La Lune de Jupiter

1294656Jupiter holdja Film fantastique hongrois (2017) de Kornél Mundruczo, avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi et Monika Balsai – 2h09

Attention, cette bafouille pourrait vous faire tomber sur quelques spoils. Merci de votre compréhension.

En tentant de rejoindre la Hongrie, le jeune syrien Aryan Dashri est abattu par un policier, ce qui lui donne l’étrange don de léviter. Quand Gabor Stern, un médecin magouilleur et endetté, est témoin de ce miracle, il décide de prendre Aryan sous son aile pour exploiter son pouvoir…

Après la bonne claque que nous avait mis White God (2014) et sa révolte canine, Kornél Mundruczo revient avec un nouveau film fantastique, genre qu’il semble apprécier de plus en plus, avec La Lune de Jupiter. Le titre se réfère à Europe, un satellite de Jupiter cachant un océan sous sa couche de glace, susceptible d’y abriter de la vie. Ce qui résonne avec cette histoire d’un migrant échappant à la mort avec un étrange don. Mundruczo dit avoir écrit le script en 2014 en songeant à le situer dans un futur proche. Sauf que La Lune de Jupiter a été rattrapé par le présent et la crise migratoire, devenant presque une suite terrible des Fils de l’homme (2006) d’Alfonso Cuaron, dont la dystopie devient de plus en plus tangible. Le film fut assez mal reçu à Cannes, où on ne supportait pas de voir une sordide réalité travestie en film fantastique alourdi de symbolisme. A l’exception de Will Smith, aucun juré cannois n’a volé à son secours. Heureusement, La Lune de Jupiter s’est refait une santé dans les festivals de films fantastiques, là où on salue le genre quand il devient politique. De Cannes à l’Étrange festival, il semblerait donc falloir choisir un camp, et les Super Marie ayant plutôt un penchant pour le second…

Forcément, on a adoré La Lune de Jupiter. Bon, le film de Kornél Mundruczo n’est pas exempt de défauts : un peu long, un peu répétitif, etc. Aussi, on ne peut pas vraiment donner tort à ses détracteurs qui lui reprochent le manichéisme de sa situation, les gentils migrants étant à la merci de hongrois tous plus salauds les uns que les autres, du flic fasciste au médecin opportuniste, en passant par l’infirmière traîtresse. Mais on ne peut nier la sidération qu’impose La Lune de Jupiter dès sa première séquence : quelque part entre Les Fils de l’homme, donc, pour son goût du plan-séquence et sa logique filiation visuelle, et Le Fils de Saul pour sa caméra harnachée au point de vue de son protagoniste dans une situation de survie, Mundruczo nous embarque avec Aryan de la terreur d’ici-bas à une envolée magique et étourdissante, résultat d’un travail technique dont la précision… donne le vertige.

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Aryan Dashri (Zsombor Jéger) lévite un coup avant le grand plongeon.

N’en déplaise donc à ceux qui voudraient plomber la légèreté de La Lune de Jupiter par la gravité de son propos (alors que le film fonctionne justement sur le contraste entre les deux), Kornél Mundruczo préfère approcher l’actualité avec sensibilité, ce qui est peut-être moins acceptable pour certains mais plus durable : il y a fort à parier que La Lune de Jupiter fascinera encore longtemps après que d’autres films, le nez dans l’actu, disparaîtront en même temps que cette dernière. La prétendue naïveté de Mundruczo, je la trouve touchante car le cinéaste veut nous faire croire aux miracles. Moins par la figure christique évidente de son fragile protagoniste ou le joli score gracieux de Jed Kurzel que par, encore, une question de point de vue. Car si le film s’attache tant au plan-séquence et à la mobilité de la caméra, ce n’est certainement pas pour l’esbroufe, pas non plus seulement pour nous rendre sensible le pouvoir d’Aryan (même si toutes les séquences de lévitation y parviennent incroyablement bien) ou donner plus d’efficacité aux scènes d’action, mais aussi pour nous montrer une périlleuse univocité du point de vue, souvent cynique de surcroît (c’est ce qui rend le personnage du médecin et son évolution très intéressants). Au départ, le miracle d’Aryan n’est vu que par quelques personnages, cherchant tout de suite à l’exploiter, comme un secret difficilement gardé par la caméra. Mais cela bascule à la fin du film, quand la lévitation d’Aryan apparaît enfin à tous. A ce moment, Mundruczo remplace le plan unique et la caméra mobile par une série de plans fixes, à hauteur d’hommes, sur les témoins levant enfin les yeux au ciel. Cette façon d’harmoniser les points de vue par leur multiplicité est peut-être ce qui touche le plus dans ce beau film fantastique qu’il faut particulièrement voir pour le croire…

BASTIEN MARIE


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