Ennio

Ennio, il maestro Documentaire italien (2021) de Giuseppe Tornatore, avec Ennio Morricone, Bernardo Bertolucci, Giuseppe Tornatore, Dario Argento, Roland Joffé, Clint Eastwood, Wong Kar Wai, Quincy Jones, John Williams, Hans Zimmer, Joan Baez, Alessandro Alessandroni, Nicolas Piovani, Roberto Faenza… 2h36

Retour sur la carrière incroyable du plus grand compositeur de l’Histoire du cinéma, par ses proches, ses admirateurs et surtout, par le maestro lui-même…

Des documentaires sur Morricone, on en a déjà vu quelques uns mais, là où Tornatore se distingue avec ce Ennio fleuve, à la mesure du monumental artiste dont il dresse le portrait, c’est bien évidemment par le témoignage précieux du maître himself. Acceptant de se prêter à une mise en scène introductive dans son intérieur reflétant le foisonnement de sa carrière, Ennio Morricone se livre ensuite comme jamais à la caméra de Tornatore. Le cinéaste et ami parvient à percer la pudeur du compositeur légendaire qui a pu souvent se montrer réservé, froid voir carrément imbuvable en entretien. Au contraire, il se montre ici généreux, malicieux, précis et d’une émotivité qui ne laisse pas de marbre alors que la maestro se penche une dernière fois sur son œuvre. Ennio en détaille tous les grands moments, de la formation exigeante à la gloire du cinéma en passant par la révolution des arrangements de la pop italienne, conjuguant la musique classique aux compositions expérimentales avec envie et discipline.

Au plus près d’Ennio…

On imagine que Tornatore n’a eu aucun mal à rassembler des intervenants qui vont de ses proches du conservatoire à ses légendaires collaborateurs, Bertolucci, Joffé, Argento, Clint et même (presque) Terrence Malick* ainsi que ses illustres admirateurs et/ou amis Quincy Jones, John Williams, Hans Zimmer, Tarantino, Wong Kar Wai (qui coproduit le documentaire)… Bon, on notera que c’est quand même plus intéressant quand ça parle italien et que, malgré le prestige de la distribution, le documentaire n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il se concentre sur Ennio lui-même et les personnalités qui lui sont les plus proches. Aussi, au détour d’une réflexion d’Elio Petri, on regrette que, bien que dévoilant bien des aspects de la personnalité de Morricone, Tornatore ne se soit pas aventuré sur les terrains politiques et religieux, explosant forcément au son et à l’image, notamment par la ferveur du documentariste, mais finalement pas vraiment traité par les intervenants… La ferveur de Tornatore, on la retrouve également par la magie qui touche évidemment tout doc sur Morricone : on y entend sa musique ! Sa musique qui, à elle seule, suffit déjà à dresser les poils ! Et Tornatore semble prendre son pied, et on le comprend, à monter les images iconiques des films de Sergio Leone, d’Elio Petri, du Mission de Joffé et de son propre Cinema Paradiso (on remarque ce qu’il a retenu de Hateful Eight…) et on prend évidemment un immense plaisir à retrouver ces morceaux de cinéma projetés sur grand écran.

Le film se perd un peu dans sa dernière lignée, alors que Tornatore aborde les honneurs des Oscars, d’abord déçus avant un double triomphe, et l’on se dit que de telles récompenses pèsent bien peu et que l’œuvre de Morricone vaut tellement plus que des petites statuettes plaquées or. Aussi, après les délices d’avoir du pur Ennio dans les oreilles pendant deux heures, on aurait tendance à devenir un peu grincheux face aux remix hip hop et autre citations de Muse tandis que, forcément, ce gros con de James Hetfield se devait de la ramener. On sait gré à Tornatore de ne l’avoir calé qu’à ce moment, même si on regrette que Springsteen, plus présent, n’est rien de vraiment plus passionnant à dire sur le maestro. Fallait bien feindre une belle fin à cette grande histoire… Malheureusement, Ennio touche évidemment bien plus lorsqu’il nous replonge dans le passé avec nostalgie et ne fait guère illusion lorsqu’il aborde le siècle nouveau. Morricone compte bien peu de dignes descendants et la musique de film n’est plus au niveau où Ennio a pu la hisser. Au moins, on peut toujours se rejouer Cinema Paradiso

CLÉMENT MARIE

*On regrettera qu’il n’est pas eu Brian De Palma dont il ne retient que la BO nominée des Incorruptibles là où, personnellement, on aurait aimé avoir un mot d’Outrage (l’une des plus bouleversante composition du maître).


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