La Nuit du 12

Film policier franco-belge (2022) de Dominik Moll, avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Lula Cotton-Frapier et Anouk Grinberg – 1h54

La nuit du 12 octobre 2016, Clara Royer, 21 ans, rentre chez elle après une soirée chez sa meilleure amie. Sur le chemin, elle croise un homme qui l’asperge d’essence et lui met le feu. Yohan Vivès, nouvellement promu chef de la PJ de Grenoble, est chargé d’enquêter sur ce crime qui, comme beaucoup d’autres, ne sera pas résolu…

Dominik Moll est souvent oublié lorsqu’on aborde les cinéastes français qui comptent. Pourtant, de son home invasion pervers Harry un ami qui vous veut du bien jusqu’à son précédent film Seules les bêtes, thriller puzzle à la Iñárritu, il a su développer une filmographie jouant du mystère avec une habilité rare. Il y a donc une logique certaine à le voir de retour cet été avec cette Nuit du 12 sur laquelle Moll, évidemment accompagné de son co-auteur Gilles Marchand, s’aventure dans ce qui peut être considéré comme un sous genre du polar à part entière : le crime non élucidé.

Aussi, le cinéaste téméraire marche volontiers sur les traces du chef d’œuvre du genre, le Memories of Murder de Bong Joon-ho. Transposé en France, on retrouve malgré tout ici la police dysfonctionnelle (une imprimante qui n’imprime plus), le tueur de femme et évidemment, le drame qui demeurant une énigme, ne laisse derrière lui que l’angoisse tenace d’un mal métaphysique qui hantait déjà La Chasse de Friedkin ou le Zodiac de Fincher. Moll et Marchand n’hésitent d’ailleurs pas à attribuer ces réflexions autour des féminicides et d’une culpabilité sociale directement à leurs personnages dans des dialogues heureusement finement écrits. Aussi, ces flics paumés, aussi bien dans leurs vies privées que professionnelles, sont parfaitement incarnés.

La mémoire d’un meurtre…

Bastien Bouillon, qu’on a découvert chez Betbeder et qui a pris du galon depuis Seules les bêtes où il jouait un gendarme, teinte ici son jeu d’une étrangeté à la Laurent Lucas tout à fait à propos. A ses côtés, Bouli Lanners, encore une fois impeccable en flic tourmenté, ayant de plus en plus de mal à faire face à la dureté du métier. Deux flics, deux façons de gérer leurs émotions et l’impudeur de leur tâche tandis qu’ils se confrontent à l’intimité de la victime, une jeune fille à la vie bien moins rangée que ce qu’elle pouvait laisser supposer et qui collectionnait les amants : de l’ado attardé visiblement pas bien connecté au marginal du quartier en passant par le rappeur maladroit et le glaçant mâle toxique, impressionnant Pierre Lottin, bien loin des Tuche.

Un meurtre non élucidé, une victime à la vie secrète mais aussi un cadre montagnard… Une autre référence majeure du genre s’impose à nous, le fameux Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost, tandis qu’une énigmatique photo de fleur nous rappelle la rose bleue de Fire walk with me, maigre clef pour nous aider à faire face à ce mystère insondable mais qui en dit beaucoup. Ne vous fiez pas à ces quelques lignes, La nuit du 12 vaut évidemment bien plus qu’un catalogue de références du genre, Dominik Moll et Gilles Marchand ayant de base leur petite musique existentialiste bien à eux et signent sûrement avec ce requiem planant et poignant leur plus belle partition.

CLÉMENT MARIE


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