Comment je suis devenu super-héros

Film de super-héros français, belge (2020) de Douglas Attal, avec Pio Marmaï, Vimala Pons, Benoît Poelvoorde, Leïla Bekhti, Swann Arlaud, Gilles Cohen et Clovis Cornillac – 1h37

Dans un Paris où les gens ordinaires cohabitent avec des super-héros, deux flics, Moreau et Schaltzmann, enquêtent sur une série d’incidents provoqués par une drogue conférant des super-pouvoirs à ses consommateurs. Dépassé par l’affaire, Moreau sollicite les super-héros avec lesquels il faisait autrefois équipe…

Au risque de remettre sur le tapis la sempiternelle question du genre en France, avec laquelle on vous a bassiné dernièrement concernant les horrifiques The Deep House, Teddy, La Nuée ou Titane, il faut avouer que nous avons eu assez peu de spécimens de super-héros bien de chez nous (sauf bien sûr le Superdupont de Gotlib mais seulement sur papier) pour s’attarder un peu sur Comment je suis devenu super-héros, premier long-métrage de Douglas Attal, fils d’Alain Attal, producteur attitré de Guillaume Canet (pistonné, vous dites ?). Le film est adapté d’un roman de Gérald Bronner, qui l’a adapté pour le grand écran aux côtés d’Attal et de trois autres auteurs, dont Cédric Anger, réalisateur de La prochaine fois, je viserai le cœur et L’Amour est une fête, sans doute venu donner un coup de pouce à l’aspect polar de l’intrigue. Avec un budget d’environ 15 millions d’euros allongés notamment par papa et un beau casting réunissant Pio Marmaï, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde et Clovis Cornillac (tremblez, Avengers !), on attendait de pied ferme que cette tentative super-française sorte en salles sous bannière Warner Bros, en espérant un film du même tonneau que l’italien et excellent On l’appelle Jeeg Robot. Sauf que le Covid en a décidé autrement, rapatriant les héros d’Attal sur Netflix, lui conférant peut-être une meilleure exposition que s’il était sorti en salles…

Au final, le petit écran sied peut-être mieux à Comment je suis devenu super-héros dont la raisonnable ambition semble moins étriquée que s’il était projeté sur un grand. Comme d’autres tentatives de fantastique accessible, friquée et néanmoins français avant lui (ainsi que les productions Europacorp auxquelles il ressemble furieusement), le film de Douglas Attal se partage entre intention de bien faire et modestie narrative handicapante, racontant ici une intrigue simpliste n’osant dépasser 90 minutes de métrage et qui, chez un homologue américain, ne serait qu’un premier acte. Un récit qui laisse indécis. On apprécie l’idée d’Attal de lier ses super-héros à une intrigue de polar familière (voire trop familière, ça fait parfois Cordier, juge et super-héros) et à un contexte social bien de chez nous (Leïla Bekhti en travailleuse sociale, soit une super-héroïne du quotidien), autant de portes d’entrée plus abordables pour le versant fantastique. En revanche, on sent que la dystopie du film n’est pas pensée en profondeur, nous laissant avec autant de gimmicks que d’interrogations : si les super-pouvoirs semblent aussi répandus, pourquoi n’y a-t-il pas plus de super-héros, ou sont-ils en inactivité comme dans Les Indestructibles ? Et pourquoi la drogue conférant des pouvoirs (même pitch par ailleurs que l’oubliable Project Power, toujours sur Netflix) est-elle si attrayante ? Idem pour les subtilités des personnages (Moreau n’utilisant pas de pouvoirs, Monte Carlo cloîtré chez lui malgré son pouvoir de téléportation, le background du méchant) qui ne demandent qu’à être développés et qui auraient permis, ce faisant, d’aborder des réflexions profondes sur le genre (comme, par exemple, à partir de quand devient-on super-héros ?) que les films de super-héros actuels ne se posent même plus !

Callista (Leïla Bekhti) et Monte Carlo (Benoît Poelvoorde) tout contents de voir qu’ils sont encore crédibles en super-héros.

Avec ces enjeux rudimentaires et balbutiants, si Comment je suis devenu super-héros s’en sort à peu près bien, c’est grâce à une partie de son casting : Swann Arlaud ne se cache pas de surjouer son méchant très méchant tandis que Pio Marmaï, formidable, et Benoît Poelvoorde (ce dernier ne s’étant pas privé de dire que le tournage fut une très mauvaise expérience !) montrent une certaine roublardise qui curieusement fait mouche, permettant au film de rester assez lucide dans ses moments les plus fantastiques. Par ailleurs, Douglas Attal sait emballer des séquences efficaces, avec ou sans recours aux effets spéciaux : les méfaits de l’élève pyromane au lycée, l’appréhension d’un suspect dans une supérette, l’attaque du commissariat. Dommage que le dénouement, expédié, fasse pale figure. Dommage surtout que Comment je suis devenu super-héros soit si timide, tentant, comme l’indique son titre, d’apprendre des codes américains alors que des ancêtres bien français auraient pu lui donner une réponse plus inattendue, comme l’a démontré la série Lupin, loin d’être parfaite mais montrant un peu plus de panache !

BASTIEN MARIE


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