Un homme en colère

Wrath of Man Polar américain, britannique (2021) de Guy Ritchie, avec Jason Statham, Holt McCallany, Josh Hartnett, Eddie Marsan, Jeffrey Donovan, Scott Eastwood et Andy Garcia – 1h59

Le mystérieux H est engagé dans une société de convoi de fonds de Los Angeles. Malgré ses résultats moyens aux examens d’entrée, il fait fi du protocole en abattant froidement une bande de braqueurs. H est salué en héros par ses collègues, ne se doutant pas qu’il puisse être arrivé là pour une raison bien précise…

Nos plus fidèles lecteurs savent déjà qu’au Super Marie Blog, nous ne portons pas vraiment Guy Ritchie dans notre cœur. Or comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, nous devons bien admettre que, après un The Gentlemen déjà encourageant, Guy Ritchie pourrait bien avoir signé un bon film avec Un homme en colère. Il s’agit d’un remake du Convoyeur (2004) de Nicolas Boukhrief qui avait tapé dans l’œil des ricains seulement quelques mois après sa sortie. Le projet est notamment passé entre les mains de F. Gary Gray puis Josef Wladyka (Narcos), ce dernier envisageant même d’en confier le rôle principal à Sandra Bullock ! Quinze ans plus tard, c’est finalement Ritchie qui décroche le projet et retrouve, aussi quinze ans plus tard, Jason Statham. Leur dernière collaboration remontait à Revolver (2005), sorte de Casino hyper embarrassant puisque, à l’évidence, Ritchie n’est pas Scorsese, pas plus que Statham n’est De Niro (bien que les deux acteurs aient déjà joué ensemble, vous avez jusqu’à la fin de cet article pour vous rappeler dans quel film*). A l’occasion de leurs retrouvailles, j’ai d’ailleurs pu entendre que c’était dommage que Ritchie en était réduit à ne tourner qu’un Statham flick, ce que je trouve assez malhonnête : il faudrait m’expliquer comment, depuis la révélation des deux hommes avec leurs travaux communs, l’un serait devenu un grand réalisateur tandis que l’autre ne serait qu’une médiocre action star. Surtout que, dans la mesure où Un homme en colère pourrait bien être le meilleur film de son auteur, Guy Ritchie n’est peut-être pas assez bon pour faire mieux qu’un Statham flick !

Mais laissons là ces petites moqueries et revenons-en au film même. Sans surprise, Un homme en colère doit ses meilleurs moments au Convoyeur. Le film est raconté en trois amples chapitres et le premier d’entre eux, reprenant les fondations du script du Boukhrief, est de loin le plus convaincant. Jason Statham, plus minéral que jamais, arrive à son nouveau boulot dans un scénario dégraissé jusqu’à l’os et un découpage au cordeau que Ritchie tiendra jusqu’au bout, sans retomber dans ses agaçantes afféteries habituelles, ce qui pèse déjà pas mal dans la balance. Dans le vestiaire suintant une testostérone rappelant celle du commissariat de Robocop ou du réveil des Marines d’Aliens, Statham croise des acteurs qu’on retrouve avec beaucoup de plaisir comme le revenant Josh Hartnett qui nous avait terriblement manqué ou Holt McCallany, notre favori de Mindhunters (donc pas celui qui ressemble à Macron…), auxquels s’ajouteront la trogne de Jeffrey Donovan (L’Echange), Scott Eastwood (qui a bien la gueule de son père, à défaut du talent) et même Andy Garcia en guest de luxe (mais Andy Garcia fait-il autre chose que du guest de luxe ces derniers temps ?). Du bien joli monde donc qui se presse autour de ces prémisses de film d’action millimétré à la Michael Mann (et Jason Statham a d’ailleurs déjà joué dans un Michael Mann, vous avez jusqu’à la fin de cet article pour vous rappeler lequel**).

H (Jason Statham) fait connaissance avec ses nouveaux collègues, Bullet (Holt McCallany) et Boy Sweat Dave (Josh Hartnett) : « Sérieux, je dois vraiment jouer à qui-a-la-plus-grosse dès mon premier jour ? »

Après, Un homme en colère se lance dans ses deux autres chapitres et perd un brin d’intérêt. Guy Ritchie y retrouve quelques lourdeurs et surtout son goût des digressions mal assurées (à la vision, le métrage paraît dépasser les deux heures d’une bonne dizaine de minutes). Deux autres chapitres qui n’ont d’ailleurs pas d’autres buts qu’expliciter superficiellement le background des personnages (alors que Le Convoyeur était un vigilante plus épuré et, paradoxalement, plus dense) et retarder l’épilogue tant redouté. En revanche, la multiplication des personnages autour des deux braquages, épicentres sismiques de ce film musclé, demeure intéressante : ils nous mènent par la main dans un monde de criminalité suffocant, gagnant toujours plus en amoralité impitoyable, touchant une noirceur et une brutalité qui nous laisse rêver de ce qu’un S. Craig Zahler aurait fait de ce film. On en arrive à un bouquet final qui, brumeux chez Boukhrief, est ici d’une précision à la Mann encore une fois, les détonations mats des flingues nous restant en mémoire autant que le grondement du score de Christopher Benstead. Certains critiques regrettaient que Guy Ritchie ait cédé à l’anonymat d’un Statham flick ; j’aurais plutôt tendance à penser que l’efficacité recherchée dans cet actioner méticuleux l’a poussé à se surpasser.

BASTIEN MARIE

* Jason Statham avait joué avec Robert De Niro dans Killer Elite (2011) de Gary McKendry

** Jason Statham avait joué dans Collatéral (2004) de Michael Mann. Rappelez-vous, il faisait ce mec à l’aéroport qui donnait une mallette à Tom Cruise dans la toute première scène du film.

Autres films de Guy Ritchie sur le Super Marie Blog : RockNRolla (2008) ; Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur (2017) ; The Gentlemen (2019)


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