Le Sommet des Dieux

Film d’aventure animé (2021) de Patrick Imbert, avec Damien Boisseau, Eric Herson-Macarel, Philippe Vincent – 1h30.

En déplacement à Katmandou, le reporter Fukamachi est sûr d’avoir reconnu Habu Jôji, alpiniste japonais a disparu de la circulation, et dans sa main, un Kodak Vest Pocket. Serait-ce possible qu’il s’agisse de celui de Mallory et Irvine et, qu’au cœur de cet appareil, se trouve la preuve que l’expédition fût bien la première à atteindre le sommet de l’Everest le 8 juin 1924 ? La piste est mince, mais l’enjeu bien trop important. Fukamachi décide de partir à la recherche d’Habu Jôji…

Passionné d’alpinisme, nourri aux récits de l’Everest et notamment aux expéditions de Mallory, le producteur Jean-Charles Ostorero a bien évidemment le coup de foudre lorsqu’il découvre en 2012 Le Sommet des Dieux, manga signé par Jirô Taniguchi sorti dix ans plus tôt. Il décide alors de développer une adaptation, en toute inconscience pourrait-on presque ajouter vu l’ambition folle d’un tel projet. En effet, si l’œuvre de Taniguchi synthétise les envies d’aventures à flanc de montagne du producteur/scénariste, force est de reconnaître que le terme « synthétiser » n’est peut-être pas le plus à propos, Le Sommet des Dieux s’imposant comme un véritable monument s’étendant sur cinq tomes. Taniguchi se base lui-même sur le travail déjà colossal de Baku Yumemakura, auteur du pavé original, toujours inédit en France, qui collabore d’ailleurs avec le mangaka. Traversant différentes époques, parcouru par un souffle épique rare et fourmillant de détails, Le Sommet des Dieux est un véritable défi d’adaptation. Néanmoins, Ostorero, qui confie la réalisation à Patrick Imbert, parvient à convaincre Yumemakura et Taniguchi, malgré la concurrence d’un projet live au Japon (Everest, sorti en 2016). Le mangaka, s’il fût déjà adapté en France avec un Quartier lointain passé un peu inaperçu en 2010, ne l’avait jamais été en animation. Aussi est-il séduit par les dessins préparatoires. Malheureusement, le plus délicat des mangakas s’éteint le 11 février 2017, avant d’avoir pu voir des images animées du Sommet des Dieux

Entre les monts, entre les cases, entre les images… Là où réside le mystère insaisissable de la poésie…

Comme on l’a dit, adapter Le Sommet des Dieux pourrait vite s’apparenter à un véritable Everest artistique. Ne pouvant raisonnablement se lancer dans un film animé dépassant les quatre heures, Ostorero et Imbert décident logiquement de tailler dans le récit de Yumemakura et Taniguchi en se séparant de plusieurs intrigues et de l’aspect plus polar de l’enquête de Fukamachi pour se concentrer sur le parcours d’Habu Jôji et le lien qui l’unit au journaliste. Aussi, Imbert ne pouvant clairement pas non plus se mesurer au trait du maître Taniguchi à l’échelle d’un film entier, aussi bien pour la multitude de détails que pour ses hachures expressives, il opte pour une simplification, conservant la caractérisation des personnages et leurs traits angulaires mais s’éloignant du pur style manga pour se rapprocher d’un dessin plus européen voir américain. Esquivant la représentation foisonnante de Katmandou, toute juste incroyable dans l’œuvre originale, le film prend davantage place dans le paysage urbain de Tokyo puis, évidemment, dans les majestueuses montagnes qui, eu, gardent bien toute leur superbe sur grand écran. Aussi, en axant ainsi leur film directement sur Fukamachi et Habu Jôji, Ostorero et Imbert mettent clairement en avant la fascination du journaliste qui conditionnera celle du spectateur lui-même face à ces grimpeurs fous. Nul besoin de développer davantage l’histoire de l’appareil de Mallory et plus largement de surcharger les dialogues ou la voix off, le minimalisme de la démarche narrative (toute relative car elle conserve malgré tout la structure sur plusieurs époques du manga) servant même la pureté du propos.

Le Sommet des Dieux, projet attendu et redouté, aurait facilement pu se perdre dans son incroyable matériaux de base mais, plutôt que de tenter vainement de condenser l’œuvre fleuve originale, parvient miraculeusement à en saisir l’essence. En une petit heure et demi, dense mais s’accordant les respirations nécessaires, Patrick Imbert réussi à dresser le portrait de ses fascinants aventuriers de l’extrême et, s’il semble toujours aussi difficile de mettre des mots sur les raisons de leurs exploits, qui, bien au delà de la fortune et de la gloire, touchent plus à la philosophie voir au divin du titre, Le Sommet des Dieux, à la lumière d’un majestueux levé de soleil sur le toit du monde, nous les auront fait profondément ressentir.

CLÉMENT MARIE


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