Veneciafrenia

Film d’horreur espagnol (2021) d’Alex de la Iglesia, avec Ingrid Garcia-Jonsson, Silvia Alonso, Goize Blanco, Nicolas Iloro, Alberto Bang, Cosimo Fusco, Enrico Lo Verso, Armando De Razza – 1h39.

Venus fêter un « EVJF », de jeunes espagnols débarquent à Venise, bien décidés à se la coller ! Alors qu’ils se heurtent dès leur arrivée à l’hostilité des locaux envers les touristes, croisant notamment la route d’un inquiétant bouffon, ils parviennent à taper l’incruste dans une teuf vénitienne secrète. Le lendemain matin, l’un d’entre eux manque à l’appel…

Quatre ans après Perfectos desconocidos (toujours inédit en France puisqu’en remake de Perfetti sconosciuti, on a déjà eu droit à la version de Fred Cavayé…) et El Bar, le prolifique Alex de la Iglesia, qui s’est vu quelque peu freiné par une pandémie qu’il avait prophétisé dans son dernier film, fait donc son retour avec Veniciafrenia. Conçu comme le premier volet d’une série baptisée « The Fear Collection » pour Amazon Studios et Sony, des productions horrifiques réalisées par des réalisateurs espagnols, le cinéaste et son fidèle scénariste Jorge Guerricarchevarria embarquent donc pour Venise afin d’imaginer un nouveau joyeux jeu de massacre dans la sérénissime cité… Plus sereine que jamais d’ailleurs puisque les rues de la ville, désertées pour cause de Covid, ont passablement compliqué le tournage du film censé se dérouler en plein carnaval, l’emploi de figurants imprévus pour peupler les arrières plans ayant pas mal gonflé la note. Aussi, de la part de Pablo Rosso (chef op de Jaume Balagueró et Paco Plaza), collaborant pour la première fois avec de la Iglesia, on pouvait s’attendre à une esthétique plus travaillée mais les deux espagnols, pas épargnés par Venise, le lui rendent bien via cette image numérique, finalement assez raccord avec le propos amer du film et ses héros « selfieurs », et se rattrapent largement par la frénésie également annoncée par le titre.

Du latin carnelevare, carne « la viande », levare « enlever ». C’est donc pertinent que le bouffon soit un peu boucher…

Si le cinéaste marche sans se retourner sur les traces de Nicolas Roegg, son séjour vénitien s’avère évidemment des plus bordéliques, convoquant également d’autres références aussi diverses et variées que les giallos locaux mais aussi Very Bad Trip (l’enquête sous gueule de bois), Wicker Man (la population locale inquiétante), Hostel (et son tourisme contrarié), Eyes Wide Shut (les soirées secrètes à base de masque vénitien et de mot de passe tiré d’opéras) ou Scream 2 (son « glory hole » meurtre et l’assassinat public de Jada Pinkett) voire même les Batman de Christopher Nolan (l’activisme psycho de ses vilains). Une frénésie pop que l’on retrouve jusqu’au casting via le couple formé par Catherina Murino, James Bond girl de Casino Royal qui se terminait d’ailleurs à Venise, et Cosimo Fusco, mondialement célèbre pour son rôle de Paolo dans Friends, casting qui compte aussi une référence plus personnelle puisque Armando De Razza, inoubliable professeur Cavan du Jour de la bête, vient ici jouer le rôle du commissaire. Comme d’hab’ dans le cinéma ogresque et anar de de la Iglesia, le menu est copieux et la régalade au rendez-vous.

Cependant, comme on l’a déjà dit, ces joyeuses festivités cachent un propos plus amer et, si le spectateur prendra plaisir à voir ces jeunes cons punis, c’est aussi parce que l’état de Venise, sombrant sous le tourisme de masse, a de quoi donner des envies de massacre. Alex de la Iglesia ne fait d’ailleurs pas qu’évoquer mais montre d’entrée de jeu une manifestation sur le port renvoyant à la mobilisation bien réelle des vénitiens contre les paquebots de croisière écocidaires. Et le cinéaste ne manque pas d’étendre sa charge, notamment lors d’un climax qui nous conduit dans un théâtre englouti, décor mortifère avec sa scène où siège la tête de Maria de Metropolis tandis que la toile de fond reproduit L’Île aux morts de Böcklin… Veneciafrenia se retrouve donc dispo sur Amazon Prime (du moins il devait l’être au moment où nous publions cet article…) mais, pour le coup, on vous encouragerait presque à le pirater…

CLÉMENT MARIE


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