Boîte noire

Thriller français, belge (2021) de Yann Gozlan, avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussolier, Sébastien Pouderoux, Olivier Rabourdin, Grégori Derangère et André Marcon – 2h09

Un vol Paris-Dubaï s’est écrasé dans les Alpes. Ambitieux technicien de la BEA, bureau d’enquête et d’analyse de l’aviation civile, Mathieu Vasseur est propulsé enquêteur en chef sur l’affaire après la mystérieuse disparition de son supérieur et pense que l’analyse de la boîte noire du vol ne révèle pas toute la vérité sur la catastrophe…

Yann Gozlan est l’un des rares cinéastes en France à être parvenu à se bâtir une carrière régulière sur du cinéma de genre populaire et ambitieux. Après le survival Captif (2010), le thriller hitchcockien Un homme idéal (2015) et le film d’action Burn Out (2017), il se lance cette fois dans le thriller paranoïaque avec Boîte noire, prenant place dans le monde de l’aviation civile qui l’a longtemps fasciné. Après s’être documenté en traînant dans les bureaux de la BEA, qui lui a laissé une totale liberté dans ses recherches vu la nature totalement fictive de sa trame, Gozlan s’est ensuite lancé dans la rédaction de son scénario aux côtés notamment de son ingénieur du son Nicolas Bouvet ; logique puisque le film repose sur l’écoute d’enregistrements, mais c’est tout de même assez rare qu’un gars du son soit sollicité dès l’écriture d’un projet pour être souligné. Pour le rôle principal, le réalisateur retrouve non seulement l’acteur mais aussi le personnage d’Un homme idéal, Pierre Niney incarnant à nouveau un certain Mathieu Vasseur. Peut-être la recherche d’un bon présage pour Boîte noire qui était le gros film français de la rentrée cinématographique en attendant le retour des blockbusters ricains quelques semaines plus tard.

Avec son quatrième long-métrage, Yann Gozlan signe un thriller très bien troussé, quasi irréprochable, n’attendant plus qu’un critique vienne poser un concis « Haletant » sur son affiche. Lorgnant sur les modèles américains de l’âge d’or du thriller parano comme Conversation secrète, Les Trois Jours du condor ou Blow-Out – en toute modestie, le réalisateur semblant surtout vouloir livrer un film efficace – Boîte noire s’ouvre sur un beau plan-séquence (il ne faut donc pas se pointer en retard à la séance, c’est un coup à rater le money shot du film !) nous éloignant de la catastrophe se déroulant dans le cockpit pour nous focaliser sur la fameuse boîte noire du titre, dont l’analyse méticuleuse du contenu va constituer le reste du métrage. Fondant idéalement ses observations documentaires dans son script (l’ouverture de la boîte noire est ainsi mise en scène exactement comme elle se déroulerait dans la réalité, tandis que les acteurs déversent un jargon technique ne nous empêchant nullement de comprendre ce qu’il se passe), Gozlan prend alors un malin plaisir à nous laisser divaguer entre fausses pistes et interprétations complexes, en accompagnant Pierre Niney, qu’il ose parfois nous rendre antipathique, dans sa quête obsessionnelle de vérité jusqu’à l’épuisement (une obsession du cinéaste après le burn-out de François Civil dans son film précédent). S’il est souvent réduit à filmer son personnage derrière son écran d’ordinateur picorant de la bouffe chinoise à emporter (ingrédient indispensable quand vous avez un complot à déjouer dans un film !), le réalisateur s’offre tout de même de très jolies séquences au détour d’un bain de minuit crucial et stressant, d’une simulation de vol rappelant à notre bon souvenir le Sully d’Eastwood ou surtout la visite d’un hangar renfermant les débris du vol, avec les sièges dessinés au sol, dans lequel le héros s’imagine à bord et reconstitue mentalement les événements. Et puis comme l’exige le sujet, le travail sonore est impeccable !

Philippe Rénier (André Dussolier) charge Mathieu Vasseur (Pierre Niney) de l’écoute de la boîte noire : « Du coup, voulez-vous que j’aille vous chercher un chinois à emporter ? »

Sauf que, et j’ai envie de me baffer tant ce que je m’apprête à écrire relève de la petite phrase toute faite de critique suffisant, Boîte noire est trop bien fait. C’est un thriller by the book ne souffrant d’aucun accroc, d’aucune aspérité, rendant ce qui s’y déroule assez programmatique et nous donnant paradoxalement l’impression d’embarquer pour un vol dont on sait déjà qu’il arrivera à bon aéroport. Il n’y a pas une séquence du scénario qui n’alimente pas l’enquête d’une manière ou d’une autre, ne nous laissant guère le temps de souffler. Les acteurs sont tranquillement installés dans la fonction préétablie de leurs personnages (Lou de Laâge en girlfriend carriériste, André Dussolier en bon patron mentor) et Niney, fidèle à son absolue volonté de bien faire, incarne aussi bien le soin maniaque de son réalisateur que le côté procédurier du film. L’image 4K est si soignée et propre qu’elle en deviendrait presque suspecte et artificielle, et le film se consacre tant à la mécanique de son suspens, tout en évitant soigneusement de s’amalgamer au complotisme à la mode, qu’il se renferme sur lui-même, pressurisé et hermétique comme la cabine d’un avion. Boîte noire est donc imperméable au monde, aussi rigoureusement focalisé que son personnage sur le microcosme de l’aviation civile, mais, je vous rassure, il saura aussi vous faire passer une séance du samedi soir bien tendue comme il faut.

BASTIEN MARIE

L’auteur de l’article tient à préciser que toute ressemblance avec un film de Richard Berry serait fortuite et même fort malvenue…


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