Freaky

Comédie horrifique américaine (2020) de Christopher Landon, avec Vince Vaughn, Kathryn Newton, Celeste O’Connor, Misha Osherovich et Alan Ruck – 1h42

Adolescente introvertie, Millie croise une nuit la route du Boucher, imposant serial killer local, qui la poignarde avec une dague aztèque au pouvoir magique qu’ils ignorent : le lendemain matin, Millie et le Boucher ont échangé leurs corps et ont 24 heures pour inverser le processus…

Réalisateur venu de l’indépendant et travaillant aujourd’hui exclusivement pour Jason Blum, Christopher Landon s’était fait remarquer avec Happy Birthdead, mixant le slasher avec la boucle temporelle à la Un jour sans fin… avec l’incompatibilité naturelle qu’on peut imaginer entre ces deux concepts. Le film eut assez de succès pour avoir droit à une suite (ah bon ? je l’ai loupée alors…) et pour que Landon et son coscénariste Michael Kennedy se demandent quel autre concept éculé ils pourraient bien mêler au slasher. Et pourquoi pas l’échange de corps, ou body swap en ricain, ce prétexte à tant de comédies familiales oubliées ? Comme dans Le Sens de la famille avec Alexandra Lamy et Franck Dubosc sorti pas plus tard que la semaine dernière ! Landon pitche l’idée de ce Freaky Friday the 13th (qui eût été un sacré titre s’il n’avait été réduit à Freaky) à Blum qui, comme à son habitude, lui offre une carte blanche de 5 millions de dollars. Tout ce serait bien passé sans l’intermittence des ouvertures des salles de cinéma, repoussant la sortie par trois fois avant de le plomber au box-office. Dommage car il est bien plus réussi que Happy Birthdead

Déjà, le concept de Freaky fonctionne bien mieux, le body swap se montrant bien plus compatible avec le slasher que la boucle temporelle, même si l’inversion des rôles entre le prédateur et la proie nourrit davantage l’humour que le suspens. Aussi, Landon n’a pas peur de se salir les mains, offrant une belle série de meurtres (dont une bonne partie dès la séquence d’ouverture) plus inventifs et sanglants que ceux de son précédent effort. Et pour finir de faire passer la pilule, il y a l’abattage de ses acteurs s’en donnant à cœur joie. Face à une Kathryn Newton devenant hyper canon dès que le tueur l’habite (à voix haute, elle est très limite cette phrase…), affichant une psycho-rigidité sexy digne de la Kristanna Loken de Terminator 3, Vince Vaughn endosse le rôle de l’adolescente coincée dans le corps d’une brute avec un enthousiasme, il faut bien l’avouer, assez communicatif. A force de le voir traîner dans les films noirs hardcores de S. Craig Zahler, on avait complètement oublié qu’il était connu comme acteur comique à la base, tout comme on avait zappé qu’il fut le Norman Bates de Gus Van Sant ; ça fait donc bien plaisir de le retrouver en si grande forme.

Comment savoir si Millie (Kathryn Newton) est bien elle-même ou habitée par un serial killer ? La tronçonneuse pourrait bien être un indice…

Porté par son acteur principal, Freaky compte aussi sur son concept pour alimenter régulièrement le métrage en vannes pas trop lourdes et meurtres saignants et offrir un ride sans prétention… qui aurait pu facilement se transformer en médiocre comédie woke. Fondé sur le mélange des genres (sexuels, je précise) avec ses personnages trans passant d’un corps à l’autre, Freaky aurait pu s’effondrer sous le poids des préoccupations actuelles qu’impliquent son concept. Or étonnamment, Christopher Landon parvient à garder l’équilibre tout du long sans que ces thèmes ne débordent sur le fun de sa série B. Il fait preuve d’une ironie modérée et de commentaires succincts sur le genre (cinématographique cette fois) quand par exemple les potes de l’héroïne, un gay et une noire, remarquent qu’ils devraient normalement être les premières victimes du tueur. Il se sort de séquences casse-gueule avec une aisance déconcertante quand un lycéen déclare sa flamme à Vince Vaughn sur la banquette arrière d’une voiture, scène qui, réussie ou non, fait au moins le choix méritoire de la sincérité. Et quand il faut grossir le trait, il peut compter sur l’outrance du genre, quand Millie en mode serial killeuse coupe la bite de prédateurs sexuels à la tronçonneuse (c’est autre chose que Promising Young Woman !). Un certain sens de la mesure qu’on n’attendait pas de ce Freaky qui sait donc se rendre sympathique.

BASTIEN MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s