Moon 44

Film de science-fiction allemand (1990) de Roland Emmerich, avec Michael Paré, Dean Devlin, Brian Thompson, Lisa Eichhorn et Malcolm McDowell – 1h38

2038, les ressources naturelles de la Terre sont quasiment épuisées. Une corporation minière, s’inquiétant de voir ses véhicules de forage disparaître, envoie sur la convoitée Lune 44 l’agent Felix Stone pour enquêter sur ces détournements. Pour cela, il infiltre une troupe de taulards enrôlée dans une mission suicide pour protéger la lune d’attaques de pirates…

Le jeune Roland Emmerich rêve d’ailleurs et de science-fiction dans sa petite Allemagne natale qui a peu à lui offrir pour réaliser ses fantasmes. Il a pourtant déjà réalisé un film de fin d’études ne manquant pas d’ambition (Le Principe de l’Arche de Noé, 1984) et a même connu un certain succès avec un film de marionnette maléfique (Joey, 1985) mais il sait qu’il ne pourra s’épanouir qu’outre-Atlantique. Et Moon 44 devra être son passeport. Pour le faire financer, Emmerich fait une filouterie digne de la Cannon : en présentant son projet sur les marchés du film, il prétend déjà disposer de 15 millions de dollars pour convaincre des investisseurs américains et britanniques et finit par amasser un budget deux fois moindre. Pour optimiser son enveloppe, il rassemble tous ses décors sur un même plateau dans des usines désaffectées et fait en sorte de pouvoir passer rapidement de l’un à l’autre, il place un miroir dans le fond pour faire croire que le décor est deux fois plus grand, enrôle ses techniciens en figurants bénévoles et fait des heures sup pour filer des coups de main sur les nombreuses maquettes. Malgré son stakhanovisme qui impressionne sa guest star Malcolm McDowell, Emmerich arrive quand même à bout de son budget en cours de tournage. Moon 44 sort en salles en Europe et directement en vidéo aux States et devient un petit succès de vidéoclub. Il tape surtout dans l’œil de Sylvester Stallone qui soumet le nom du teuton pour son projet de SF Isobar produit par Carolco qui, après l’abandon du projet, redirige Emmerich vers Universal Soldier, lançant la désastreuse carrière américaine que l’on connaît.

Encore une fois, après l’anachronisme du récent Moonfall, il faut au moins reconnaître à Roland Emmerich sa cohérence, car son cinéma est déjà bien installé dans ce Moon 44. Il y a déjà le recyclage forcené de récents succès de SF : les guerres de corporations autour de l’exploitation minière évoque Dune, les maquettes et décors de la cité futuriste au début ressemble à Blade Runner, l’idée d’envoyer un criminel en mission suicide vient de New York 1997, et surtout sa bande de taulards envoyés sur une lune lointaine pour se rendre compte qu’ils y sont manipulés par leur employeur singe évidemment l’escouade de marines d’Aliens. Pour noyer le poisson, Emmerich file à toute allure dans son script pour éviter de s’attarder sur ses incohérences béantes – une autre de ses futures habitudes. Et il y a enfin l’approximation des effets spéciaux sur lesquels se repose beaucoup le réalisateur. Il faut toutefois reconnaître que c’est moins là par laxisme qu’à cause de ses faibles moyens que le film répète plusieurs fois les mêmes plans d’hélicoptères spatiaux, noie ses miniatures sous le brouillard pour enfumer un peu le spectateur et remplit le décor de câbles et de tuyaux pour faire croire à une luxuriance que Moon 44 ne peut pas s’offrir. Le bricolage est grossier mais attendrissant car Emmerich se montre moins cynique que volontaire avec ce film qui doit lui servir de rampe de lancement.

Felix Stone (Michael Paré) pose fièrement à côté de son hélicoptère de l’espace. Par contre, il ne faudrait pas qu’il le casse, parce que la production ne pourra pas lui en payer un autre !

Et puis avec son budget réduit à peau de chagrin en cours de production, le réalisateur est obligé de se replier sur un huis-clos, et là Moon 44 peut éventuellement surprendre avec sa dynamique habile entre les personnages. En effet, les pilotes ne font pas tout, et ils ont besoin de l’assistance de leurs navigateurs au sol. Un équipement futuriste qui fonctionne sur une indispensable coopération : Emmerich aurait-il pompé par anticipation Pacific Rim ?! En tous les cas, cela force la cohabitation entre taulards baraqués et nerds rusés, avec en plus beaucoup de tensions homosexuelles entre les deux, ce qui rend ce huis-clos assez vivant. Heureusement car le casting est, lui, très inégal. Michael Paré se contente de plisser les yeux pour jouer le héros viril et sensible (car il est flic et étudiant en littérature romantique), Malcolm McDowell est un guest peu concerné et Lisa Eichhorn fait la potiche de service. Les autres sont un peu plus motivés : Dean Devlin, futur collaborateur régulier de Roland Emmerich, n’a pas hésité à étoffer un peu le script à même le plateau et Brian Thompson, déjà bodybuilder pilote d’hélicoptère dans Miracle Mile et ayant participé à autant de séries B que ses gros bras peuvent en porter, manque de piquer la vedette à Paré. Beaucoup d’efforts pour pas grand-chose car une fois remarqué par un cador hollywoodien et sa mission ainsi accomplie, Moon 44 a pu retourner à sa place dans les tréfonds des bacs vidéo.

BASTIEN MARIE


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