Faute d’amour

mv5bndjkmda1mwqtzji4yi00nzlhltk0zdctngu5yzayowy5zjuyxkeyxkfqcgdeqxvynduzotq5mjy-_v1_Nelyubov Drame russe (2017) d’Andrey Zvyagintsev, avec Maryana Spivak, Aleksey Rozin et Matvey Novikov – 2h07

Après une de leur dispute au sujet de leur divorce, Zhenya et Boris découvrent la disparition de leur fils Alyosha. Pour le retrouver, ils s’en remettent à une association travaillant activement à la recherche de personnes disparues…

De ses débuts avec Le Retour (2003) jusqu’au sublime Leviathan (2014), Andrey Zvyagintsev s’est imposé, de Cannes en Cannes d’où il repart rarement bredouille, comme le plus grand cinéaste russe contemporain, nous livrant de tristes nouvelles de l’Est au fil d’une filmographie de plus en plus amère. Prix du jury à Cannes et sélectionné pour représenter la Russie aux Oscars, Faute d’amour se concentre sur la disparition d’un enfant délaissé pour livrer un portrait toujours aussi glacial du pays de Poutine.

D’emblée, Andrey Zvyagintsev pose, avec sa mise en scène ample pleine de plans parfaitement construits, la situation familiale délétère de Faute d’amour. Les personnages, murés dans leur colère, ne se rencontrent que pour s’opposer. Les parents s’engueulent, le fils n’est au centre de l’attention que pour savoir qui va pouvoir d’en débarrasser. Furieuse, la mère claque une porte sans se rendre compte que, juste derrière, le fils est en pleurs : Zvyagintsev a déjà fait disparaître l’enfant avant même qu’il ne fugue. Faute d’amour est aussi terriblement bien écrit, les dialogues empesant la situation : en quelques mots, le coordinateur des recherches qui s’entretient avec les parents comprend aussitôt leur désamour ; le monologue de la grand-mère à l’égard de sa fille est aussi d’une grande violence, le désamour maternel traversant les générations. Mais ce qui désempare le plus dans le film est la forme cyclique du récit que Zvyagintsev retrouve de Leviathan, enfermant dans une boucle sans issue la situation du film. Dans Faute d’amour, les personnages se conforment à cette triste répétition, chaque parent réinitialisant l’échec amoureux avec leurs nouveaux amants.

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Le jeune Alyosha (Matvey Novikov) emmuré dans sa tristesse invisible pour ses parents, avant qu’il ne disparaisse lui-même.

Le mince espoir que Zvyagintsev trouve dans le film – et son pays – réside dans l’association de recherche des personnes disparues qui a inspiré le projet. Elle est un élan populaire s’emparant du travail délaissé par des autorités impuissantes ou paresseuses. Elle recherche l’enfant avec plus de conviction que les parents, les accompagnant mollement dans les recherches. La fine vague orange de bénévoles traversant les décors hivernaux voudrait un peu réchauffer Faute d’amour. Malheureusement, ils ne traversent que ruines (le repère de l’enfant est un bâtiment abandonné, comme l’enfant de Leviathan qui venait chercher du réconfort auprès des squelettes d’immenses créatures), indifférence (les passants passent à côté des affiches sans un regard) et sur-place (image très éloquente de la mère portant un survêtement aux couleurs de la Russie sur son tapis de course). Le pessimisme de Zvyagintsev pourrait passer pour de la cruauté digne d’un Haneke s’il n’y avait pas, tout de même, un peu d’empathie pour ses personnages, comme dans la séquence de la morgue (que je ne vous décris pas puisque l’endroit est souvent crucial dans un film). D’ailleurs, le titre français est un peu moins catégorique que l’international Loveless. Même s’il séduit moins que Leviathan, sans doute par son propos plus minimaliste et attendu, Faute d’amour n’allège pas le pessimisme de Zvyagintsev dans une oeuvre cohérente pour peindre un pays sans amour.

BASTIEN MARIE


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