Inexorable

Thriller franco-belge (2022) de Fabrice Du Welz, avec Benoît Poelvoorde, Alba Gaïa Bellugi, Mélanie Doutey, Catherine Salée et Jackie Berroyer – 1h38.

Marcel a connu le succès avec son roman Inexorable mais ça, c’était il y a des années. Alors qu’il emménage avec sa femme Jeanne dans le château familial dont elle vient d’hériter, la jeune et mystérieuse Gloria fait irruption dans leurs vies…

Alors que Fabrice Du Welz semblait avec Adoration clore sa trilogie dite « des Ardennes », le voilà de retour avec cet Inexorable qui pourrait bien en constituer un quatrième volet, que ce soit par son titre impactant tenant en un seul mot (la teinte religieuse en moins ici…), son ancrage géographique (le film se déroule quasi intégralement dans le château de Roumont dans les Ardennes belges) mais surtout par son histoire d’amour étrange, passionnée… et criminelle ainsi que son personnage féminin répondant au nom de Gloria. Après l’éternel inspiration de Massacre à la tronçonneuse pour Calvaire ou des Tueurs de la lune de miel pour Alleluia, Du Welz cite, avec Inexorable, Voici le temps des assassins, film noir réalisé en 1956 par Julien Duvivier. En effet, alors que la jeune Danièle Delorme débarquait dans la vie de Jean Gabin avec des idées derrière la tête, c’est donc ici Gloria qui vient bouleverser l’existence bourgeoise d’un écrivain alcoolique qui parvenait tant bien que mal à dissimuler sa médiocrité. Si Du Welz opte pour un récit beaucoup plus simple que celui tortueux de Duvivier, il se montre en revanche autrement plus implacable envers son héros et davantage fasciné par sa femme fatale juvénile et imprévisible.

On imagine que Manuel Chiche, collaborateur fidèle de Du Welz mais aussi heureux distributeur de Parasite, a du être content de voir ainsi le cinéaste belge s’atteler à un home invasion, avec son fond de lutte des classes, qui, comme Bong Joon-ho, évoque directement le cinéma de Clouzot et de Chabrol. Evidemment moins sophistiqué que le récent classique coréen, Inexorable permet à Du Welz de livrer un thriller au suspense d’abord ténu mais qui monte en tension tout en lui permettant de poursuivre avec son chef op’ Manuel Dacosse son fameux travail photographique, témoignant là encore de son amour de la pellicule et du grain, hérité de Tobe Hooper. Là encore, Duvivier n’est pas loin, cette approche de la lumière relevant bien d’un réalisme poétique vibrant et âpre.

Si Inexorable apparaît donc tout aussi personnel que les précédents films du cinéaste, il semble néanmoins plus accessible, de par son côté thriller à twist (qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un mais bon… on vous laisse le découvrir, et ce jusqu’à la fin d’un générique designé par Tom Kan, célèbre pour ses créations pour Gaspar Noé) mais également grâce à son casting. Pour camper son personnage d’écrivain arriviste et aviné, dans lequel on s’imagine quelques fantômes du cinéaste à la carrière contrariée, Du Welz retrouve Benoît Poelvoorde, après une première collaboration épineuse mais payante sur Adoration. Si on a déjà pu voir l’acteur s’éloigner de la comédie, notamment chez Anne Fontaine, c’est bien la première fois qu’il atterri ainsi dans un film aussi fiévreux pour un rôle où ses habituelles diversions enflammées ne lui seront d’aucun secours, d’autant qu’il pourrait bien y côtoyer ses propres démons… Si la présence de Mélanie Doutey, amie dans le privé, a du rassurer le tourmenté Poelvoorde pour une scène de sexe assez inédite dans sa carrière (passé un rapport un peu glacial avec Ovidie dans Saint Amour ou évidemment une ronde de nuit un peu à part…), elle permet à l’actrice, longtemps renvoyée à son physique de jeune première, de briller dans un rôle de femme par ailleurs assez ingrat. Dans le rôle de Gloria la jeune Alba Gaïa Bellugi, avec une carrière déjà riche d’Intouchable ou du Bureau des légendes, apporte au personnage sa fragilité et son charisme sauvage, idéal pour rendre compte du bouillonnement intérieur qui l’anime. Enfin, on notera l’apparition du parrain Jackie Berroyer qui, quand on se contente de choses simples, suffit déjà à notre bonheur.

🎶« Gloria, you’re always on the run now
Running after somebody, you gotta get him somehow… »
🎶

Ceux qui nous suivent savent peut-être qu’on aime bien Fabrice Du Welz et que cet Inexorable ne fait donc pas exception. Peut-être pas parmi ses films les plus fous, malgré une rage contenue qui en dit long (et finit quand même par péter, parfois même en révélant que Du Welz ne s’identifie pas qu’à son personnage d’écrivain…), il pourrait par contre bien être celui qui lui permette d’atteindre enfin un plus large public, ou du moins choquer deux trois bourgeois au passage… C’est tout le mal qu’on lui souhaite !

CLÉMENT MARIE


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