The French Dispatch

The French Dispatch of the Liberty, Kansas Evening Sun Comédie journalistique américaine, allemande (2021) de Wes Anderson, avec Bill Murray, Owen Wilson, Tilda Swinton, Benicio Del Toro, Léa Seydoux, Adrien Brody, Frances McDormand, Timothée Chalamet, Lyna Khoudri, Jeffrey Wright, Mathieu Amalric et Stephen Park – 1h48

The French Dispatch est l’antenne française d’un magazine américain du Kansas, dirigé par Arthur Howitzer Jr et basée à Ennui-sur-Blasé. Au sommaire de son dernier numéro : une note nécrologique, une brève visite guidée d’Ennui, un portrait d’un peintre emprisonné pour meurtre, un reportage sur un soulèvement étudiant, et une critique gastronomique tournant à l’affaire criminelle…

Bien que j’aime beaucoup le cinéma de Wes Anderson, je redoute, depuis Moonrise Kingdom (2012), le moment où son style si singulier et ostensible allait commencer à me taper sur les nerfs. Ce moment fatidique est peut-être arrivé avec son dixième long-métrage, The French Dispatch… Francophile notoire ayant vécu à Paris, Wes Anderson devait bien finir par faire un film chez nous et il a choisi Angoulême pour y fabriquer sa ville fictive d’Ennui-sur-Blasé, un nom aussi bon à faire la blague qu’à décrire mon état de spectateur. Pour signifier son regard américain sur l’hexagone, Anderson choisit de raconter le film par le biais de l’antenne française d’un magazine américain, ce qui lui permet aussi de rendre hommage au New Yorker, dont le French Dispatch reprend le style des couvertures dessinées. Les personnages sont aussi inspirés de véritables journalistes ayant prêté leur plume au magazine, à commencer par son rédacteur en chef et fondateur Harold Ross, devenant Arthur Howitzer Jr, qui ne pouvait être joué que par Bill Murray. Autour de lui se presse un casting franco-américain ahurissant, idéal pour peupler le tapis rouge d’un festival, ce qui tombe bien puisque The French Dispatch n’a pas été sélectionné à un mais à deux festivals de Cannes !

Comme l’hommage au romanesque d’un Stefan Zweig sur The Grand Budapest Hotel, l’hommage au New Yorker apporte à The French Dispatch non pas le souffle de cet élogieux prédécesseur mais au moins une légitimité à sa forme à sketchs, devenue malheureusement impopulaire au cinéma. La structure narrative est ici dictée par le sommaire de l’ultime numéro du French Dispatch. L’idée est intéressante mais réduit le film à un objet, ce qui n’est sans doute pas pour déplaire à son auteur, n’aimant rien tant que scruter la confection des accessoires de ses films, mais qui n’est guère stimulant pour le spectateur ayant du mal à s’investir dans cette mécanique et cette artificialité abondante. Ce n’est pas d’hier que les détracteurs de Wes Anderson lui reprochent de faire des films-musées, où on touche avec les yeux dans un sens de la visite pressé et déterminé par ses nombreux mouvements de caméra, et je dois dire que The French Dispatch pourrait bien leur donner raison. Une impression renforcée par la forme à sketchs ne souffrant pas, pour une fois, d’être inégale (puisque j’ai trouvé tous les sketchs très moyens) mais précipitée, ne nous laissant guère le temps de nous installer dans Ennui. Même Bill Murray, pourtant rédacteur en chef, paraît fantomatique ! Et ce rythme soutenu ne compte aucun déraillement ni surgissement émotionnel – à part peut-être sur la fin, lorsque les rencontres entre Murray et Jeffrey Wright incarnent fugitivement ce certain esprit du journalisme auquel le réalisateur veut rendre hommage.

Zeffirelli (Timothée Chalamet) et Juliette (Lyna Khoudri) attendent près du juke-box que la révolution arrive à Ennui…

L’overdose qui pendait au nez du cinéma de Wes Anderson advient donc sur The French Dispatch tant il ensevelit le spectateur sous son bric-à-brac. On se paume dans les décors labyrinthiques et sur-détaillés d’Adam Stockhausen, et ce dès le tour d’horizon express d’Ennui en début de film. L’anglais et le français se mélangent (et pourquoi diable Timothée Chalamet parle anglais dedans ?!) dans un film blindé de sous-titres dans les deux langues, auxquels s’ajoutent les colonnes du journal, les détournements de marques, les affichages urbains et les slogans de l’épisode Mai 68 – de quoi donner aussi raison aux détracteurs de la VO quand ils sortent leur excuse bidon du « les sous-titres m’empêchent de voir les images ! ». Partagés entre habitués du cinéaste, nouveaux venus négligés (hormis un Benicio Del Toro monstrueux) et acteurs français venant quémander une apparition (si vous clignez des yeux au mauvais moment, vous pourriez rater Benjamin Lavernhe de la Comédie Française), le casting n’offre que des apparitions subliminales dans ce qui ressemble à un spectacle de marionnettes (autre reproche régulièrement fait au cinéaste). Quant aux changements de formats, passages du noir et blanc à la couleur ou séquences en animation (à moitié hommage à la BD franco-belge, à moitié cache-misère pour séquences d’action absurdes), ils donnent l’impression de regarder un diaporama détraqué. Bref, The French Dispatch est aussi bordélique et illisible qu’un article du Super Marie Blog… Mais là où il reste de l’espoir, c’est que mon goût très modéré pour le dernier Wes Anderson n’est peut-être dû qu’à un chauvinisme inconscient (qu’est-ce que c’est que ce dandy texan qui vient me montrer qu’il connaît mieux que moi mon propre pays ?!), et qu’il m’est plus d’une fois arrivé d’aimer ses films qu’en les revoyant. A la revoyure, The French Dispatch passera donc peut-être de caricature de son auteur à sa grande œuvre…

BASTIEN MARIE

Autre film de Wes Anderson sur le Super Marie Blog : L’Île aux chiens (2018)


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