Belle

竜とそばかすの姫 / Ryû to sobakasu no hime Film d’animation japonais (2021) de Mamoru Hosoda – 2h01

Lycéenne introvertie marquée par la disparition de sa mère alors qu’elle tentait de sauver un garçon de la noyade, Suzu vit seule avec son père dans une petite ville de campagne. Sur l’invitation d’une amie, elle rejoint U, le plus vaste espace communautaire d’Internet où, sous l’avatar de Belle, elle devient une popstar mondialement célèbre. Elle y croise aussi Dragon, une créature violente et marginale poursuivie par les autorités de U. Devinant une grande souffrance derrière cet avatar, Suzu va chercher à découvrir son identité et gagner sa confiance…

Après l’intimiste et nommé à l’Oscar Miraï, ma petite sœur (2018), Mamoru Hosoda revient à un projet beaucoup plus ambitieux, se voulant être un véritable blockbuster d’animation, avec Belle, sorte de Belle et la Bête 2.0, l’archétype du célèbre conte servant ici de fresque sur Internet et ses réseaux sociaux. Les connaisseurs du cinéaste verront déjà se dessiner les atours d’un film somme : le rapport au virtuel était déjà traité dans son premier long Digimon, le film (2000) puis Summer Wars (2009), tandis que la structure narrative ressemble à celle du Garçon et la Bête (2015), et le film lui permet aussi de rendre hommage à La Belle et la Bête (1991) de Gary Trousdale et Kirk Wise, qui l’a définitivement convaincu de faire de l’animation son métier. Toujours produit par le studio Chizu, autoproclamé plus petit studio du monde entièrement dédié aux réalisations de Hosoda et qui vient de fêter ses dix ans, Belle a une telle envergure qu’il a nécessité le soutien d’autres sociétés de production japonaises et compte de prestigieux invités à son générique : character designer emblématique de Disney que Hosoda a rencontré aux Oscars, Jin Kim a créé le personnage de Belle, tandis que Tomm Moore, réalisateur du Peuple Loup, s’est naturellement vu proposer par celui des Enfants Loups de lui créer des paysages camouflant le château de la Bête dans le monde virtuel de U (a priori, aucun lien avec la Wii de la même lettre…). Sorti au Japon l’été dernier, au même moment que sa présentation cannoise, Belle a été distribué dans nos salles par Wild Bunch, également détenteur français du catalogue du Studio Ghibli, mais n’est malheureusement pas parvenu à se faire sa place dans le box-office des sorties de fin d’année. Encore un projet freiné par le Covid, en espérant que les retombées ne soient pas trop sévères sur le studio Chizu…

Souvent inspiré par ses proches, Mamoru Hosoda a développé l’idée de Belle à mesure que grandissait son appréhension de voir ses enfants évoluer dans un monde où Internet prend une place si importante. Toutefois, le réalisateur veut rester optimiste. S’il n’oblitère pas les dérives des réseaux sociaux tant décriés ailleurs (à travers notamment les commentaires très durs sur la mort de la mère de l’héroïne, ou encore cette femme s’inventant une vie de mère de famille et ayant pour avatar un nourrisson braillard), Belle prend le parti d’en montrer surtout les vertus : la manière dont l’avatar permet à l’héroïne de s’accepter et surmonter ses peurs, de même qu’elle se reconnecte aux autres. En gros, U n’est qu’un outil qui, s’il est utilisé à bon escient, ne peut être que bénéfique. Cette lecture s’épanouit dans la fantastique hétérogénéité de Belle qui superpose les mondes et les techniques d’animation en les rendant constamment complémentaires. Ainsi, nous aurons droit dans le même film à une virevoltante baston dans un dôme ou au siège d’un château virtuel en flammes animés en 3D, puis de longs plans fixes en 2D où naissent autant le burlesque (la scène de la gare routière et ses difficiles aveux amoureux) que le drame (Suzu lisant les textos de son père dans le bus). Les moments de grâce (dont ne fait malheureusement pas partie l’hommage à la scène de bal de La Belle et la Bête) s’enchaînent ainsi dans l’un et l’autre univers sans jamais que l’un ne prenne le pas sur l’autre, sans jamais qu’une réalité ne soit définie plus vraie que l’autre. Mieux, les deux cohabitent parfois dans une séquence aussi irrésistible que celle montrant les rumeurs de lycée se résoudre comme un jeu vidéo de guerre stratégique, démonstration hilarante de la porosité entre réel et virtuel. Et les contributions identifiables des invités Jin Kim et Tomm Moore se fondent également dans l’ensemble, sollicitées non pas pour simplement draguer le public occidental mais souligner l’universalité de U.

C’est mieux quand c’est Belle qui chante le pouvoir des fleurs plutôt que Voulzy !

Toutefois, je dois avouer que pour la première fois, Mamoru Hosoda m’a un peu laissé sur le bas-côté. Alors que j’avais été émotionnellement terrassé par Le Garçon et la Bête, Belle ne m’a pas ému autant qu’escompté. Est-ce à cause des règles trop rapidement édictées de U, qui plonge ses utilisateurs dans un avatar défini par la plateforme, freinant mon interaction avec le film ? Est-ce parce que Honoda réemploie des motifs familiers dont on devine les répercussions émotionnelles ? Ou est-ce plus simplement, et plus probablement, que Belle est d’une densité telle – au point que le mythe de la Belle et la Bête y est moins central que ce que je m’attendais – que je vais avoir besoin d’une nouvelle vision pour mieux profiter de l’expérience ? Dans tous les cas, je concède volontiers qu’il ne s’agit là que de chipotage ; mes menues réserves ne sauraient avoir raison de l’ambition formelle et narrative de Belle, asseyant encore un peu plus la place déterminante de son auteur dans l’animation moderne, qu’il survole tel une popstar chevauchant une baleine harnachée d’enceintes diffusant une chanson céleste (non, non, je n’ai rien pris, c’est l’une des images déjà iconiques du film).

BASTIEN MARIE


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