Pig

Thriller culinaire américain, britannique (2021) de Michael Sarnoski, avec Nicolas Cage, Alex Wolff et Adam Arkin – 1h32

Rob est un chasseur de truffes vivant en ermite avec son cochon dans les bois de l’Oregon. Mais quand son précieux animal est enlevé, il est prêt à tout pour le récupérer, même retourner à la civilisation de Portland où il vécut jadis…

Auteur d’une poignée de courts-métrages, Michael Sarnoski trouve le sujet de son premier long, Pig, dans la vision toute simple d’un chasseur de truffes et de son fidèle cochon errant dans les bois à la recherche de précieux champignons. Extrapolant sur les origines du personnage, il finit par accoucher d’un script ressemblant vaguement à un thriller, puisqu’il y a pignapping, et se met à la quête patiente de producteurs qu’il choisit consciencieusement, de peur qu’un financier peu scrupuleux ne transforme son projet singulier en sous-John Wick anonyme. Le collaborateur le plus précieux qu’il déniche est évidemment Nicolas Cage, qui produit et s’empare du rôle principal de Pig, qui se vendra ensuite sur son nom. Devenu un genre cinématographique à lui tout seul, l’acteur aurait aussi pu faire dérailler le projet s’il ne l’avait pas immédiatement compris, Sarnoski saluant l’implication, la disponibilité et la rigueur de sa star sur le film tourné en seulement vingt jours, dans l’Oregon, état américain le plus riche en truffes, avec un budget qu’on imagine moindre au menu du meilleur gastro de Portland. Porté par l’aura de Cage, accumulant le buzz dans sa tournée des festivals, notamment par la compétition de Deauville, Pig est sorti chez nous via Metropolitan un 27 octobre très chargé, confrontant le film de Sarnoski à ceux d’Edgar Wright, de Wes Anderson, de Fabrice Eboué (ces deux derniers étant aussi des films gastronomiques) et de Guillaume Canet…

A la vue de Pig, on comprend pourquoi Michael Sarnoski a tenu coûte que coûte à l’intégrité de son film fragile et au refus de le réduire à un sous-John Wick… qu’il est pourtant aussi ! Bah oui, ça raconte quand même l’histoire d’un homme solitaire qu’on retire de sa retraite en lui enlevant son être le plus cher et qui, pour le retrouver, va s’ouvrir à la simple évocation de son nom les portes d’un monde clandestin, ici le marché impitoyable de la truffe et les arrière-cuisines des plus grands restaurants de Portland (et même un fight club de restaurateurs !). Mais au postulat de thriller se greffe une vision d’auteur qui lui est complémentaire, et le chemin du revenge movie trouve une heureuse bifurcation. Cela pourrait laisser penser que Sarnoski joue au petit malin à déjouer ainsi les attentes du spectateur s’il ne se dédiait pas totalement à la désarmante sincérité de son propos sur l’acceptation du deuil et le besoin d’un retour aux sources, le tout exprimé par les puissantes vertus de la nourriture (un peu comme dans Ratatouille). Pig se déploie ainsi par le menu, avec des chapitres à la Kill Bill annonçant les plats qui vont suivre, de la tartine aux truffes rustique dégustée dans les bois de l’Oregon à l’arrogante coquille Saint-Jacques revisitée d’un prétentieux restaurant de Portland, en passant par une baguette salée aussi redoutable qu’un sabre de Hattori Hanzo ! Des plats dont on découvre au générique de fin qu’ils sont déposés, au même titre qu’un morceau de musique ou qu’un extrait de film.

Rob (Nicolas Cage) et son fidèle cochon se reposent après une bonne journée de cueillette de truffes. Y connaissent pas ce bonheur-là, les maudits citadins !

Au risque de passer pour une pub Herta (en moins idyllique tout de même), Pig a le goût des choses simples, jusque dans sa mise en scène tout en longs plans d’une grande beauté et son écriture minimaliste, n’ayant besoin que de quelques répliques pour faire exister les personnages que Rob retrouve sur son chemin. En creux, le film de Sarnoski a aussi une aversion pour le monde moderne, venant perturber l’ermitage de Rob qui, en retour, va confronter ses contemporains à leur propre vacuité et déconnexion. Cela passe notamment par sa relation avec le jeune Amir (Alex Wolff) qui prend de l’ampleur à mesure qu’il le débarrasse de ses grotesques apparats de jeune entrepreneur ambitieux (sa belle bagnole, ses compils de musique classique expliquée à l’auditeur) pour l’amener vers la réconciliation avec le père, passant par la délicatesse d’un plat cuisiné à deux. Dit comme ça, je me rends compte que ça pourrait donner l’impression d’un film réac, qu’il n’est pas car ses critiques ont aussi le sens de la mesure.

Enfin, Pig est un pur Cage movie mais, là encore, de manière inattendue. Le film doit évidemment son existence à la présence de l’acteur moqué et incompris mais, plutôt que de bouffer ce premier film tout cru comme un ogre, il se plie à ses exigences comme un chef. Il ne s’impose pas par la grandiloquence qu’on lui connaît souvent mais par l’économie imposée par le métrage. Méconnaissable derrière sa grosse barbe, son visage tuméfié et son imposante carcasse (lui donnant des allures de créature de Frankenstein le temps d’une rencontre avec un gosse), Cage impose sa présence par l’effacement, comme s’il cherchait à hanter le film plus qu’à l’incarner. Et évidemment, il parvient à amener dans le film, sans le parasiter, son discours méta qu’il garde toujours sous le bras, notamment par son monologue sur l’irréalité du monde qu’il sert, imperturbable, à son ancien commis qui, lui, se décompose. Juste de quoi rappeler au monde, et surtout à ses détracteurs, l’acteur essentiel qu’il est toujours.

BASTIEN MARIE


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