S.O.S. Fantômes : l’héritage

Ghostbusters : Afterlife Film fantastique américain, canadien (2021) de Jason Reitman, avec Paul Rudd, Carrie Coon, Mckenna Grace, Finn Wolfhard, Logan Kim et Celeste O’Connor – 2h04

Phoebe, Trevor et leur mère Callie emménagent à Summerville, petite bourgade perdue au fin fond de l’Oklahoma, dans la demeure délabrée qu’ils viennent d’hériter de leur grand-père. Sur place, les enfants découvrent un bien étrange matériel et apprennent que la région est depuis peu touchée par des séismes inexpliqués. Et si, comme le suggère Grooberson, le nouveau prof du collège, leur grand-père avait été jadis un chasseur de fantômes installé dans la région pour empêcher un nouveau cataclysme ectoplasmique…

Vingt-sept ans séparent S.O.S. Fantômes 2 du remake de Paul Feig, mais il a fallu moins de cinq ans à Sony pour plier sous la colère des fans (qu’on trouvait excessive, ce remake n’étant certes pas brillant mais pas pire qu’un autre) et mettre rapidement en chantier une nouvelle suite/reboot, comme si la précipitation effacerait immédiatement le faux pas alors qu’elle ne fait que témoigner d’une totale ignorance, des exécutifs hollywoodiens autant que du grand public (car rappelons que, même mondialement honni, le remake a rapporté de l’argent), de ce qu’ils attendent de leurs franchises chéries. Et ce confus S.O.S. Fantômes : l’héritage, ne sachant que faire de son concept même, ne devrait pas contribuer à changer la donne… Comme nous n’avons pas trop suivi la com du film, maintes fois reporté à cause du Covid, et ne savons donc pas ce qui a été révélé ou non à son sujet, nous vous prévenons que nous allons spoiler comme des bâtards

Donc S.O.S. Fantômes : l’héritage, comme son titre français l’indique bien, est la suite directe des films originaux d’Ivan Reitman (donc sous le tapis le remake raté, vous commencez à connaître le refrain), nous faisant suivre les petits-enfants d’un des chasseurs de fantômes. Et comme le titre français l’indique toujours aussi bien, on n’a pas été chercher bien loin pour trouver un nouveau réalisateur puisqu’il s’agit du propre fils d’Ivan, Jason Reitman. Et ça tombe plutôt bien pour ce dernier puisque, son filon indé branché commençant à s’essouffler, c’était le moment idéal pour se refaire en signant un blockbuster… dont il n’a pourtant jamais caché ne pas être friand. Exemple : quand il rencontre Kevin Smith, il lui fait l’éloge de ses films indépendants grâce auxquels il a lui-même eu envie d’être réalisateur, ce à quoi Smith lui avait répondu : « Tu es le fils du mec qui a fait Ghostbusters et c’est moi qui t’ai donné envie de faire du cinéma ?! » Puis en 2007, il confesse à MTV ne pas vouloir toucher à la franchise, de peur de faire le Ghostbusters le plus ennuyeux qui soit, avec des personnages se contentant de parler de fantômes plutôt que de les chasser (et il n’a pas menti…). Mais bon, du slime a coulé sous les ponts et voilà qu’il réalise donc son Ghostbusters : Afterlife non sans avoir joliment rendu hommage à Paul Feig, disant qu’avec son remake « Paul s’est retrouvé comme ce mec du SWAT dans les films qui le premier défonce la porte et se prend toutes les balles ennemies ! » Il en a coécrit le scénario avec Gil Kenan, auteur de Monster House (yeah !) et du remake de Poltergeist (aouch !) et a tourné le film au Canada sous l’égide de son paternel et de quatorze autres producteurs exécutifs.

Grooberson (Paul Rudd) découvre un authentique piège à fandom fantômes.

S.O.S. Fantômes : l’héritage est plutôt beau, avec une belle image d’Eric Steelberg, chef op attitré de Jason Reitman, avec un beau score de Rob Simonsen (Foxcatcher) revisitant joliment celui d’Elmer Bernstein, bien que le film se garde chichement la fameuse chanson-titre pour le générique de fin. Ces qualités devraient suffire à contenter les fans les plus indulgents qui oblitéreront le fait que le film est aussi très ennuyeux (il y a deux scènes d’action, et pas une seule qui fout un tout petit peu les jetons), muni d’un scénario instable pour ne pas dire approximatif et profondément tiraillé dans sa manière de traiter son héritage encombrant. Ca commence pourtant sur une scène d’ouverture qui dépote, avant-goût d’un film que nous n’aurons pas car le reste perturbe à peine le détecteur d’activités paranormales. S’il offre le décor d’une mine désaffectée idéale pour fournir l’épicentre d’un cataclysme paranormal, le cadre rural bloqué à la VHS (sic) semble surtout avoir été choisi pour que le fait que New York ait été infesté de revenants 40 ans plus tôt puisse être complètement ignoré, y compris par les propres petits-enfants d’un chasseur de fantômes. Du reste, Jason Reitman ne fait rien de sa bourgade : aucune allusion westernienne, aucune scène dans le cinéma réputé hanté, aucune réaction de la très faible population face à un corbillard conduit par des enfants, sirène hurlante, lançant des éclairs sur un ectoplasme volant en plein après-midi. Bref, une ville fantôme qui n’inspire aucunement ce S.O.S. Fantômes. Quant aux gosses, qui n’ont ni smartphones ni accès internet (il en existe donc encore !), sinon saupoudrer un soupçon de Goonies, ils n’ont pas grand chose à faire là non plus. Rapidement caractérisés, verbalisant des enjeux qu’on comprend bien avant eux, ils n’attendent qu’un adulte pour prendre le choses en main, et effectivement, ils se font piquer la vedette par Paul Rudd en prof irresponsable qui, lui, aurait pu être le fils d’un Venkman.

A ce stade, on se demande bien comment un gamin pourrait être aussi excité par ce S.O.S. Fantômes que nous l’étions à son âge par les originaux. Pour l’heure, il doit se farcir le lourd teasing d’un matos qu’il ne connaît pas encore et nous que trop bien, avec le redémarrage de l’Ecto-1 sans cesse reporté et le pack à protons utilisé avec parcimonie, avec pour seule nouveauté un poste d’artilleur dans la bagnole et un piège téléguidé (wow !). Quand ça décolle enfin, le gosse sera peut-être terrifié par les gros chiens, attendri par les mini bibendum chamallow mais plus encore frustré par ces papys qui viennent relayer les gosses auxquels il s’identifiait jusque-là. Tandis que nous, nous déplorons un film qui ne cesse de nous resservir le même imaginaire, les mêmes héros fatigués, un hommage numérique plus gênant que bouleversant et un épilogue nous ramenant tout droit à un centième visionnage de l’original, juste pour confirmer, si besoin était, que les effluves ne se sont pas croisées une seconde fois. Quel triste héritage que ce film qui ne prépare une nouvelle génération qu’à refiler le flambeau à l’ancienne, aussi incapable de se faire de nouveaux fans qu’à renouveler l’émerveillement des anciens. Le titre original, Ghostbusters : Afterlife, est plus indiqué : après la vie, il n’y a plus rien, que la mort ou le film de poussière du musée, et je me demande qui pourrait bien avoir envie de voir une suite à ce film-là…

BASTIEN MARIE


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