Sonny Boy

Thriller américain, italien (1989) de Robert Martin Carroll, avec David Carradine, Paul L. Smith, Brad Dourif, Sydney Lassick, Conrad Janis, Savina Gersak, Alexandra Powers et Michael Boston – 1h36

Au Nouveau-Mexique, un bébé trouvé dans la voiture volée à ses parents assassinés est recueilli par Slue, une immonde pourriture terrorisant le bled du coin, et Pearl, sa femme travestie. Après qu’on lui ait coupé la langue pour son sixième anniversaire, Sonny Boy est élevé comme une bête et dressé pour tuer. Mais approchant l’âge adulte, il veut entrer en contact avec le monde extérieur…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Depuis le temps que vous nous lisez (et merci pour ça, à moins que vous ne nous ayez jamais lu avant cet article, dans quel cas merci quand même !), vous vous êtes sans doute rendus compte qu’une bonne part de la cinéphilie des Super Marie vient de la lecture de Mad Movies, et plus particulièrement de leur liste de leurs 100 meilleurs films fantastiques publiée en mars 1996. Une liste aussi subjective qu’éclectique recueillant aussi bien des incontournables blockbusters vus sur les écrans du monde entier que des petits films obscurs que vous ne verrez peut-être jamais. Ce Sonny Boy, qui n’a pas dû être cité dans beaucoup d’autres listes que celle-ci, fait partie de la seconde catégorie car, très brièvement exploité en vidéo chez Delta, il n’a depuis existé qu’en copie de copie de VHS dans la vidéothèque des fantasticophiles les plus acharnés. Une exhumation numérique s’est longtemps fait attendre. En 2009, TCM l’avait diffusé dans un programme de films underground. On raconte même que Criterion aurait envisagé d’en sortir une version director’s cut, en vain. En France, cette résurrection a fini par arriver chez Extralucid Films dont le DVD est sorti en pack avec… Mad Movies !

Sonny Boy part d’un scénario de Graeme Whifler inspiré à l’auteur par une histoire que lui raconte une bande de bikers sur un voleur de voitures de l’Indiana qui aurait kidnappé un gosse pour l’élever comme une bête sauvage. Un script qui arrive sur le bureau d’Ovidio G. Assonitis, producteur de bis italien (c’est à lui qu’on doit Piranha 2 : les tueurs volants réalisé par le jeune mais déjà coriace James Cameron). Choqué par cette histoire, il a évidemment envie de la produire. Plutôt que de laisser le scénariste tourner le film comme ce dernier le désire, ou de le réaliser lui-même comme il l’envisage un temps, le producteur le confie au jeune réalisateur Robert Martin Carroll, auteur d’un court-métrage nommé Pale Horse Pale Rider en 1980 (y aurait peut-être eu moyen d’intenter un procès à Eastwood, non ?), et lui réunit un bon casting. Autour du débutant Michael Boston dans le rôle muet de Sonny Boy (qui devait être un monstre défiguré avant qu’Assonitis ne trouve encore plus perturbant d’en faire un séduisant jeune homme) gravitent deux échappés de l’asile de Vol au-dessus d’un nid de coucous Brad Dourif et Sydney Lassick, David Carradine se travestissant de bon cœur pour le rôle de Pearl (et qui compose et interprète pour le film la chanson Maybe It Ain’t), et Paul L. Smith, ancien maton de Midnight Express, qui ne comprend rien au script mais se laisse convaincre par ses partenaires de jeu. Comme à son habitude, Assonitis remonte le film dans le dos de son réalisateur et peine à trouver un distributeur jusqu’à ce que Trans World Entertainment ne consente à lui donner une sortie technique dans quelques salles américaines qui ne laissent à Sonny Boy que quelques jours d’exploitation. Quant à Robert Martin Carroll, lâché par son agent sous la pression d’autres clients qu’il représentait, il n’aura l’occasion de ne tourner qu’un second film tout aussi confidentiel, Baby Luv (2000).

Le jeune Sonny Boy fête avec papa Slue (Paul L. Smith), maman Pearl (David Carradine) et tonton Weasel (Brad Dourif) son sixième anniversaire durant lequel il perdra sa langue : une enfance idéale au Nouveau Mexique !

Peu vu, Sonny Boy a cependant dû laisser un souvenir traumatisant à ses quelques spectateurs. Décrit par David Carradine comme un croisement entre The Rocky Horror Picture Show, Bonnie and Clyde et L’Impossible Monsieur Bébé (ce qui n’aide pas vraiment à mieux appréhender le film…), Sonny Boy me fait plutôt songer à ce que serait devenu l’enfant sauvage si, à la place de François Truffaut, il était tombé sur la famille de Massacre à la tronçonneuse ! Du chef-d’œuvre de Tobe Hooper, on retrouve la photographie calcinée, les paysages dévastés (certes, ce n’est pas le Texas, mais c’est juste à côté), le foyer bricolé de sa famille dégénérée (avec ici une pyramide recelant le recel de papa Slue) et ce carrefour entre adaptation de fait divers et approche quasi mythologique (superbe plan de Slue tenant à bout de bras son bébé sauvé des eaux d’une voiture volée dans un crépuscule apocalyptique). Commençant très fort avec le crime originel d’un Brad Dourif dément (Brad Dourif, donc), puis l’aberrante querelle de couple entre le monstrueux Paul L. Smith et le maternel David Carradine, Sonny Boy nous embarque dans un thriller bizarroïde et un conte initiatique détraqué, sans qu’on puisse prévoir ce qu’il va se passer dans la séquence qui suit. Le film peut ainsi passer d’un meurtre sauvage à une scène de romance fleur bleue, celle-ci s’interrompant aussi brutalement quand la mignonne Alexandra Powers se prend un pain dans la gueule venu de nulle part ! Une imprévisibilité aussi drôle qu’inquiétante qui vient peut-être aussi du remontage d’Assonitis. Sonny Boy pourrait ainsi n’être qu’un ride grindhouse chaotique et roublard sauf que, par on ne sait quel miracle, le film finit par nous prendre. Sonny Boy sort de son « cocon » et le film confronte la candeur de son jeune héros à la cruauté du monde extérieur, rappelant aussi en cela le Bad Boy Bubby de Rolf de Heer tourné quatre ans plus tard (avec lequel il ferait un double-programme bien allumé !). Puis la communauté se ligue contre les « héros » et, dans un final à la Sam Peckinpah, on en viendrait à verser une larme pour ceux qui n’étaient que d’immondes ordures en début de métrage. Oui, vous n’êtes pas prêts d’oublier Sonny Boy… ne serait-ce que pour la vision indélébile de David Carradine en jupons, collier de perles et fusil à pompe à la main !

BASTIEN MARIE


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