The Sparks Brothers

Documentaire musical britannique, américain (2021) d’Edgar Wright – 2h21

En 1968, les frères Ron et Russell Mael fondent le groupe Sparks à Los Angeles. Cinquante ans, vingt-cinq albums et 345 chansons plus tard, Sparks reste un groupe actif, inspirant et énigmatique dont Edgar Wright raconte l’étrange et merveilleuse odyssée…

Fondé en 1968, les Sparks ont dû attendre 2021 pour qu’ils deviennent le groupe de l’année, ou du moins de l’été, de la sortie d’Annette de Leos Carax dont ils avaient écrit la musique et le scénario à celle de ce documentaire d’Edgar Wright. Avant cela, les Sparks étaient un groupe à la notoriété confidentielle, suivi par une poignée de chanceux initiés durant leur demi-siècle d’existence jalonné de quelques succès occasionnels et de moments de galère plus fréquents : c’était « le groupe préféré de votre groupe préféré » comme le décrit judicieusement l’affiche du film. Les Super Marie, autres frangins à la notoriété encore plus confidentielle, confessent volontiers de ne pas beaucoup connaître les Sparks non plus : l’un avait remarqué leur collaboration avec Franz Ferdinand, tandis que l’autre, auteur de ce texte, n’avait jamais entendu parler d’eux avant Annette. Désormais, nous avons chacun un exemplaire de la BO du film de Carax, mais quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que notre maman ne nous avait pas attendus pour les connaître, elle qui possédait déjà un exemplaire de Whomp That Sucker (1981) dans sa discographie. Et c’est un peu vexant de constater que ses parents sont plus cools que soi…

Notre cher Edgar Wright, lui, avait fait la connaissance des Sparks avec leur interprétation de The Number One Song In Heaven à Top of the Pops en 1979, tout en découvrant certains de leurs titres passés dans des compilations de glam rock, en ayant du mal à croire qu’il s’agissait bien du même groupe ! Des années plus tard, assistant à un concert des Sparks avec son pote Phil Lord, il se demande pourquoi le groupe n’est pas plus connu et se dit qu’un documentaire pourrait y remédier. Le réalisateur contacte alors les frères Mael sur Twitter et ces derniers, sensibles à la personnalité de Wright qu’ils suivaient déjà sur le réseau social et alors qu’ils avaient déjà refusé des sollicitations semblables, acceptent le projet. Wright les rencontre chez eux à Beverly Hills et enregistre, sur plusieurs années, plus de douze heures d’entretien. Il part ensuite aux quatre coins du monde pour recueillir les propos de collaborateurs (dont les producteurs Tony Visconti et Giorgio Moroder, et Alex Kapranos des Franz Ferdinand) et d’admirateurs connus (Beck, Flea, Mike Myers, Duran Duran, New Order…) ou non, au rang desquels Wright s’inclue lui-même face caméra. Il réunit ensuite des images d’archive (et après cinquante ans de carrière, y en a un paquet, et même du France 3 Basse Normandie !), des scénettes d’animation et des courtes mises en scène avec Ron et Russell, montant le tout entre deux confinements en attendant la sortie de son Last Night in Soho

Les Sparks sont aux prises avec un stalker dont ils n’arrivent pas à se débarrasser !

Il en ressort un imposant documentaire de 2h20 qui passe en un clin d’œil, déjà parce qu’on est bien chez Edgar Wright (ça file à tout allure, et à la fin, on en redemande !) et plus encore chez les Sparks qui s’avèrent immédiatement attachants et nous embarquent dans leur fantaisie, leur créativité insatiable, leur sens de l’humour, leur cinéphilie évidente et leur univers délicieusement méta (ils ne pouvaient que s’entendre avec le réalisateur de Shaun of the Dead). Les frères ayant toujours cultivé le mystère sur leurs origines et leur vie privée, The Sparks Brothers (rien que le mot brothers les fait râler, comme s’il en révélait déjà trop sur eux) passe très rapidement sur leur enfance en Californie (alors qu’on aurait juré qu’ils étaient anglais !) pour attaquer au plus vite leur discographie imposante dont il faut bien deux heures pour en faire un petit tour. Le film fait alors le portrait d’une œuvre fraternelle prolifique et obstinée, traversant cinq décennies de musique pop et ses vagues qu’ils ont su précéder, accompagner ou prendre à contre-pied, connaissant sporadiquement le succès quand, d’aventures, ils se trouvaient être au bon endroit au bon moment… avant de repartir complètement ailleurs ! On découvre l’éclectisme du duo, la force narrative de leurs paroles (ou pas, quand il s’agit de répéter hypnotiquement My Baby’s Taking Me Home) et leur humour provocateur quand ils répondent littéralement aux commandes : quand un producteur leur demande de la musique sur laquelle on peut danser, ils livrent un Music That You Can Dance To, tandis que, pour lancer leur collaboration avec Franz Ferdinand, ils leur envoient un morceau intitulé Collaborations Don’t Work. Wright n’a donc pas à forcer sur le storytelling du groupe, leur répertoire suffisant à s’en charger, comme avec l’émouvant When Do I Get To Sing My Way, marquant leur come-back dans les années 90.

Les intervenants, quant à eux, s’émerveillent des pochettes d’album, suffisant parfois à déjà raconter une histoire, de la manière toujours plus ou moins biaisée dont ils ont découvert le groupe (via par exemple l’anecdotique film catastrophe Roller Coaster !) puis l’ont vu tant de fois renaître, et de leurs performances scéniques mémorables : John Lennon se souviendrait encore de la fois où il a vu Marc Bolan chanter avec Hitler dans Top of the Pops ! Il faut dire que le duo sait se mettre en scène avec Ron, claviériste flegmatique et pince-sans-rire, et Russell, chanteur turbulent à la voix haut perchée, s’adaptant et survivant aux modes et aux époques. Edgar Wright n’essaie en rien d’atténuer la tendance des frangins à l’autofiction, à cette image kaléidoscopique qu’ils laissent miroiter à travers leur œuvre. Mais petit à petit, après l’épique série de concerts durant laquelle les Sparks ont joué tous leurs albums un par un, le réalisateur lève pudiquement le voile sur la vie quotidienne du duo, sur leur bouleversante petite routine du café matinal suivi de la journée de boulot pour constamment aller de l’avant et réinventer. De toutes les images du duo – animées, scéniques, télévisuelles, clipesques, etc – The Sparks Brothers nous laisse sur celle de ces deux adorables frangins, tâtonnant derrière leurs claviers, inséparables créateurs ne pouvant vivre l’un sans l’autre puisque… attention, spoiler… l’un est l’autre !

BASTIEN MARIE

Autre film d’Edgar Wright sur le Super Marie Blog : Baby Driver (2017)


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