Terreur sur la ville

The Town That Dreaded Sundown Film d’horreur américain (1976) de Charles B. Pierce, avec Ben Johnson, Andrew Prine, Dawn Wells, Jimmy Clem et Charles B. Pierce – 1h27

En 1946, alors qu’elle reprend sa paisible existence après la Seconde Guerre mondiale, la petite ville de Texarkana, à la frontière du Texas et de l’Arkansas, est frappée par les meurtres d’un tueur masqué…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Terreur sur la ville, ou « la ville qui craignait le coucher du soleil » dans son joli titre original, est souvent considéré comme un petit classique du cinéma d’horreur, voire « l’un des chefs-d’œuvre oubliés du slasher » nous dit Mad Movies sur la jaquette du DVD. Depuis son succès initial dans les drive-in sous bannière American International Pictures, distributeur notamment des films de Roger Corman, Terreur sur la ville s’est ensuite illustré par sa rareté avec quelques éditions VHS vite épuisées et des passages nocturnes sur le câble. Mais le culte du film s’est affirmé au cours des années 2000, quand la ville bien réelle de Texarkana organise une traditionnelle projection en plein air chaque Halloween, puis quand Jason Blum en produit un remake en 2014. Entretemps, le film s’est taillé une réputation de proto-slasher avec son tueur masqué précédant Michael Myers de quelques années, et même de proto-Zodiac puisque le film est inspiré d’un vrai tueur ayant fait cinq morts et trois blessés. Trente ans après les faits, les autorités locales s’étaient d’ailleurs opposées à la production de Terreur sur la ville, de peur qu’il puisse redonner au tueur, jamais capturé, l’envie de s’y remettre.

Derrière The Town That Dreaded Sundown, il y a la gloire locale Charles B. Pierce qui a tourné une douzaine de films en vingt-cinq ans de carrière, tous au sein de son bel état d’Arkansas. Sauf la fois où il a déménagé à Carmel, Californie, bourgade dont le maire s’appelait Clint Eastwood, ce qui lui a permis de glisser à l’acteur un traitement de ce qui deviendra Sudden Impact (1983) et de revendiquer la paternité de la réplique culte « Go ahead, make my day ! » qui serait héritée de son propre paternel. La plupart de ses films sont des westerns à petit budget mais ses premiers étaient des films d’horreur. Il y eut d’abord The Legend of Boggy Creek (1972), basé sur les rumeurs d’un bigfoot hantant les marais de l’Arkansas, dont le budget famélique et le tournage en 16mm le forcent à faire du found footage bien avant l’heure et avec assez de succès pour en faire une suite en 1983. Puis The Town That Dreaded Sundown, tourné lui en scope pour un budget de 400 000 dollars. Pierce adjoint à son casting de citoyens de Texarkana quelques acteurs professionnels, dont Andrew Prine, un routier des séries B de l’époque qui fera des années plus tard son apparition contractuelle dans un Rob Zombie, et Ben Johnson, ancien cascadeur intronisé acteur par John Ford et alors fraîchement oscarisé pour The Last Picture Show de Peter Bogdanovich. Pierce leur donne d’ailleurs la réplique dans le rôle d’un adjoint du shérif surnommé Sparkplug, du surnom que ses collaborateurs lui donnent sur ses plateaux.

Le tueur de The Arkansas Trombone Massacre !

Même s’il est rétrospectivement devenu un pionnier du slasher, The Town That Dreaded Sundown semble surtout courir après The Texas Chainsaw Massacre sorti deux ans auparavant : titre macabre à rallonge, localisation dans un trou perdu du Texas ou pas loin, et inspiration d’un fait divers qui a le mérite d’être réel chez Charles B. Pierce. Evidemment, le film de ce dernier ne tient pas longtemps la comparaison avec celui de Tobe Hooper, mais il démarre néanmoins très bien avec son ouverture au ton documentaire qu’on retrouverait aujourd’hui à la télé dans des programmes à la « chronique criminelle » ou « unsolved mysteries ». Une voix off nous présente Texarkana sur une série de plans larges sur le quotidien de la ville. Alors que celle-ci devrait être à l’aube d’une ère nouvelle avec la Seconde Guerre mondiale qui s’achève, nous sommes en fait au crépuscule d’une nouvelle violence à venir. Dans une file de spectateurs sortant d’une séance de cinéma, la caméra isole une paire de pieds, sans doute ceux du tueur à l’anonymat aisément garanti par les premières minutes d’un film qui ne s’est pas encore choisi de protagonistes identifiés. A moins que ce ne soit ce jeune couple garant sa voiture dans un sentier boisé pour se bécoter tranquille. Et non, perdu, ce seront les premières victimes du tueur masqué…

On aurait bien imaginé Pierce continuer à s’aventurer ainsi à la lisière du documentaire et tenter de raconter son histoire à l’échelle de la ville en analysant la psychose collective que le tueur fait peser dessus. Si ce recul subsiste parcimonieusement dans le film, celui-ci se rappelle tout de même à ses devoirs plus terre-à-terre de bande d’exploitation et ne devrait pas avoir tant de mal pour cela avec son tueur masqué d’un sac en toile de jute, rudimentaire mais efficace. Malheureusement, le film déraille soudainement quand son réalisateur se met lui-même en scène dans son rôle d’adjoint du shérif gaffeur, que les pros Johnson et Prine regardent d’un air parfois affligé. Terreur sur la ville tourne alors à la gaudriole redneck à la Shérif, fais-moi peur, parce qu’il faut bien noircir de la péloche pour les teenagers des drive-in. Ce ne serait pas si grave… si le tueur lui-même ne se mettait pas au diapason de ce délire aberrant en assassinant une victime au trombone à coulisses ! Heureusement, le film retrouve son sérieux sur la fin, quand le tueur échappe à ses poursuivants (contrairement au caméraman qui n’échappe pas au regard du spectateur sur un plan au ralenti) et retourne, en écho au début du métrage, dans la file d’attente pour la séance d’un film qui s’appelle… The Town That Dreaded Sundown ! Une astucieuse note méta que Jason Blum reprendra à son compte pour son remake de 2014 dans la diégèse duquel existe le film de Charles B. Pierce. En voilà un concept malin mais j’ai la flemme de vérifier si le remake en fait vraiment quelque chose…

BASTIEN MARIE


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