OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

Comédie française, belge (2021) de Nicolas Bedos, avec Jean Dujardin, Pierre Niney, Fatou N’Diaye, Natacha Lindinger, Gilles Cohen, Habib Dembélé et Wladimir Yordanoff – 1h57

En 1981, Hubert Bonisseur de la Bath alias OSS 117 est envoyé dans un pays d’Afrique pour protéger les « élections » devant conforter le président en place et retrouver OSS 1001, un de ses jeunes homologues porté disparu…

Après deux réussites rapidement devenues cultes, la dream team d’OSS 117 s’est donc brisée. Si Jean Dujardin garde le smoking de l’agent secret (encore que la vague d’attentats il y a quelques années lui avait fait douter de l’impertinence de son humour), le réalisateur Michel Hazanavicius et le scénariste Jean-François Halin ont accusé des différends sur ce troisième volet. Alors qu’il voulait un OSS vieilli et chauve s’inviter dans la blaxploitation des années 70 et trouvant que la formule ne s’était pas assez adapté à la marche du monde ou, du moins, aux attentes du public, Hazanavicius est dont parti faire Le Prince oublié, très déçu par le scénario d’OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire que Gaumont et Dujardin ont donc confié à Nicolas Bedos, dont nous redoutions fortement la présence derrière la caméra vu son compte tweeter puant et ses films aux forts relents de naphtaline. A se demander s’il voit vraiment OSS 117 comme un personnage comique… Puis pour être sûr que le film ne fasse pas envie, on a ajouté Pierre Niney dans le rôle d’un collègue plus jeune. Même en clôture du festival de Cannes, nous n’attendions pas du tout la sortie de ce troisième volet, si ce n’est pour révéler, s’il en était besoin, la différence entre un réalisateur oscarisé et un ancien chroniqueur de Franz-Olivier Giesbert et Laurent Ruquier…

Et OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire est à peu près du niveau que nous redoutions. C’est-à-dire un peu meilleur que prévu grâce à Jean Dujardin, toujours hilarant dans ses moments de profonde incompréhension, et au travail de l’équipe artistique donnant un certain cachet à la reconstitution 80’s. Mais du reste, ce troisième volet se révèle particulièrement laborieux et profondément ennuyeux, incapable de retrouver le panache de ses glorieux aînés, jusque dans sa musique dont on ne s’étonnera pas de découvrir qu’elle est cosignée par Nicolas Bedos. Pas étonnant que le scénario ait déplu à Michel Hazanavicius : même si elles n’ont jamais été d’une importance capitale, l’enquête qui occupe ici OSS 117 est complètement inintéressante ; les éléments prometteurs de l’arrivée de la gauche au pouvoir et le territoire de la Françafrique sont délaissés, ne donnant qu’une poignée de vannes inoffensives ; et le pire, c’est qu’il n’y a pas de nazis, remplacés par un communiste bionique moins charismatique que le tueur de Red Is Dead ! A l’évidence moins cinéphile que son prédécesseur, Nicolas Bedos se contente d’un générique à la James Bond et à une parodie des films Cannon dans les dix premières minutes pour moquer le film d’espionnage, ce qui ne correspond pas tout à fait à l’identité de la série qui pastiche les OSS de l’époque courant après des modèles anglophones plutôt que les modèles eux-mêmes. Quant aux rôles secondaires, c’est l’hécatombe : Fatou N’Diaye et Natacha Lindinger campent des OSS girls terriblement anecdotiques peu concernées par les pitreries de leur agent secret, et Pierre Niney, dans le rôle d’un OSS 1001 à la fonction incertaine (est-il là en fan ou en critique, pour assurer la relève ou juste paraphraser sur la nature réactionnaire du héros qu’on connaît déjà ?), est fidèle à lui-même, c’est-à-dire immédiatement insupportable à surcompenser comme un malade pour se persuader d’être rigolo.

Hubert Bonisseur de la Bath (Jean Dujardin) en plein dans sa nouvelle mission : la pose est la même, mais le reste, c’est le désert.

Nicolas Bedos se sert surtout du personnage pour le tordre à sa propre marotte du « on ne peut plus rien dire », fustigeant le politiquement correct à coup de mains au cul des secrétaires et d’autocensure de l’agent secret, donnant par exemple un running gag pas très drôle avec le groom de son hôtel. Contrairement aux films précédents qui se suffisaient amplement de leur anachronisme, Bedos nous force à percevoir OSS 117 à l’aune de notre époque et noie son film sous les clins d’œil, commentaires et précautions nous mettant à distance d’un héros qui n’existe plus que par son vieillissement (pannes sexuelles, opposition à un modèle plus jeune), poussant de la Bath à une remise en question qui ne lui va pas du tout. Jean Dujardin en perdrait presque son mojo, Alerte rouge en Afrique noire en perd, lui, son dynamisme et son impertinence, s’accrochant désespérément à des réminiscences des films précédents pour sauver la face : la visite au chef d’état identique à celle de l’ambassadeur du Caire, nid d’espions, les fantasmes homosexuels de Hubert persistant depuis ses aventures à Rio. Bedos voulait faire un film transgressif, il n’a accouché que d’une aventure molle et consensuelle, aussi rouillée que son OSS 117 qu’il cherche à tout prix à démystifier alors qu’il ne lui a rien demandé !

BASTIEN MARIE


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