Benedetta

Comédie historico-érotique français (2019/2021) de Paul Verhoeven, avec Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson – 2h07.

Benedetta est conduite par sa famille au couvent des Théatines de Pescia pour entrer dans les ordres. A peine arrivée, de premiers événements laissent à penser que la jeune fille ne sera pas une résidente comme les autres. Cela se confirmera quelques années plus tard, alors que la tentatrice Bartolomea intègre le monastère et que Benedetta commence à avoir des visions du Christ…

Initialement intitulée « Sainte Vierge », l’adaptation du livre Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown par Paul Verhoeven sort enfin sur nos (grands) écrans après trois longues années d’attente. Les beaux yeux de Thierry Frémaux en valaient-ils la chandelle ? En tout cas, il semblerait bien que, vingt-neuf ans après Basic Instinct et cinq ans après son premier film français Elle, Cannes offre à Verhoeven l’écrin polémique idéal, son dernier coup de provoc n’ayant pas manqué de diviser de nouveau le public. Mais surtout, ces trois ans de retard confèrent à Benedetta une aura tout à fait particulière, son récit d’épidémie nous apparaissant comme carrément prophétique. Difficile effectivement de pas faire le lien entre cette peste du XVIIème et notre COVID, d’autant que le film montre bien comment un tel fléau peut servir diverses desseins politiques autant qu’il nourrit les croyances les plus obscures… En tout cas, cette coïncidence a du beaucoup amuser Verhoeven, par ailleurs plutôt décidé à se foutre joyeusement des miracles pour mieux explorer les dessous de ces hypocrisies…

Ce joyeux programme a de quoi allécher les fans de Verhoeven et reprend ses thématiques, notamment de son dernier film, Elle, où le hollandais violent c’était fait hollandais violeur et avait décontenancé une partie de son public, pas vraiment prêts à cet exercice Chabrolien qui s’aventurait parfois sur le terrain esthétique de polars bourgeois bien moins inspirés. Aussi, il est possible que ceux qui n’ont pas goûté ce nouveau changement de nationalité dans la carrière du cinéaste trouve ici encore à redire tant la représentation de la Renaissance italienne peut sembler cheap. Compte tenu du budget confortable du film, on aurait pu attendre des extérieurs plus vivants et détaillés et il faut bien reconnaître que Jeanne Lapoirie n’est ni Jan De Bont, ni Jost Vacano et que la patine numérique de certains plans pique un peu les yeux. Néanmoins, cette esthétique confère à Benedetta une austérité tout à fait à propos mais surtout un côté bis bienvenu pour un film à la croisée des genres : biopic historique et érotique mais aussi pur film de nonnesploitation évoquant également les films de prison de femme ainsi qu’évidemment la figure de la sorcière. De par ses nombreuses punchlines, ses idées outrancières et ces folles séquences de Super Jésus, Benedetta s’impose aussi comme une des meilleures comédies de l’année. En effet, Paul Verhoeven, plus roublard que jamais en cette période française, a du bien s’amuser en découvrant qu’en français, une lettre ajoutée faisait que « god » ne signifiait plus Dieu tandis qu’en une lettre ôtée, vierge devenait verge…

Sainte Benedetta en extase…

Evidemment, l’humour grivois n’est pas l’unique axe de provocation d’un film qui s’amuse à fuir les chapelles, assumant son male gaze sans que l’on puisse pour autant douter du féminisme de son propos. Le film n’en est pas sans rappeler l’excellent Mademoiselle, Verhoeven optant pour une mise en scène plus naturaliste, loin de l’érotisme très travaillé de son Basic Instinct ou celui plus tapageur de son Showgirl, évidemment bien moins stylisée que celle de Park Chan Wook. Après ses prestations remarquées dans les films de Justine Triet, Virginie Efira nous prouve une fois de plus qu’elle n’a pas froid aux yeux et, après une apparition dans Elle, se plonge cette fois-ci à corps perdu dans l’univers lubrique de Verhoeven. Tour à tour candide, illuminée, perverse, manipulatrice, amoureuse… l’actrice semble complétement paumée mais parvient malgré tout à donner une vraie humanité à ce personnage de toute manière insaisissable. Car si les miracles laissent peu de doute, on continue de se demander à quel point Benedetta s’est-elle convaincue de la véracité de sa passion… Se gardant bien de juger sa sainte mythomane, Verhoeven nous montre avant tout des femmes survivre, à une époque où elles sont vendues comme du bétail et où la morne vie monacale vaut toujours mieux que les viols, la prostitution, la faim et la maladie.

Tant pis pour les culs-bénis et autres blasés qui ne gouteraient pas aux multiples excès grotesques du film, pour notre part, c’est un vrai pied de retrouver Paul Verhoeven, quatre-vingt ans passés, dans une telle forme, de se délecter des performances truculentes de Lambert Wilson et surtout de la divine Charlotte Rampling (le pardon pour Basic Instinct 2 lui est accordé !), d’admirer ces nonnes qui se laissent aller aux plaisirs saphiques avec un amour de la Vierge bien à elles… Bref, on en viendrait même à défendre son esthétique cheap, jouant en faveur de cette attaque en règle de l’église qui a laissé la bienséance au vestiaire. Finalement, cet iconoclasme franchouillard (d’un hollandais filmant une belge en Italie) vaut largement d’autres provocations de festival si subversives qu’elles en finissent primées…

CLÉMENT MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s