrissent le mal des Griffes de la nuit ou du Sous-sol de la peur. Et ce glissement entre le réel et le fantastique, s’influençant l’un l’autre, est particulièrement abouti dans L’Emprise des ténèbres, apportant une pierre concrète à l’édifice du cinéma zombie.

BASTIEN MARIE


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