Candyman

Film d’horreur américain, canadien, australien (2021) de Nia DaCosta, avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett et Colman Domingo – 1h31

Venant d’emménager dans un bel appartement de l’ancien ghetto de Cabrini Green, le peintre Anthony McCoy entend parler de la légende urbaine de Candyman et du drame qu’il avait provoqué dans les années 90, et décide de s’en inspirer pour sa peinture. A la suite de sa première exposition, les morts violentes se succèdent dans son entourage…

Etonnante réussite pour les uns ou énième reboot dispensable pour les autres, ce Candyman 2021 a déjà divisé son monde depuis sa sortie nettement plus remarquée aux Etats-Unis qu’en France. Il fallait pourtant s’attendre à ce que la petite pépite de Bernard Rose donne des envies de remake : la caution poétique du film héritée de la plume de Clive Barker et sa portée sociale avec la délocalisation de l’action à Chicago par le réalisateur, saupoudré de l’étonnant score de Philip Glass, donnait au Candyman original des airs d’elevated horror avant l’heure. Et comme l’action se déroule dans un ghetto afro-américain avec un boogeyman noir issu de l’esclavage, Jordan Peele devient le candidat idéal pour porter ce quatrième film de la franchise (plus qu’un et il faudra veiller à ne pas les regarder devant un miroir). Le réalisateur de Get Out écrit et produit ce remake, obtient les bénédictions de rigueur de Barker et Rose et donne la réalisation à Nia DaCosta, réalisatrice remarquée deux ans plus tôt avec le thriller social Little Woods et actuellement en charge de la suite de Captain Marvel. Elle réécrit considérablement le scénario et retourne dans le quartier de Cabrini Green qui a bien changé depuis 1992 : au milieu des tours toutes neuves ne subsistent plus que quelques rangées de pavillons et une vieille église du ghetto d’autrefois. Une gentrification, du quartier autant que du genre horrifique, qui se retrouve naturellement au cœur de cette nouvelle invocation de Candyman.

Candyman 2021 commence sur un joli effet miroir : outre les logos des studios s’affichant à l’envers, le remake répond au générique du film original en plongée verticale sur les rues de Cabrini Green par un générique en contre-plongée contemplant les nouveaux immeubles du quartier dont les sommets disparaissent dans un brouillard inquiétant. De très beaux plans qui ouvrent d’emblée le dialogue avec le film de Bernard Rose dont celui-ci sera en fait la suite directe, portée par l’idée judicieuse de traiter le film original comme une légende urbaine, à la fois discrète et omniprésente, ressurgissant sous le reflet plus reluisant que le quartier gentrifié veut montrer. Le film original se raconte à travers des séquences faites de silhouettes en papier découpé, joli équivalent visuel à la tradition orale et la réinterprétation nécessaires à la légende urbaine, s’intercalant dans la mise en scène soignée de Nia DaCosta. Une esthétique clinquante qui en rebutera beaucoup, n’y voyant que la marque visuelle d’une elevated horror si décriée, mais qui s’avère souvent pertinente, donnant matière à la fois à une satire du monde de l’art contemporain (plus mesurée que dans un Velvet Buzzsaw), une critique de la gentrification nettoyant le paysage urbain de ses troubles passés et les apparitions inspirées du Candyman dans toutes les surfaces réfléchissantes qui s’offrent à lui. Comme dans les réalisations de Jordan Peele, on peut se questionner sur cette récupération du genre horrifique au profit d’un discours politique trop explicite, sauf qu’à mon sens Nia DaCosta montre la même lucidité que son producteur : elle semble se reconnaître dans le parcours de son peintre de héros, essayant de s’approprier cette histoire passée non sans douter de sa légitimité à le faire et en appréhendant les critiques éventuelles.

Une des incarnations de Candyman (Michael Hargrove) en mode pimp des années 70 !

Ceci étant, ce Candyman nouveau n’ajoute rien qui n’était pas déjà dans l’ancien, se contentant d’actualiser son discours à travers de nouvelles incarnations du boogeyman. Et malgré l’ambition visuelle qu’elle affiche, Nia DaCosta se perd dans l’hétérogénéité de son film qu’elle a du mal à tenir sur sa longueur pourtant raisonnable d’1h30. Au bout d’un moment, le film doit se rappeler à ses devoirs de film d’horreur (comme cette séquence de slasher dans les toilettes d’un lycée efficace mais arrivant comme un cheveu sur la soupe), s’embourbe dans ses nombreux flash-backs (cette vignette montrant le suicide du père de la belle Teyonah Parris était-elle vraiment nécessaire ?) et la progressive possession du héros par l’esprit de Candyman laisse à désirer (et encore, l’interprétation de Yahya Abdul-Mateen II est plus retenue que ce que laissait présager la bande-annonce !), le tout boitillant jusqu’à un dénouement imbitable. Comme souvent, cette suite tardive nous convainc plus sur la qualité du film original que sur la sienne propre, se laissant déborder dans ce qui coulait de source autrefois, mais elle a tout de même assez de choses à proposer pour qu’on vienne y butiner…

BASTIEN MARIE


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