L’Année du requin

Comédie de requin française (2022) de Zoran et Ludovic Boukherma, avec Marina Foïs, Kad Merad, Christine Gautier et Jean-Pascal Zadi – 1h27.

Il fait beau, il fait chaud sur La Pointe ! La cité balnéaire des Landes vit sa pleine saison et Maya Bordenave ses derniers jours au sein de la gendarmerie maritime locale avant de partir en retraite anticipée. Mais, alors qu’elle dépanne des allemands, elle débusque un gros poisson, du genre avec un aileron, plusieurs rangées de dents et une réputation de prédateur qui peut vite faire souffler sur les plages un vent de panique…

Il y a un an, les frangins Boukherma squattaient déjà les écrans français en nageant entre deux eaux, agrémentant leur comédie adolescente Teddy de la présence meurtrière d’un loup-garou. Les voilà donc de retour avec cette Année du requin aussi attendue que redoutée, son casting bankable et son affiche typo jaune sur fond bleu classent d’emblée ce nouvel effort des jumeaux dans la fameuse catégorie « comédie française » qui fait tant jaser au pays des fromages… Et à la vue du résultat, il semble clair que nos concitoyens n’en sortiront pas réconciliés !

Car oui, à l’instar de Teddy et son loup-garou, c’est moins le monstre en lui-même qui semble avoir ici attiré les Boukherma dans les films du requin plus que l’impact qu’il peut avoir sur la communauté. Tube de l’été à l’appui et présentation radio digne des Grandes Gueules, L’Année du requin colle à l’actu et la menace à aileron côtoie si directement les autres crises que sont la pandémie et le réchauffement climatique qu’elle peut même en être vu comme une allégorie, révélant au passage le potentiel comique de ces fameux « gaulois réfractaires aux changements ». Heureusement, plutôt que de devoir choisir entre satire engagée ou gaudriole réac, les jumeaux préfèrent porter sur leurs contemporains le regard décalé qu’ils cultivaient sur leurs premiers films, mélangeant leurs acteurs stars à des non professionnels dans la joie et la bonne humeur pour un résultat suffisamment étrange pour susciter autre chose que le rire à tout prix. Aussi, s’ils profitent du burlesque naturel de Jean-Pascal Zadi, Kad Merad s’amuse sans trop en faire dans son rôle de faire valoir masculin tandis que Marina Foïs est de nouveau excellente en gendarmette lancée dans une quête du requin qui cache mal d’autres tourments, le tout emballé par la narration « coenienne » pleine de charme de Ludovic Torrent.

Le Covid en 2020 ? Le requin en 2021 ? Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire dans les Landes ?…

Si sur le papier, L’Année du requin avait de quoi cocher les cases de la comédie populaire et son sous-genre estival, jouant même sur un tableau pas si éloigné de célèbres gendarmes tropéziens, le bleu des uniformes rappellerait ici davantage la bande lunaire de Steve Zissou que la brigade de Ludovic Cruchot et le décalage des Boukherma va assurément glacer une partie du public, y compris ceux qui viendraient voir du requin… En effet, plutôt que de taper dans la grosse parodie des Dents de la mer, les réalisateurs s’aventurent sur la voie post-moderne d’un John Landis (eux qui, avec Teddy, marchaient déjà à gros sabots sur les traces du Loup garou de Londres) et leurs personnages, face à l’arrivée du requin, semblent évidemment se rappeler au bon souvenir du blockbuster de Spielberg. Si le pastiche, simple (si tant est qu’un tournage marin puisse être « simple »), se révèle efficace via une poignée de plan qui, s’en tenant à la célèbre leçon du maître, suffisent, on aurait quand même pas craché sur un peu plus de gore. Et pour les fans de Sharknado, c’est qu’il y’a le risque de trouver le film un peu fade…

Comédie chelou, film de requin bien moins généreux qu’une concurrence, il faut bien le dire, complétement dingue, on espère quand même que L’Année du requin séduira un public de stoners et plus largement des spectateurs qui trouveront dans ce divertissement en sous-régime le programme idéal pour cet été écrasant. Perso, c’était tout à fait la confirmation que j’attendais après Teddy, non pas l’explosion de nouveaux grands génies du cinéma de geeenre hexagonale, mais plutôt l’affirmation de réalisateurs de bons petits films à la cool, un peu bizarres et ça, bah ça suffit à ma kiffance.

CLÉMENT MARIE


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