Battleship Island

mv5bngzlogu4zwqtognlys00mmrmltgzywqtyjblmjc1ndqyytrmxkeyxkfqcgdeqxvynzi1nzmxnzm-_v1_sy1000_cr006991000_al_군함도 Gun-ham-do Film de guerre coréen (2017) de Ryoo Seung-wan, avec Hwang Jung-min, Kim Soo-han, So Ji-sub, Lee Jeong-hyeon et Song Joon-ki – 2h12

Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs centaines de coréens sont emmenés de force sur l’île d’Hashima par les forces coloniales japonaises. L’île est un camp de travail où les prisonniers sont envoyés à la mine. Un résistant infiltré sur l’île élabore un plan d’évasion géant afin de sauver le plus grand nombre de prisonniers possible…

Il n’est ignoré par personne que, depuis une quinzaine d’années déjà, le cinéma coréen est devenu l’un des plus riches et passionnants au monde. On ne manque jamais de noter sa suprématie sur la production hollywoodienne moribonde dès qu’un blockbuster du pays du matin calme a la chance de débouler dans nos salles comme Dernier Train pour Busan ou Tunnel, grâce à la persévérance de distributeurs français comme ARP ou Metropolitan. Cette concurrence entre Orient et Occident n’a jamais été aussi évidente qu’avec Battleship Island, énorme production coréenne ayant battu bien des records dans son pays d’origine. Tourné dans des décors reconstitués sur une ancienne base militaire américaine de plus de 6 000 m², ce blockbuster de Ryoo Seung-wan, auteur d’une douzaine de films, se double d’un devoir de mémoire traitant d’une histoire que le gouvernement japonais ne reconnaît toujours pas aujourd’hui. Une sorte de Grande Evasion coréenne en somme, renouant avec les fresques historiques et guerrières avec un panache que les américains n’ont plus tellement.

Car ce qui nous emporte immédiatement dans Battleship Island, c’est que le film ne s’excuse pas de faire du cinéma de son sujet historique, choisissant volontiers le grand spectacle pour illustrer son propos sans l’alourdir de velléités artistiques un brin forcées (c’est pas Dunkerque, quoi). Le film de Ryoo Seung-wan s’accorde à la générosité du cinéma coréen et s’amuse avec le faste de sa production (pyrotechnie, immenses décors, masse de figurants) canalisé dans un sens de la narration confondant, mettant en scène un grand nombre de personnages rendant compte de la violente hiérarchie du lieu. Les deux grosses heures du film passent à toute vitesse tant Ryoo jongle habilement avec les genres et les idées, déroulant tous les aspects et enjeux concentrés sur l’île d’Hashima (le contexte guerrier, l’organisation sociale, le survival, l’espionnage, etc) dans un même mouvement étourdissant. On peut évidemment reconnaître des influences ici et là (la relation entre le père musicien et sa fille peut faire penser à La Vie est belle) mais globalement, Battleship Island dépoussière surtout une envergure et un souffle qu’on avait pas vus depuis belle lurette au cinéma – car il faut le voir au cinéma. Le savoir-faire à l’oeuvre peut d’ailleurs se mesurer par une citation occidentale que Ryoo place en plein climax : l’Estasi of Gold d’Ennio Morricone. Si l’utilisation du morceau hyper emblématique du Bon, la Brute et le Truand vous paraît inapproprié, ça vous sortira complètement du film. Mais si, comme moi, cette citation couillue vous semble légitime et très kiffante, c’est bien que Ryoo Seung-wan a réussi son coup !

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Le résistant Park Mu-young (Song Joong-ki) remporte une adhésion brûlante pour son plan d’évasion.

A n’en pas douter, Battleship Island restera dans les mémoires, d’autant qu’il s’en fait un devoir sur un événement encore tu : pour faire entrer l’île d’Hashima au patrimoine mondial, l’UNESCO exige encore comme condition la reconnaissance des faits par le gouvernement japonais. Le secret entourant l’île a d’ailleurs dû aider Ryoo Seung-wan à mettre aisément l’Histoire en fiction, et Battleship Island suscite peut-être en Orient des débats très familiers en Occident, genre travelling de Kapo, petite fille au manteau rouge de La Liste de Schindler, etc. Le cinéma peut-il tout représenter de l’Histoire ? Le grand spectacle sonne-t-il sensationnaliste sur un tel sujet ? Je ne vais pas rallumer les braises de ce feu critique, d’autant plus qu’il semble avoir épargné Battleship Island en France (du fait qu’on y connaît moins la guerre du Pacifique ?). Mais perso, quelque peu lassé par la morgue austère qui entoure le genre historique ces derniers temps, je n’ai aucun complexe à ce sujet. A événement extraordinaire, film extraordinaire. Et je m’en vais tranquillement le ranger, avec ses contemporains Tu ne tueras point et La Bataille de la montagne du Tigre, entre La Grande Evasion donc et Le Pont de la rivière Kwaï.

BASTIEN MARIE


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