Old

Film fantastique américain (2021) de M. Night Shyamalan, avec Gael Garcia Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell, Alex Wolff, Thomasin McKenzie et Abbey Lee – 1h48

En séjour dans un luxueux complexe touristique, une famille se voit recommander une plage privée. Avec une poignée d’autres privilégiés, elle s’y rend avant de se rendre compte que l’endroit, dont ils ne peuvent s’échapper, accélère drastiquement leur vieillissement…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Requinqué par l’aboutissement de sa trilogie démarrée avec Incassable et par sa série Servant, M. Night Shyamalan a trouvé le sujet de son nouveau film fantastique à la fête des pères, quand ses filles lui ont offert la bande-dessinée de Pierre-Oscar Lévy et Frederick Peeters. Angoissé par l’âge (à en voir les démoniaques personnes âgées de The Visit), il a aussitôt envie d’adapter cette histoire de deux familles victimes d’un vieillissement avancé sur une plage paradisiaque. Il réunit donc son équipe sur une plage de la République Dominicaine cloisonnée par une falaise façonnée par l’équipe déco (ou plutôt, deux falaises, une tempête ayant démoli la première) et mène un tournage Covid-compatible puisque huis-clos (et à ciel ouvert, c’est encore plus safe) alors qu’une partie du monde est confinée chez soi. Quelques mois plus tard, Old se dévoile dans une bande-annonce lancée à la mi-temps du Super Bowl, sacro-saint créneau pour tout blockbuster estival qui se respecte, y compris quand l’ouverture des cinémas reste incertaine. Et Old de se dévoiler complètement en cet été morose et, ô malheur, s’avérer n’être qu’un film pas top de M. Night Shyamalan…

Car Old est un film qui ne voit pas plus loin que le bout de son concept. Quand je vous dis que des personnages y vivent un vieillissement avancé… bah je vous ai tout dit en fait, et il n’y a guère plus à découvrir sur cette maudite plage. Bon, il y a bien un semblant de twist sur la dernière bobine, mais il se révèle aussi incroyablement frustrant que celui de Glass et ne sera pris au sérieux que par des complotistes antivaccins. D’ailleurs, l’angoisse sanitaire contemporaine n’y est qu’un fantasme très refoulé par le surmoi d’une fable fantastique bien en peine pour traduire efficacement son argument. Pour la défense de M. Night Shyamalan, il faut reconnaître que la concept d’Old, sans aucun doute passionnant sur le papier d’une BD (que je n’ai pas lue), est extrêmement difficile à porter dans un long-métrage soumis à la durée intransigeante de sa propre projection. Comment faire coexister la durée et l’urgence de ces longues années ramassées sur une poignée d’heures que vivent les personnages, comme l’impression d’une vie entière sur 1h48 de métrage ? On touche là à une caractéristique essentielle du cinéma, au paradoxe temporel au cœur du septième art à l’approche duquel Shyamalan se brûle les ailes (un peu comme, parfois, le Nolan d’Insterstellar) dans une démonstration le plus souvent superficielle, embourbée dans un sens de l’ellipse maladroit. Déjà pas aidé par des incohérences (le rappeur censé avoir passé une nuit sur la plage sans avoir pris une ride, à moins qu’il soit joué par Morgan Freeman, ça ne marche pas !) et des commodités (la maturité des enfants Trent et Maddox, fluctuante selon les besoins scénaristiques), donnant des séquences parfois grotesques (la grossesse express), des moments d’horreur expédiés (la fin de la bimbo) et une mélancolie tardive, Old n’a clairement pas pensé son trouble assez profondément pour qu’il nous saisisse au-delà du générique de fin.

Guy (Gael Garcia Bernal) et Prisca (Vicky Krieps) cherchent leurs enfants qui jouaient là y a pas plus tard que vingt-cinq ans…

Le constat est donc amer et ça me fait d’autant plus chier qu’Old avait de quoi beaucoup me plaire. Il y a déjà son casting de malade : Gael Garcia Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell, Thomasin McKenzie, Abbey Lee, c’est quand même du très beau monde engoncé dans des personnages aux enjeux mal dégrossis. Il y a aussi ce récit à la Quatrième Dimension, pourtant idéal pour toucher un sujet fort sans en avoir l’air, doublé d’éléments hitchcockiens : l’inévitable caméo du réalisateur en l’occurrence bien méta, ou le générique que Saul Bass n’aurait pas renié davantage que celui de Split. Il y aussi les recherches formelles de Shyamalan et son chef op Mike Gioulakis (It Follows, Us) qui, bien que vaines (en particulier les nombreux décadrages), confèrent pour autant une forte identité visuelle au film : les longs panoramiques circulaires, le jeu sur le son rapprochant ou éloignant les voix des personnages, les figures menaçantes figées tout au fond du cadre, les gros plans confrontant les personnages à leur trouble (en particulier quand Vicky Krieps constate soudainement la croissance de ses enfants), etc. Autant de jolies étrangetés visuelles qui m’ont beaucoup fait penser à une esthétique très 70’s, impression confirmée ensuite quand j’ai appris que Shyamalan avait projeté deux films référence à son équipe : La Randonnée de Nicholas Roeg et Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir. S’il n’atteint pas le vertige de ces modèles, Old contient donc quelques éléments surnageant dans la déception globale qui me laissent penser que, peut-être, il vieillira paradoxalement bien, attendant patiemment le moment de sa redécouverte (comme Le Village, tiens, je devrais peut-être y rejeter un œil, depuis le temps…).

BASTIEN MARIE

PS : c’est Missouri Breaks


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