Madame de…

238027Drame français (1953) de Max Ophüls, avec Danielle Darrieux, Charles Boyer et Vittorio de Sica – 1h45

Louise revend des boucles d’oreille offertes à son mariage pour rembourser des dettes de jeu. Son mari, militaire haut gradé, les rachète à son insu mais les offre cette fois à une maîtresse partant à Constantinople. Une affaire réglée, jusqu’au jour où un ambassadeur italien, s’amourachant de Louise, lui offre les mêmes boucles d’oreille…

Madame de… est l’avant-dernier film de Max Ophüls avant son ultime chef-d’oeuvre Lola Montès. Pour le rôle principal, le réalisateur retrouve sa star de La Ronde et Le Plaisir, Danielle Darrieux, en étant gêné toutefois de lui proposer le film : Ophüls prévient en effet son actrice que malgré sa grâce et sa beauté, elle devra surtout incarner l’ennui et la frivolité de cette dame anonyme, se trouvant des amants par pure coquetterie sans assumer ses désirs.

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Cette fois, l’amant (Vittorio De Sica) offre à Madame de… (Danielle Darrieux) une fourrure pour être sûr de pas se faire gauler par Monsieur de.

Effectivement, Max Ophüls n’est pas tendre avec son héroïne, la présentant dès le premier plan uniquement à travers sa garde-robe dans laquelle elle cherche ce dont elle pourrait se débarrasser : on peut difficilement mieux établir la superficialité de son héroïne. Très consciente du pouvoir qu’elle exerce sur les hommes, comme le prouve la séquence suivante montrant son mari se décarcasser pour retrouver les diamants qu’elle dit avoir égaré, Louise semble se satisfaire de l’image qu’elle dégage et de l’amour strictement conventionnel qu’elle vit avec son mari, tout comme le titre se satisfait avec humour (pour l’instant) de son rang uniquement, sans nom de famille au bout. Ophüls se moque ostensiblement (et l’ostensible est beau chez lui) de la mondanité du début du siècle, articulant un vaudeville autour de boucles d’oreille, ustensile brillant d’un amour en toc.

Madame de… est donc fort amusant dans un premier temps mais Ophüls ne tarde pas, avec sa virtuosité habituelle, à transformer la comédie en tragédie, et à faire de Darrieux, jusque là hautaine et irritante, une authentique héroïne romantique. A chaque fois que les bijoux reviennent, ils s’alourdissent des ressentiments des personnages : la jalousie du mari trompé, la résignation de l’amant éconduit, le remords de la dame ensevelie sous ses mensonges. Le tout se déroule dans un récit elliptique (il faut bien permettre aux bijoux de disparaître et réapparaître) qu’Ophüls déploie de main de maître, autant sur le ton humoristique (la valse, continue à l’écran, mais interrompue par de moins en moins de temps dans le récit) que désespéré (la lettre déchirée qui devient flocons de neige). Forcément, Madame de… finit par ne plus faire rire du tout, la mise en scène enfermant les personnages dans leurs conventions, comme le mari qui déclame son amour à son épouse à mesure qu’il ferme les fenêtres et l’emprisonne dans sa chambre. Et la blague des points de suspension du titre devient, dans l’ultime plan, toute la tragédie d’une héroïne prisonnière de ses sentiments et de son rang.

BASTIEN MARIE


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