Scream

Film d’horreur américain (2022) de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, avec Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Melissa Barrera, Jack Quaid, Mikey Madison, Jenna Ortega, Dylan Minnette, Jasmin Savoy Brown, Mason Gooding, Sonia Ammar et Marley Shelton – 1h54

Vingt-cinq ans après la première vague de meurtres de Woodsboro, un nouveau tueur revêt le masque de Ghostface et attaque la jeune Tara Carpenter. Sa grande sœur Sam, ayant quitté la ville plusieurs années auparavant, revient pour découvrir l’identité de l’assassin avec l’aide de l’ancien shérif Dewey Riley…

Vingt-cinq ans après le film inaugural, la saga Scream est tombée dans le giron de Paramount qui profite de ce quart de siècle pour se faire de l’argent facile avec un « requel », terme que je viens de découvrir dans le film et qui désigne une suite qui est aussi à la fois un reboot et un remake du film original. Une relecture, quoi, qui n’a pas été confiée aux auteurs originaux – Wes Craven, indisponible pour cause de décès, et Kevin Williamson, qui se contente d’un poste de consultant – mais au scénariste et producteur James Vanderbilt (Zodiac, puis toute une pelletée de films médiocres) et au duo de réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, se surnommant Radio Silence, et qui signent leur troisième long-métrage après The Baby (2014) et Wedding Nightmare (2019). Les survivants des films précédents – Neve Campbell, David Arquette et Courteney Cox, mais aussi Marley Shelton, shérif de Woodsboro dans Scream 4 – viennent faire un petit coucou au casting de petits jeunes pour négocier la transition générationnelle, tandis que le poster montrant tout ce beau monde nous prévient que « le tueur est sur l’affiche ».

J’imagine qu’après ce petit topo et avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois préciser mon propre rapport à la saga Scream afin que vous cerniez mieux à qui vous avez affaire. J’ai toujours beaucoup aimé le premier Scream, film chéri de mon enfance et que je considère comme un classique du slasher, élégant et malin, malgré la forte ambiguïté de son discours méta, sa récupération par la presse « sérieuse » (car il faut toujours se rappeler de ce détail fâcheux qu’il a fait la couverture de Télérama et des Cahiers du cinéma) et la fulgurante dévaluation du genre qui s’est constatée autant dans ses nombreux ersatz et parodies que dans ses propres suites. Si Scream 2 contient encore quelques fulgurances et bonnes idées pour faire honneur à son prédécesseur, Scream 3 lâche lui complètement l’affaire, se révèle assez ridicule pour que je m’en rende compte du haut de mes dix ans et essouffle déjà la série seulement quatre ans après sa création. Une dizaine d’années plus tard sortait un Scream 4 qui, dans le vague souvenir de mon unique vision du film au cinéma, s’avérait étonnamment bon, parvenant efficacement à adapter le propos à son époque. Et voilà qu’encore une dizaine d’années plus tard, je me retrouve à entrer, avec une excitation toute relative, dans la salle projetant Scream (qui, allez savoir pourquoi, n’est pas le 5), fort d’un assez grand succès au box-office américain pour qu’un 6 soit dores et déjà annoncé.

Tara Carpenter (Jenna Ortega) aux prises avec le fameux tueur masqué : « Non, s’il vous plaît, je ne suis pas assez connue pour mourir en première ! »

Que l’affaire se révèle aussi juteuse pour Paramount m’étonne encore. Travaillant moi-même dans un cinéma, je voyais les séances de ce Scream fréquentées par des darons, augurant d’un échec du film à s’attacher l’attention de la jeune génération pourtant visée. Et quand je suis moi-même aller le voir dans une salle peu remplie, j’étais assis à quelques sièges de deux mecs d’à peu près mon âge, ricanant systématiquement, plus par réflexe qu’autre chose, à toutes les vannes vaseuses assénées par les bons vieux Dewey, Sidney et Gale, et se montrant en revanche tout à fait insensible au devenir des nouveaux personnages. Voilà pour mon petit souvenir de spectateur qui me semble assez révélateur de ce Scream qui, avant même de savoir s’il est un bon ou un mauvais film, est assez remarquable d’inertie. Perpétuant religieusement le discours méta initié par Kevin Williamson, le film passe son temps à énoncer ce qui va s’y dérouler, ne nous laissant comme unique suspens le fait de savoir si le lifting de Courteney Cox va tenir jusqu’à la fin du long-métrage (impression renforcée par le visage contracté de David Arquette quand il fait face à son ex-femme). L’identité du tueur se révélera au bout de cinq minutes à quiconque tenterait de la débusquer, les meurtres sont terriblement expéditifs et arrivent au terme de jump scares se jouant et se déjouant inlassablement dans des décors n’ayant de particulier que le nombre incroyable de portes derrière lesquelles le tueur pourrait se cacher. La formule de la saga est tellement réduite à sa plus simple définition que ce Scream ressemble, si ce n’est à un soap opera, à un thriller interchangeable de fond de catalogue de site de streaming.

Au final, Scream porte les mêmes stigmates que les innombrables requels ayant sévi dernièrement à Hollywood, et le fait que le film affirme lui-même qu’il ne réinvente rien n’allège nullement sa paresse. Je regrette toutefois de réitérer ce constat sur un film qui se voulait beaucoup moins cynique que, par exemple, le Halloween de David Gordon Green. Scream n’avait pas la présomption de s’autoproclamer suite directe du film original, il assume même plutôt les gadins de la saga. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett semblaient sincèrement ravis de sortir Ghostface du placard, mais leur enthousiasme se perd dans le cahier des charges. Le jeune casting se montrait également volontaire, notamment Jenna Ortega qui avait les épaules pour devenir une final girl digne de Neve Campbell, ou // SPOILER // Mikey Madison qui finit aussi carbonisée que dans Once Upon a Time… in Hollywood, seul clin d’œil inattendu du métrage // FIN DU SPOILER // Le film avait aussi le bon goût, dans ses dialogues métas, de se distinguer de l’elevated horror et de s’assumer en tant que film d’horreur moins cérébral et plus décomplexé. Le problème, c’est que ce cinéma d’horreur là a aujourd’hui bien du mal à exister et, quand bien même, ce Scream 2022 est bien trop sage pour en faire partie.

BASTIEN MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s