Cry Macho

Road movie américain (2021) de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Eduardo Minett, Dwight Yaokam, Natalia Traven et Fernanda Urrejola – 1h44

Ancienne star de rodéo, Mike Milo est envoyé au Mexique par son ancien patron pour qu’il lui ramène son fils Rafo. De l’autre côté de la frontière, il retrouve Rafo et son fidèle coq de combat Macho mais le retour aux USA s’éternise…

Il était assez rassurant de se dire, comme un bon présage pour la pérennité du cinéma, qu’au cœur de la crise sanitaire qui met tant à mal l’industrie cinématographique, Clint Eastwood tournait au Nouveau-Mexique Cry Macho, son 39ème film et le 24ème dans lequel il joue également. Et le projet est aussi vieux que sa carrière de réalisateur puisque l’auteur N. Richard Nash, disparu en 2000, essayait de vendre son scénario aux studios dès 1970 ! Il le transforme en roman en 1975, trouvant un succès critique apte à relancer l’intérêt de producteurs. Le script trouve une première fois Clint Eastwood en 1988 qui accepte de le réaliser mais, se trouvant trop jeune pour le rôle, le propose à Robert Mitchum. Le projet tombe alors à l’eau puis change de mains, devant ensuite se faire avec Roy Scheider dans les années 90 puis avec Arnold Schwarzenegger dans les années 2000, avant et après son mandat de gouverneur. Et c’est finalement 21 ans après la mort de Nash que le scénario retombe sur les genoux de Clint qui cette fois a presque passé l’âge pour le rôle ! Mais il décide de le jouer quand même, faisant réécrire le script par Nick Schenk, son scénariste de Gran Torino et La Mule. Le film valait-il pour autant la peine de revenir ainsi du fond des âges ?

Si on ne fera pas à Clint l’affront de parler de film testamentaire (il en fait depuis Impitoyable, quand il était encore un fringant jeune homme de 62 ans), on reconnaîtra toutefois qu’on regarde Cry Macho avec le hochement de tête attendri du petit-fils qui entend pour la énième fois la petite histoire racontée par son grand-père. Car ce genre de road movie, Clint l’a déjà fait et il y a même pas si longtemps avec La Mule qui coupe l’herbe sous le pied de ce dernier opus : Cry Macho en poursuit presque tous les thèmes avec beaucoup moins d’inspiration et, malgré ce qu’aurait pu augurer son titre, il n’est pas non plus une réaction goguenarde à son époque comme pouvait l’être de manière assez réjouissante son prédécesseur. Il y a cependant entre les deux films un drôle de détail temporel : La Mule était tiré d’une histoire vraie qui s’était déroulée dans les années 80 que Clint avait adaptée à l’époque contemporaine, alors que Cry Macho est une fiction qu’il a décidé de maintenir en 1980, comme si Mike Milo avait pu être consultant sur Bronco Billy que Clint tournait à ce moment-là. Ca n’a l’air de rien et pourtant Cry Macho semble par là revendiquer son anachronisme, se libérer d’une obligation à commenter son époque, se décharger de la pression d’arriver au bout de la légende eastwoodienne constituée de tant de grands films et de puiser une légèreté, une suspension hors du temps, qui ne le rend certes pas meilleur mais qui nous rend plus indulgent. Notamment sur ce que Clint ne peut plus faire comme mettre son poing dans la gueule d’un jeunot, séduire des femmes dont il a deux fois l’âge ou dompter un cheval sauvage – là, on fera volontiers semblant de ne pas voir la doublure.

Pour le vieux Mike Milo (Clint Eastwood), rien ne vaut une nuit à la belle étoile, en se gardant le coq comme en-cas.

Cela étant, il y a aussi bien des choses sur lesquelles on ne peut pas fermer les yeux. L’extrême simplicité du scénario dont on se demande bien ce qu’a pu y ajouter Nick Schenk et comment il aurait pu espérer l’attention d’un studio sans être porté par Eastwood. Le montage parfois grippé qui fait tomber à plat quelques blagues du film – par ailleurs bien éclairé par Ben Davis, chef opérateur de Matthew Vaughn, Martin McDonagh et d’une poignée de Marvel. Et surtout, il y a le jeu du jeune et inexpérimenté Eduardo Minnett, sans doute pas aidé par le peu de prises que fait son réalisateur. Je pense que le coq joue mieux que le gosse, ce qui fait du film le meilleur Eastwood animalier depuis Doux, dur et dingue ! Ca fait pas mal de choses pour plomber Cry Macho ; aussi, pour conclure sur une note plus positive, revenons sur son anachronisme qui est aussi celui du personnage, fini depuis bien longtemps et qui profite du voyage pour croire en un nouveau départ. Le vieux Mike n’hésite pas à laisser derrière lui ses trophées et coupures de presse dans sa vieille bicoque qu’il laisse ouvert aux étrangers car « il n’y a rien à voler » pour continuer à apprécier les nuits à la belle étoile. S’il se laisse parfois aller au souvenir des deuils et échecs passés (ce qui donne lieu à ce rare événement de voir Clint verser une larme), il se laisse plus souvent aller à l’idée d’un nouveau territoire à découvrir, d’un nouveau foyer à trouver, d’une nouvelle vie à vivre. Et à travers Mike, il y a Clint qui ne se résout toujours pas au film testamentaire, et il y a le spectateur qui ne se résout toujours pas à aller voir un Clint, même aussi léger qu’un Cry Macho, ailleurs que dans une salle de cinéma…

BASTIEN MARIE

Autres films de Clint Eastwood sur le Super Marie Blog : L’Echange (2008) ; Sully (2016) ; Le 15h17 pour Paris (2018) ; La Mule (2018) ; Le Cas Richard Jewell (2019)


2 réflexions sur “Cry Macho

  1. C’est sur qu’on sent de plus en plus que la carcasse devient lourde à trainer, mais un bon « Jesus Christ » qui sort de cette bouche, ou un bon poing dans la gueule comme à la belle époque, je ne m’en lasserais jamais.

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