L’Empereur du Nord

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En 1933 en Oregon, durant la Grande Dépression qui peuple le pays de vagabonds, le train de marchandise n°19 pour Portland est gardé par le cruel Shack, dégageant tous les voyageurs clandestins. Jusqu’à ce qu’il soit mis au défi par A-N°1, un hobo légendaire qui compte bien voyager sur son train…

A l’origine de L’Empereur du Nord, il y a le scénariste Christopher Knopf, abonné aux petites productions et aux séries télé western. Alors qu’il cherche des idées pour un long-métrage plus prestigieux, son pote Walter Newman, scénariste de L’Homme au bras d’or et Cat Ballou (qui vaudra à Lee Marvin l’Oscar du meilleur acteur), lui donne le livre Les Vagabonds du rail de Jack London. Fasciné par l’univers des hobos, Knopf se plonge dans les recherches sur le sujet, et notamment dans la littérature prolifique de l’auteur Leon Ray Livingston, qui n’est autre que le véritable A-N°1. Faisant le tour des studios pour atterrir chez 20th Century Fox, le script de L’Empereur du Nord fut d’abord confié à Martin Ritt (mais il voulait le modifier de long en large) puis à Sam Peckinpah (mais le studio craignait des dépassements de budget dont le réalisateur de La Horde sauvage était coutumier). Finalement, c’est Robert Aldrich qui piocha le scénario de Knopf, ravi de pouvoir caster ses deux salopards préférés Lee Marvin et Ernest Borgnine.

Comme on peut s’y attendre, L’Empereur du Nord est un film d’hommes (pas une seule femme à l’écran) ne nous épargnant rien de la dureté du contexte de la Grande Dépression. C’est d’ailleurs le seul mince regret de Christopher Knopf au sujet de sa collaboration avec Robert Aldrich : là où le scénariste avait prévu une exposition plutôt légère avec une cruauté allant crescendo, le réalisateur des Douze Salopards ouvre son film avec le meurtre froid d’un hobo coupé en deux sur les rails ! Le sourire si particulier d’Ernest Borgnine ne servira donc qu’à exprimer un sadisme manifeste, laissant la positivité du héros à Lee Marvin (c’est dire la rudesse du film). Bien qu’ayant peu de scènes en commun, les deux acteurs se défient constamment, entraînant dans leur duel les paris des cheminots et des vagabonds, à bord d’un train lancé à toute allure. Et L’Empereur du Nord impressionne encore aujourd’hui par sa logistique de tournage sur la voie traversant l’Oregon et faisant la part belle aux décors nord-américains.

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Une baston épique entre Shack (Ernest Borgnine) et A-N°1 (Lee Marvin) pour savoir lequel arrivera à son terminus…

Si le voyage connaît quelques baisses de rythme, notamment quand les deux hobos s’éloignent du train n°19, Robert Aldrich parvient tout de même à mêler la description précise de l’époque à son modèle de film d’action effréné. On sent à la fois la richesse de la documentation de Knopf sur la culture hobo et l’efficacité du réalisateur. C’est ce qui m’empêche d’apposer à L’Empereur du Nord l’adjectif crépusculaire. D’abord parce que je trouve le terme très galvaudé aujourd’hui. Ensuite parce que l’approche d’Aldrich est trop généreuse pour laisser de la place à l’amertume (avec Peckinpah, c’eût été une autre histoire). Pour autant, il y a ce Cigaret (Carradine), le jeune élève indiscipliné, têtu et opportuniste que doit ce coltiner A-N°1, qui pourrait incarner la fin d’une ère : Marvin ne pouvant lui inculquer quoique ce soit malgré son statut de légende des rails, on se dit que cet apprentissage manqué éteint la culture des hobos. A l’heure où Scorsese achevait Boxcar Bertha (sur le même contexte et avec un autre Carradine) pour Roger Corman avant de se lancer dans Mean Streets, Aldrich aurait-il senti l’arrivée fracassante du Nouvel Hollywood et fait de L’Empereur du Nord un adieu ? Peut-être, mais un adieu qui a de la gueule.

BASTIEN MARIE


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