Perfect Blue

mv5bntu2mzmymzyzmf5bml5banbnxkftztywmjy3mju5-_v1-_cr00261431_Pafekuto buru Film d’animation japonais (1997) de Satoshi Kon – 1h21

La popstar Mima décide de se reconvertir dans une carrière d’actrice pour une série télévisée. Une décision qui provoque la colère de ses fans, encore plus envenimée quand elle doit jouer des scènes de sexe, et culminant quand des menaces et des meurtres touchent son entourage…

Mes révisions en animation japonaise continuent, et j’en suis à la moitié de mon semestre Satoshi Kon en parlant de son premier film Perfect Blue (que j’ai vu après son deuxième, Millennium Actress). Kon avait commencé par dessiner le manga Opus mais, ses idées devenant trop grandes pour rester sur le papier, il s’était lancé dans la réalisation de ce premier long-métrage, laissant Opus sans fin. Le réalisateur disait que sa priorité sur Perfect Blue était de se concentrer sur la cohérence et la fluidité du récit plutôt que de se focaliser sur quelques morceaux de bravoure épars. Une vue d’ensemble effectivement profitable à ce premier effort qui navigue déjà entre plusieurs niveaux de lecture pour affiner la personnalité morcelée de Mina (Kon a dû s’y reconnaître dans l’évolution de sa propre carrière).

Ce qui impressionne dans Perfect Blue est encore une fois le rapport étonnant entre sa courte durée (80 minutes) et son ambition narrative : Satoshi Kon parvient, dans un film forcément riche, à dresser une vision amère et cruelle de la célébrité qui tient encore parfaitement la route aujourd’hui. Les rapports et tensions entre la belle Mina et son entourage brassent à peu près tous les motifs qu’on pourrait approcher de la célébrité : dédoublement de la personnalité, fortes influences de l’industrie, explosions de rumeurs, réappropriation dangereuse des fans et stalkers, etc. Tout, y compris un propos déjà bien établi sur les dérives d’internet encore balbutiant. La portée des thématiques est assez exponentielle et parfois précurseur en la matière ; une densité qui pourrait vite devenir un excès d’un premier film d’un réalisateur aux yeux plus gros que le ventre, mais que Satoshi Kon concentre et maîtrise à la perfection, dans une narration se permettant même d’être étourdissante et imprévisible. L’auteur a donc bien fait de veiller à la bonne tenue de son histoire…

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Mima, une icône pas tout à fait immaculée…

Décliné dans un ton mélodramatique dans Millennium Actress, ce récit à tiroirs découvrant le mystère d’une star est dans Perfect Blue développé comme un thriller à faire rougir Brian De Palma. Traversé d’incisifs moments d’angoisse, Perfect Blue devient progressivement un whodunit dans lequel il ne s’agit pas seulement d’identifier le meurtrier mais aussi la victime qui l’obsède, dans le morcellement identitaire que Kon déploie sous nos yeux. Le film gagne alors une intensité folle qu’en bon fan de cinéma de genre, j’ai légèrement préféré à l’émotion de Millennium Actress. Il faut dire aussi que ce premier film se montre plus sombre et cynique que le second, questionnant une adulation plus tordue et fatale, la pauvre Mima traversant nombre d’épreuves harassantes qu’on n’oserait pas infliger à un personnage live. Balançant entre réalité et fiction, pas plus rassurante l’une que l’autre, ce conte cruel s’achemine brillamment vers un final digne d’un giallo : quoi de plus logique pour un film au titre si coloré que Perfect Blue ? Fêtant cette année ses vingt ans – soit autant d’années qu’il a d’avance sur bon nombre de productions actuelles – le premier film de Satoshi Kon est une merveille. En même temps, j’étais acquis à sa cause dès que j’ai entendu et kiffé Angel of the Heart, le tube de Mima qui ouvre le film…

BASTIEN MARIE


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