Les Vedettes

Comédie française (2022) de Jonathan Barré, avec Grégoire Ludig, David Marsais, Julien Pestel, Damien Gillard et Gaëlle Lebert – 1h41

Daniel et Stéphane sont deux vendeurs d’un magasin d’électro-ménager qui ne s’entendent pas du tout et n’ont en commun que leurs dettes. Quand Daniel découvre la faculté de son collègue à estimer exactement le prix des articles du magasin, il trouve un moyen pour qu’ils se fassent tout deux virer et l’embarque avec lui pour passer le casting de l’émission « Le Prix à tout prix »…

Vingt ans après sa création, le Palmashow sort son second film « officiel » – sans compter donc le passage chez Quentin Dupieux dans l’excellent Mandibules (2020) – avec Les Vedettes. Grégoire Ludig et David Marsais retrouvent Jonathan Barré, leur fidèle réalisateur et coscénariste des premiers sketchs web au long-métrage La Folle Histoire de Max et Léon (2016) qui, malgré 1,2 million d’entrées en salles, laissait à désirer. Pour son premier passage au cinéma après quelques caméos dans des comédies plus ou moins oubliables, voire même coupé au montage dans 9 mois ferme (mais Albert Dupontel s’est depuis rattrapé en les faisant réapparaître dans Adieu les cons), le Palmashow s’amusait sans conviction avec la Seconde Guerre mondiale, terrain tant de fois visité par la comédie française, de La Grande Vadrouille à Papy fait de la résistance en passant par La 7ème Compagnie et surtout par Le Führer en folie de Philippe Clair. Avec Les Vedettes (qui s’est imposé à l’écriture face à un autre projet qui, de leur aveu, plagiait ouvertement Le Grand Bazar), ils reviennent à un registre plus familier – parodie de jeux télé et de clips de variété – et à un film d’apparence plus modeste, délaissant les guest stars au profit d’acteurs qu’ils connaissent depuis leurs premiers sketchs. Un « recul » qui leur va très bien : Les Vedettes est un film qui leur ressemble bien plus que le précédent et qui, au-delà de son potentiel comique, dégage un charme fou qui l’impose facilement dans une concurrence comme d’habitude peu relevée entre Super-héros malgré lui et Maison de retraite (qui devraient tragiquement faire beaucoup plus d’entrées…).

Dès son premier plan, Les Vedettes pose son univers : sur les chœurs et synthé inimitables du Coup de folie de Thierry Pastor (ça me prend déjà par les sentiments), un travelling nous fait traverser un diner franchisé de zone commerciale durant une soirée karaoké peu fréquentée qu’observe de loin, derrière sa bière et sa longue carrière d’aspirant chanteur, Daniel, dont on apprendra plus tard qu’il était autrefois Simplement Dan. Quand le patron en panoplie d’Elvis lui tend le micro, Grégoire Ludig ramène en arrière sa mèche de rockeur de variété et marmonne un « C’est derrière moi, tout ça » ; une seule réplique qui laisse déjà contempler la lose magnifique du personnage, à laquelle s’ajoutera celle de son collègue « rain man », prêt à tous les sacrifices pour son poste de manager rêvé. Ensemble, ils partiront à la poursuite d’une célébrité désuète, à un statut de vedette qu’ils pensent garanti par un simple passage dans un jeu télévisé. A partir de là, le film nous berce dans la douce illusion des catalogues d’électro-ménager, des plateaux télé et du monde pavillonnaire ressemblant un peu à celui de Delépine et Kervern. Le duo nous emmène dans un rêve consumériste et une soif de notoriété bien datés, un léger anachronisme passant par un certain sens du détail. En bons disciples des Inconnus, dont ils réactualisaient déjà le sens de la parodie à la télévision, le Palmashow tirent ici les leçons des Trois Frères en faisant reposer la comédie sur l’acuité de l’écriture des personnages.

Stéphane (David Marsais) et Daniel (Grégoire Ludig) sont sur le point de réaliser leur rêve : tourner la roue du Prix à tout prix !

Cependant, comme son prédécesseur, Les Vedettes laisse un léger goût d’inachevé : les deux acteurs et leur réalisateur donnent l’impression qu’ils se lancent dans un long-métrage comme ils écrivent un sketch, et ont ensuite du mal à tenir la longueur. Ca passe ici par des personnages secondaires survolés (la sœur de Daniel ou le producteur télé auraient pu avoir des rôles plus déterminants) et des pistes laissées en plan (comme quand Stéphane surprend une conversation lui révélant qu’on se moque d’eux, élément qu’on aurait imaginé plus perturbateur). De quoi frustrer les plus rigoureux méthodistes de l’écriture du scénario, même si encore une fois le film a assez de charme pour que cette structure un peu lâche ne soit pas vraiment préjudiciable. Comme en témoigne le vrai faux clip de Simplement Dan, avec lequel Ludig et Marsais parodient le do-it-yourself des youtubeurs amateurs qu’ils étaient à leur début, avec un regard bien plus tendre que vraiment moqueur. En réalité, le Palmashow imagine surtout ce qu’ils auraient pu eux-mêmes devenir si leurs blagues et leurs sketchs bricolés n’avaient jamais quitté leur lycée des Yvelines, avec un cœur à l’ouvrage qui, lui, mérite l’achat du ticket de cinéma.

BASTIEN MARIE


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