Flag Day

Drame américain (2021) de Sean Penn, avec Dylan Penn, Sean Penn, Hopper Penn, Katheryn Winnick et Josh Brolin -1h49

A Minneapolis dans les années 80, la jeune Jennifer Vogel, aspirante journaliste, tente de reconstruire sa relation compliquée avec son père John, mythomane, faussaire et braqueur de banques…

La dernière fois que nous avions eu des nouvelles de Sean Penn, c’était avec le très embarrassant The Last Face dont la présentation cannoise avait laissé des traces (l’année suivante, des festivaliers porteraient des t-shirts « Ni oubli, ni pardon » pour que ne soit jamais oublié ce terrible dérapage). Aujourd’hui, il revient avec ce Flag Day qui, s’il n’est pas aussi honteux que son prédécesseur, ne vole pas beaucoup plus haut. Un constat d’autant plus amer qu’il se fait une nouvelle fois aux yeux de tous, en compétition du plus prestigieux festival de cinéma du monde (il serait temps que Thierry Frémaux sache dire non à Sean…). Il s’agit cette fois de l’adaptation d’une autobiographie de la journaliste Jennifer Vogel, revenant sur ses relations tumultueuses avec son faussaire de père, dont les droits ont été acquis par le producteur William Horberg il y a une quinzaine d’années et qui en a confié le script aux frères Butterworth (Edge of Tomorrow et Spectre !). Script qui intéresse donc Sean Penn qui donne le rôle de Jennifer à sa propre fille Dylan. N’ayant jusque là jamais joué dans ses propres films, il propose le rôle du père à Matt Damon qui convainc le réalisateur de le jouer lui-même, expliquant que c’est une vraie chance pour un père de pouvoir donner la réplique à sa fille – ce qui, à mon avis, est surtout une manière polie pour Damon de décliner un projet peu intéressant… Tourné en 16 mm dans la province canadienne de Manitoba en quatre sessions étalées sur huit mois pour profiter du temps de chaque saison, Flag Day semble avoir été tourné à l’ancienne, Sean Penn allant jusqu’à interdire les téléphones portables sur le plateau.

Effectivement, cette nostalgie pour un grand cinéma américain old school saute aux yeux dans Flag Day. Meurtri par la réception hostile de The Last Face, Sean Penn espère ici, dans un geste beaucoup plus humble, un retour aux sources, avec un récit filial s’étalant sur plusieurs années se rapprochant de ses premières réalisations comme Indian Runner (ironiquement, c’est plutôt l’acteur de ce dernier, Viggo Mortensen, qui réussit son film sur un paternel compliqué avec Falling, s’étant lui contenté d’un festival de Cannes virtuel en 2020…). Sauf que Flag Day en devient un film terriblement désuet, au relent de naphtaline qui donnerait presque la nausée (je l’avais en tous cas en sortant de la salle, mais ce n’était peut-être qu’une coïncidence…). Si on peut se laisser charmer par les premières minutes du film, éden de l’enfance de l’héroïne sous forte influence du cinéma de Terrence Malick (alors que Penn et lui s’étaient quittés en mauvais termes à l’issue de The Tree of Life), le reste emprunte tous les sentiers battus pour évoquer le récit de vie prévisible de Jennifer Vogel. Faisant beaucoup penser à sa mère, Dylan Penn tente de s’affirmer dans un rôle pas bien épais, donnant la réplique à son père si fatigué qu’il fait penser, avec son visage buriné et sa voix éraillée, à Mel Gibson (avec lequel il partageait récemment l’affiche d’un The Professor and the Madman profitant de ces deux fins de parcours…). Etrangement, Sean est plus convaincant dans ses scènes où il est numériquement rajeuni, comme un souvenir brumeux du grand acteur qu’il était…

John Vogel (Sean Penn) est attristé par notre critique de Flag Day

Sinon, Flag Day enfile les clichés comme des perles : souvenirs au ralenti ou home movies en super 8 sur voix off éthérée, paysages américains sur balades folks et rocks dont les paroles paraphrasent péniblement le film, vague allégorie de la destinée de ses héros marginaux (le hors-la-loi né le jour d’une fête nationale, le Flag Day du titre, qui a lieu le 14 juin pour célébrer l’adoption du drapeau américain), and so on… La moindre intention de mise en scène y prend des proportions grotesques, à commencer par le 16 mm choisi par Penn et son chef op Daniel Moder : si le grain de la pellicule pouvait encore faire croire à une volonté d’authenticité de l’image il y a une vingtaine d’années, il trahit aujourd’hui une posture voulant artificiellement revenir à une cinématographie « pure ». De même que les constants gros plans et longues focales, voulant exprimer une souveraine subjectivité, a plutôt tendance à rendre le film étouffant, nous emprisonnant dans sa bulle nostalgique. Ne nous étonnant qu’à quelques moments épars, notamment quand il confronte ses personnages à leur mythomanie (l’entretien de Jennifer à la fac, la conversation téléphonique de John sur un téléphone… débranché), Flag Day chemine poussivement jusqu’à un final attendu voulant nous émouvoir comme dans un Eastwood mais manquant du souffle nécessaire pour cela. Ce n’est donc pas encore ce coup-ci que Sean Penn retrouvera de sa superbe, mais je continue d’espérer…

BASTIEN MARIE


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