La revanche des Crevettes pailletées

Comédie française (2022) de Cédric Le Gallo et Maxime Govare, avec Nicolas Gob, David Baiot, Romain Brau, Bilal El Atreby, Felix Martinez, Roland Menou, Geoffrey Couët, Michaël Abiteboul – 1h53

Désormais coach à la vie à la mort des Crevettes pailletées, Mathias embarque avec son équipe de folles des bassins pour les Gay Games de Tokyo en compagnie d’une nouvelle recrue pas aussi gay que prévue… Une correspondance malheureuse les oblige à passer une nuit en Russie, l’homophobie locale risquant fort de compliquer le séjour de nos crevettes pas très discrètes…

En 2019 débarquaient sur nos écrans les « Crevettes pailletées », une équipe de water polo gay qui parvenait à trouver son public malgré la concurrence chlorée du Grand Bain de Gilles Lellouche et son casting trois étoiles ayant enfilé slips et masques de clowns tristes pour jouer les prolos dépressifs. Et tant mieux parce que Les Crevettes pailletées, cousines mouillées de Priscilla, folle du désert, étaient quand même autrement plus ébouriffantes que le Full Monty macroniste des Césars, ce qui n’empêchait pas pour autant la comédie queer de se teinter de drame. Trois ans plus tard, alors que, parties pour prendre leur revanche, les Crevettes se prennent de plein fouet la guerre en Ukraine.

Parties pour Tokyo, les Crevettes vont atterrir dans un endroit un peu moins « Kawaï »…

Si avec le premier film, Maxime Govare et Cédric Le Gallo, inspiré de sa propre expérience de joueur de water polo gay (c’est d’ailleurs l’un des deux protagonistes de la fameuse couverture « Embrassez qui vous voudrez » de l’Equipe), s’attaquaient à l’homophobie dans le sport, l’occasion d’un deuxième épisode leur permet d’élargir leur propos en partant pour un pays où cette sinistre passion a droit de cité : la Russie. Alors qu’un tournage tel que celui des Crevettes pailletées est juste impossible là-bas, entrant dans une propagande gay strictement interdite sur la voie publique, le film est donc shooté en Ukraine en pleine pandémie du Covid et sort maintenant à peine quelques semaines après le début de l’invasion du pays par les troupes de Poutine. Renforcé par ce triste coup du sort, le militantisme de La revanche des Crevettes pailletées ne laisse aucun doute et ne se circonscrit d’ailleurs pas qu’à une critique de la Russie, abordant via le nouveau venu Selim la question de notre propre homophobie nationale toujours largement pratiquée (ici les quartiers, en attendant un troisième volet qui s’attaque à nos campagnes ?).

Pour ce qui est de la comédie en elle-même, les amateurs du premier épisode n’auront probablement pas grand chose à en redire et on retrouve bien la désinhibition provocatrice de nos sympathiques personnages. Si les dialogues auraient pu encore gagner en verve et les situations en finesse, les réalisateurs apportent néanmoins un soin appréciable à conduire chacun des personnages dans de nouvelles directions là où l’argument sportif du premier aurait pu les convaincre de livrer une suite plus paresseuse. En tout cas, l’entrain du film l’emporte sur ses faiblesses certaines et, en attendant la suite, on se permet de vous conseiller une autre comédie queer, l’excellent La Parade du serbe Srđan Dragojević. Après, si vous êtes homophobe, y a des chances que ça vous plaise pas trop, voire même des risques que vous en tiriez quelques leçons…

CLÉMENT MARIE


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