Debout les femmes !

Documentaire français (2021) de François Ruffin et Gilles Perret, avec François Ruffin, Bruno Bonnell, Assia, Delphine, Hayat, Sandy… 1h25

Lancé dans une mission parlementaire sur les métiers du lien, Ruffin doit collaborer avec le patron marcheur (pléonasme ?) Bruno Bonnell. Explose alors la crise du COVID, faisant accéder ces femmes qui n’étaient rien aux rangs de premières de cordée. Plutôt que de rester les applaudir sur leur balcon à 20h, Perret et Ruffin repartent sur les routes de France recueillir les témoignages des aides à domicile, des avs, des aesh jusqu’aux agents d’entretien de l’Assemblée nationale. Et si la bataille politique s’annonce compliquée, tant pis, c’est par la poésie qu’ils passeront...

A peine quelques mois après avoir reçu un César pour Merci patron !, François Ruffin, rédac chef du journal Fakir, prend de nouvelles fonctions et pas des moindres puisqu’il devient député de la première circonscription de la Somme, celle qui l’a vu naître, lui ainsi que notre président d’ailleurs… Bien décidé à ne pas abandonner le cinéma, il s’adjoint les services de Gilles Perret (à qui on doit les documentaires Les jours heureux, La Sociale ou ou L’Insoumis) pour co-réaliser un deuxième film : J’veux du soleil !, dans lequel ils portent un regard radieux sur le sujet brulant des gilets jaunes en allant à la rencontre des gens sur les ronds points.

Alors que Perret souhaite suivre Ruffin à l’Assemblée nationale avec sa caméra, celui-ci pense que le sujet n’est pas franchement passionnant. Néanmoins, il le recontacte à la faveur d’une mission parlementaire sur les métiers du lien qu’il doit mener avec Bruno Bonnell. Magnat du jeux vidéo, fondateur d’Infogrammes et carrément Donald Trump français dans l’adaptation du show The Apprentice par M6, la collaboration avec ce marcheur pur jus promet d’être explosive. La crise sanitaire éclairant cette mission sous un jour nouveau, alors que le président lui-même fait de ces hommes et femmes des héros de la nation dans ces discours, il apparaît vitale de battre le fer tant qu’il est encore chaud. Bon, on voudrait pas vous spoiler mais il faudra bien reconnaître que la victoire politique sera bien modeste…

Qu’importe ! Car si, en dépit du bon sens, les propositions de loi ont essuyé bien des obstacles et des refus, Ruffin et Perret ne manquent pas de transformer l’essai avec ce joyeux Debout les femmes !. Joyeux déjà puisque l’affrontement sanglant avec Bruno Bonnell n’aura pas lieu, la collaboration virant même à la bromance, et, le but n’étant pas là de virer au pamphlet politique et de pousser le bonhomme face à ses contradictions, on peut même dire que le portrait ne manque pas d’une sympathie dont on ne saurait mettre en doute la sincérité. Debout les femmes !, c’est un peu une réjouissante version française d’un Monsieur Smith au sénat revu et corrigé par Michael Moore. C’est peut-être moins flamboyant, y’a moins de pognon et le happy end est à nouveau plutôt du côté de la fiction, le documentaire parvient néanmoins, et sans pédagogie inutile, à nous offrir un point de vue différent sur un autre sujet brûlant : la vie politique française. Après, on peut toujours penser que Ruffin avait raison et que le sujet n’est effectivement pas passionnant…

Un peu de douceur dans ce monde de brut et de net…

Qu’importe ! Car si on peut trouver qu’une mission parlementaire ne suffit pas à faire un film, le cœur de Debout les femmes !, c’est évidemment ces travailleuses du titre (précédemment nommé Les premières de cordée contre attaquent, c’est d’ailleurs elle qui ont voté pour choisir ce nouveau titre, emprunté à l’hymne du MLF). Derrière les films comme derrière les propositions de loi, il y a toujours un certain degré de réalité et on peut dire que ce degré est élevé dans le cinéma de Ruffin et Perret puisque, si le témoignage en est le point de départ, il en reste aussi la finalité. Si J’veux du soleil ! brillait essentiellement sur ces entretiens et que Debout les femmes ! apparaît comme un film autrement plus foisonnant, il n’empêche que ses témoignages poignants, baignés de ferveur et d’amertume, restent les pièces les plus précieuses de l’édifice. A l’heure où la représentation semble un sujet majeur sur les toiles, beaucoup sur celle d’internet et pas mal aussi sur celle de cinéma, ça fait du bien de voir ainsi ces femmes sur grand écran, jusqu’à une fantaisie finale qu’on ne vous dévoilera pas, d’autant plus si on les a applaudies à 20h…

N’hésitant pas à privilégier l’émotion à l’analyse, Debout les femmes ! conserve son ton bon enfant malgré de véritables indignations et rappelle aussi que, si le documentaire est souvent cantonné aux salles d’Art et essai, il n’en reste pas moins un vrai cinéma populaire. Même si Debout les femmes ! ne changera sûrement pas le monde, il vous fera passer un bon moment et, finalement, ces moments aussi, ils font parti du monde.

CLÉMENT MARIE

Et n’hésitez pas à jeter un œil ou une oreille à notre entretien avec Gilles Perret :

Et, quitte à être complet, la version intégrale de l’entretien :


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